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Chronique

Finances fragiles et recul de 40 % des inscriptions à Hockey Québec

Il est en action sur la glace.

Un hockeyeur

Photo : Radio-Canada

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les camps d’entraînement s'amorcent à peine dans les associations locales, et Hockey Québec (HQ) se prépare à vivre une saison unique en raison de la pandémie. Mais aussi, et surtout, la fédération s’apprête à traverser une période qui s’annonce particulièrement éprouvante sur le plan financier.

Il y a quelques jours, quand le directeur général Paul Ménard m’a accueilli dans les bureaux montréalais de la fédération, seuls les 6 directeurs et 4 des 16 employés syndiqués étaient de retour au travail pour préparer la relance des activités.

En juin dernier, incapable de prévoir à quel niveau allaient se situer les revenus de la saison 2020-2021, la direction de HQ a pris la décision de sabrer ses dépenses et de renvoyer tout son personnel à la maison.

Il est possible qu’une entente soit conclue avec le syndicat pour ramener l’ensemble du personnel au travail. Elle serait imminente, selon nos sources.

En temps normal, Hockey Québec mène ses opérations avec un budget de quelque 6 millions de dollars. Environ la moitié de cette somme provient des coûts d’adhésion à la fédération, d'environ 27 $, qui sont prélevés à même l’inscription de chaque membre auprès de son association locale. Et près de l’autre moitié des revenus est amassée à même les frais imposés aux équipes qui participent à des tournois.

C’est un mode de financement qui a été adopté il y a plus de 30 ans, explique Paul Ménard. Les décideurs de l’époque voulaient maintenir les frais d’inscription le plus bas possible. En se finançant en partie avec les tournois, ils se disaient qu’ils adoptaient une politique d’utilisateurs-payeurs tout à fait équitable.

Dans le reste du Canada, les autres fédérations provinciales financent leurs activités en prélevant tout simplement une quote-part plus élevée au moment de l’inscription. Elles ne dépendent pas de la présentation de tournois.

Le printemps dernier, en raison de ce mode de financement particulier, Hockey Québec a été la fédération de hockey provinciale dont les finances ont été les plus touchées du pays. Le 12 mars, quand la décision de mettre fin à la saison 2019-2020 a été prise, un grand nombre de tournois devaient encore être disputés.

Ça nous a coûté très cher. Pour nous, les tournois sont essentiels, ajoute M. Ménard.

Or, il semble que la situation sera encore plus difficile cette saison.

La directrice responsable des services aux membres, Ève Asselin, estime que les deux tiers des 389 tournois figurant normalement au calendrier n’auront pas lieu en 2020-2021.

Ces jours-ci, les activités de hockey mineur reprennent graduellement dans la phase 5 du plan de relance préparé par HQ le printemps dernier. À l’origine, ce plan comportait six phases. Mais la santé publique a donné son aval pour que les activités reprennent directement à la phase 5.

Par contre, il ne peut y avoir de tournoi durant la phase 5. Et on ne sait pas jusqu’à quand cette phase se poursuivra. Cette étape de retour au jeu limite les déplacements des équipes, prévoit des mesures de distanciation physique dans les vestiaires et sur les bancs, prohibe les mises en échec et permet uniquement d’assembler des équipes réduites, qui ne seront composées que de 10 patineurs et d'un gardien.

De plus, les matchs disputés par ces équipes réduites seront dénués de contexte compétitif. La fédération veut mettre l’accent sur le plaisir des enfants dans le contexte que l’on connaît.

Par ailleurs, il semble que de plus en plus d’organisateurs de tournois se disent qu’il sera trop compliqué d’accueillir un grand nombre de visiteurs dans leur communauté en temps de pandémie.

Il y a des organisateurs de tournois qui se désistent chaque semaine, révèle Ève Asselin.


Une autre facette des activités inquiète les responsables, soit celle des inscriptions.

Un nombre considérable de jeunes hockeyeurs n’ont pas encore effectué leur inscription en vue de la prochaine saison. Selon les données préliminaires compilées par Hockey Québec, le nombre d’inscriptions a chuté de plus de 40 % par rapport à ce qu’il devrait être à cette période de l’année.

Dans son dernier rapport annuel rendu public, celui de la saison 2018-2019, Hockey Québec dénombrait plus de 91 500 joueurs membres de son réseau. Si cet exode de 40 % devait se matérialiser, cela signifierait que près de 37 000 joueurs ne chausseraient pas les patins cette saison! Ce serait dramatique sur le plan sportif, sans compter le fait que les finances de la fédération en seraient encore plus sérieusement atteintes.

À titre comparatif, Baseball Québec, un sport où la distanciation physique est facile à maintenir, a réussi à conserver environ 80 % de ses participants cet été. Soccer Québec, toutefois, aurait aussi perdu autour de 40 % de ses membres, selon des informations circulant dans le milieu.

Le DG de Hockey Québec se dit tout de même optimiste en ce qui a trait au nombre d’inscriptions. Nous pensons que le taux de participation se relèvera d’ici le début de septembre et que ce sont les annulations de tournois qui constitueront notre principal défi, soutient Paul Ménard.

Nous avions des réserves financières et nous allons assurément devoir piger dedans. Toutefois, la question est de savoir combien nous sommes prêts à perdre. Le conseil d’administration m’a donné un mandat à cet effet, et c’est pour cette raison qu’il a immédiatement fallu réagir et faire des coupures durant l’été, ajoute-t-il.

Ils sont sur la glace.

De jeunes hockeyeurs pendant un entraînement

Photo : Radio-Canada


Face à cette formidable tempête, Paul Ménard semble tout à fait serein. Sa priorité est claire : il veut que les jeunes Québécois puissent pratiquer le hockey en toute sécurité.

Le premier élément qui guide toutes nos décisions, c’est la sécurité. Avant de prendre quelque décision que ce soit, on se demande si elle est sécuritaire. Tout ce qu’on veut présentement, c’est que les enfants puissent jouer au hockey et s’amuser. Est-ce que ça retardera leur développement si on change la façon de pratiquer le hockey durant quelques mois? La réponse est non si on tire le maximum de cette période-là et qu’on profite des entraînements pour les aider à parfaire leurs habiletés, plaide-t-il.

Hockey Québec ne pourra faire vivre ses dizaines de milliers de membres dans une bulle comme le fait la LNH. Ces jeunes hockeyeurs fréquenteront des écoles et des classes différentes, ils monteront à bord de différents autobus, auront une vie sociale qui leur sera propre et ils pratiqueront peut-être même d’autres activités sportives.

Pour toutes ces raisons, nous n’avons pas le choix de faire preuve d’une très grande prudence. Des gens nous accusent d’avoir peur de tout. Ce n’est pas le cas! C’est la sagesse qui guide nos actions, dit M. Ménard.


Conseillée par le Dr Michel Loyer, la fédération se donne environ jusqu’au mois d’octobre pour voir comment évoluera la situation de la COVID-19 dans les écoles. Elle observera aussi de très près comment se déroulera l’expérience de la LHJMQ, dont les camps d’entraînement ont commencé et dont le calendrier se mettra en branle au début d’octobre.

Auprès des décideurs de HQ, le Dr Loyer a insisté sur l’importance de savoir si et comment les membres seront touchés par la pandémie. La qualité de l’information provenant du terrain sera le nerf de la guerre afin de bien pouvoir réagir, a-t-il fait valoir.

Pour cette raison, une chaîne de communication a été mise sur pied. Chaque région, chaque association et chaque équipe devront compter dans ses rangs un responsable COVID-19. Il aura pour mission de rapporter à l’échelon supérieur chaque cas de contamination. Avant de se présenter à l’aréna, chaque joueur devra aussi remplir un questionnaire lui permettant d’autoévaluer son état de santé.

S’il n’y a pas d’éclosions majeures dans les écoles ou dans la société en général et si nos consignes sont bien respectées, nous espérons pouvoir passer à la phase 6 quelque part à l’automne. Mais encore là, on ne pourra probablement pas revenir complètement à la normale comme on le prévoyait au départ. Les déplacements interrégionaux seront peut-être encore limités. L’interdiction des mises en échec sera aussi à réévaluer, dit Paul Ménard.

Il y a des gens qui veulent qu’on revienne très rapidement à la pratique du hockey tel qu’on le connaissait. Or, notre conseiller médical a aussi une vaste expérience du monde du hockey. Et il insiste beaucoup sur le fait que si nous procédons trop rapidement et que nous perdons le contrôle de la situation, nous devrons ensuite essuyer des reculs importants. Et ça, personne ne veut que ça se produise, conclut-il.

Ce ne sera vraiment pas une saison comme les autres. Dans toutes les régions du Québec, il faudra beaucoup de collaboration et de bonne volonté pour en faire une réussite.

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