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Chronique

Programmes sport-études : l’incohérence totale

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Jean-François Roberge, ministre québécois de l’Éducation

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Une récente directive du ministre québécois de l’Éducation, Jean-François Roberge, totalement incohérente avec les décisions prises ces derniers mois par les autorités de la santé publique, est en train de créer un bordel sans précédent dans les programmes sportifs scolaires.

Les directeurs d’écoles sont furieux. Les parents sont outrés et les élèves-athlètes ne comprennent pas ce qui se passe. Et honnêtement, ils ont totalement raison.

Depuis juin dernier, les directions d’écoles de partout au Québec tentent d’organiser la rentrée scolaire en se basant sur les directives formulées par le ministère de l’Éducation et sur les conseils provenant de leur santé publique régionale.

En ce qui a trait aux sports et aux programmes sport-études, les écoles basaient notamment leurs actions sur les informations provenant du ministère de l’Éducation. La dernière directive, limpide, était datée du 12 août. Elle affirmait que la décision d’aller de l’avant avec ces projets sportifs devait être prise localement par les écoles, en concertation avec les fédérations sportives concernées.

Placez-vous dans les chaussures d’un directeur d’école. Qu’auriez-vous compris en recevant cette confirmation?

Vous auriez conclu que vos programmes sportifs pouvaient aller de l’avant, à condition de respecter les balises établies par chacune des fédérations sportives. Et votre conclusion aurait été parfaitement logique parce que, depuis le printemps, chaque fédération sportive québécoise a dû faire approuver son protocole de retour au jeu par la santé publique.

Si vous aviez dirigé une école secondaire ou un collège, vous auriez donc compris que vos équipes de football allaient fonctionner selon le rythme de décloisonnement adopté par Football Québec, que vos équipes de soccer allaient faire de même en suivant les guides de Soccer Québec, etc.


Sauf que depuis deux semaines, le ministre Roberge fait valoir que le concept des classes-bulles aura préséance sur toutes les autres activités organisées par les écoles.

Ça signifie que, si votre équipe de football, où l’on retrouve quand même de 40 à 50 joueurs, est composée d’élèves provenant de trois classes différentes, il n’y a plus de football. Jusqu’à ce que le ministre décide que la situation est suffisamment sécuritaire.

En plus, toutes les catégories de sport scolaire sont faites pour y admettre les élèves de deux niveaux.

Bref, il n’est à peu près plus possible d’organiser du sport ou un programme artistique dans une école.

Pour éviter la propagation de la COVID-19, le ministère de l’Éducation souhaite placer les élèves dans des groupes fixes afin de minimiser les contacts parmi la totalité des élèves. Tout le monde comprend cela. Sauf que ces bulles sont factices. Sur le terrain, dans la vraie vie, ça donne lieu à des incohérences incroyables.

Par exemple, le midi à la cafétéria, les élèves de plusieurs groupes-classes différents peuvent manger à un mètre de distance. Toutefois, l’école n’a pas le droit de rassembler trois élèves de groupes et de les installer à deux mètres de distance pour les faire travailler avec l’orthopédagogue.

Même chose en ce qui concerne le sport. À condition de maintenir un mètre de distance entre les élèves, l’école peut rassembler deux groupes-classes dans le gymnase pour un cours d’éducation physique. Mais elle ne peut rassembler, dans le même gymnase, les élèves de deux groupes qui sont en concentration basketball!

Une vraie maison de fous!


Or, tout cela n’est rien en comparaison avec l’inexplicable et illogique fossé que crée cette décision du ministre Roberge entre le sport civil et le sport scolaire.

Par exemple, on peut retrouver dans toutes les écoles secondaires du Québec des hockeyeurs et hockeyeuses qui ont choisi de pratiquer leur sport favori à l’école, et d’autres qui ont préféré le faire au civil, au sein de leur association de hockey locale.

Eh bien, au bout du compte, l’orientation du ministère de l’Éducation fait en sorte que les hockeyeurs du milieu scolaire n’ont pas le droit de jouer pour supposément éviter la propagation du virus. Mais que les hockeyeurs du civil, eux, peuvent se rendre à l’aréna le soir et pratiquer le hockey avec les élèves provenant de groupes-classes ou d’écoles différents, tout en respectant les directives de la santé publique!

Transposons tout cela dans la vie d’une école normale où l'on retrouve des élèves qui participent à des programmes civils de hockey, de basketball, de baseball, de football, de soccer, de danse, de meneuses de claque et autres.

Après les heures de classe, tout ce beau monde rejoint sur les plateaux sportifs d’autres jeunes provenant de partout dans leur région et d’autres écoles. Et ces programmes civils sont souvent gérés par des parents bénévoles.

Toutefois, pour les élèves qui ont choisi un programme sportif de leur école, supervisé par un professionnel rémunéré et obligé de respecter les normes établies, la pratique du sport est interdite sous prétexte qu’ils ne font pas partie de la même classe-bulle.

Où se trouve la logique? Les élèves et la santé des citoyens sont-ils mieux protégés par la nouvelle directive du ministre Roberge?


Ce qui rend l’affaire encore plus farfelue, c’est que des programmes sportifs de la même école peuvent se faire interdire de tenir leurs activités ou continuer à fonctionner normalement selon leur statut légal.

Un directeur d’école me donne l’exemple du Collège Charles-Lemoyne, où les activités de meneuses de claque peuvent avoir lieu comme si de rien n’était parce que c’est le club civil du Roussillon qui a obtenu le mandat de les superviser. Les élèves de plusieurs classes peuvent ainsi se réunir et s’entraîner dans l’équipe de leur école.

Dans un grand collège privé montréalais, les élèves du programme de soccer proviennent de plusieurs classes et peuvent se réunir sans problème parce qu’une académie civile a été embauchée par l’école pour gérer le programme scolaire. Mais les élèves du programme de basket ne peuvent pas s’entraîner parce que c’est l’école qui s’en occupe!

La résultante de toute cette absurdité, c’est que les étudiants-athlètes et les parents commencent à se retirer des programmes sportifs des écoles pour se joindre aux programmes civils.

Les parents nous appellent et ils nous disent que si nous ne sommes pas en mesure de livrer les services ou l’encadrement sportif promis, ils vont simplement inscrire leur enfant ailleurs, dit un directeur d’école particulièrement concerné par cette situation.

En quoi la cause de l’éducation sera-t-elle servie par un tel exode et une telle dévalorisation des programmes sportifs scolaires?


Le président de l’Association des directions générales des établissements scolaires de l'enseignement privé (ADIGESEP), Éric Deguire, explique que les directions d’écoles avaient pourtant bien fait leurs devoirs.

Nous avons travaillé presque tout l’été pour mettre en place des balises sécuritaires et cohérentes dans nos écoles. Chaque direction s’est assurée de respecter l’ensemble des mesures de la santé publique. Il va de soi que personne ne veut être responsable d’un foyer d’éclosion. Cependant, nous voulons des règles cohérentes, plaide-t-il.

La plus sage conclusion à tirer de cette affaire, c’est qu’on ne peut pas être enceinte à moitié en matière de santé publique. Ou bien on impose des règles sanitaires claires qui s’appliquent à tous les membres d’un groupe (on parle ici des étudiants-athlètes de toute la province) ou bien on ne les impose pas.

Chaque ministre ne peut arriver au bureau un beau matin et décider, selon son gré, d’interpréter les directives de la santé publique sans tenir compte de la manière dont elles sont déjà appliquées ailleurs dans la société.

En fin de compte, l’incohérence totale qui résulte de cette orientation du ministre de l’Éducation risque d’alimenter le cynisme des citoyens envers l’ensemble des moyens pris par le gouvernement pour contrer la COVID-19.

Et, on le voit déjà avec les parents qui retirent leurs enfants des programmes sportifs scolaires, cette situation incitera davantage les citoyens à désobéir aux consignes gouvernementales pour appliquer des solutions qui leur conviennent davantage.

Cet épisode malheureux doit être revu et corrigé au plus vite.

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