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Analyse

Du coeur au ventre

Il sourit.

Brendan Gallagher après avoir marqué un but pour le Canadien.

Photo : Getty Images / Elsa

TORONTO - Toutes les équipes qui faisaient face à l’élimination ont plié bagage mercredi soir. Toutes? Non. Des quatre, seul le Canadien a évité l’affront, transporté par sa volonté et son désir de vaincre incarnés par un joueur.

Vous aurez certainement deviné lequel.

Carey Price est le roc sur lequel s’appuient tous ses coéquipiers. Prenez Atlas par exemple. Pas le livre, le Titan mythologique. Celui qui soutient la planète sur ses épaules. Voilà. Dans les moments les plus critiques, l’on suppute que Price se sent cette responsabilité.

Brendan Gallagher, et ce n’est pas la première fois qu’on l’écrit, fait vibrer ce que son illustre gardien supporte. Il en est le cœur et l’âme.

Après le quatrième match, cloué au banc pendant une bonne partie de la troisième période, Gallagher avait affirmé ne pas accepter la décision de son entraîneur, même s’il lui en reconnaissait le droit.

Et mercredi matin, Kirk Muller avait défié son groupe de meneurs, s’en remettant à leur force de caractère pour leur permettre de survivre un jour de plus dans ce tournoi des plus étranges.

La réponse a été sans équivoque. Dès sa première présence, le no 11 du CH s’amusait à agacer tout ce qui bougeait, à déranger les Flyers. Engagé physiquement, toujours devant le filet à encaisser les coups, il a fini le match la bouche en sang, probablement une dent en moins et s’est payé une visite chez le dentiste après la rencontre.

Dans les dernières minutes de la rencontre, les lèvres toujours imbibées de sang, Gallagher narguait Jakub Voracek, visiblement incapable d'endurer sa présence.

Et surtout, ce but réussi en avantage numérique, son premier des séries éliminatoires à son 37e tir au filet, qui donnait alors l’avance aux siens.

Gallagher a préféré la compagnie du dentiste à celle des médias après la rencontre. On ne lui en veut pas trop. Si bien que ses coéquipiers ont dû chanter ses louanges.

Il est debout derrière la bande.

Brendan Gallagher, la bouche ensanglantée, se plaint à l'arbitre. Aucune pénalité n'a été décernée sur la séquence.

Photo : Getty Images / Elsa

Il a l’un des plus gros cœurs que j’ai vus, a résumé Price.

Sur son premier shift, il a donné le ton. Le trio à Phil (Danault), Gally travaillait. Il avait des ailes après son but en avantage numérique. On sait ce que Brendan donne toujours de l’intensité. Il a montré le chemin à suivre. Très bon match. C’est le Brendan qu’on connaît, a enchaîné Jonathan Drouin, auteur de deux passes.

C’est le Gally que nous aimons, c’est ce qu’il apporte à l’équipe. Il est un compétiteur, il travaille fort. Il a joué un match exceptionnel ce soir.

Une citation de :Kirk Muller

Non pas que Gallagher ne jouait pas avec hargne avant ce match. Mais il donnait l’impression de gaspiller son énergie au lieu de la dépenser au bon moment.

Or, il y a fort à parier que l’attaquant joue blessé. Il s’est fait mal à la jambe lors du deuxième match de la série contre les Penguins et rien n’indique qu’il en est totalement remis.

Impressionnant cœur à l’ouvrage en général, encore plus dans ce contexte.

Une période rocambolesque

La prestation de Gallagher a fait écho à l’ensemble de l’œuvre de l'équipe.

La deuxième période à elle seule s’est avérée plus divertissante que les deux derniers matchs et, surtout, elle aurait pu scier les jambes du Tricolore.

Jesperi Kotkaniemi a été expulsé du match pour une mise en échec sur Travis Sanheim et le Tricolore a dû se débrouiller à 11 attaquants pendant près de 40 minutes.

S’en est suivie une punition majeure de cinq minutes, et deux buts des Flyers qui menaient pour la première fois de la rencontre.

Il aurait été facile, et très humain, pour les joueurs du Canadien de se mettre alors à penser à leur famille, à leurs amis, à leur vie au foyer. Se laisser tenter par le départ de cette ville-bulle, divertissante au début, répétitive et pesante après presque un mois.

L’inverse s’est produit. Le CH a redoublé d’ardeur, a été aidé par un cadeau de Carter Hart au deuxième but de Joel Armia et a renversé la vapeur.

C’est une question de caractère. Nous avons des meneurs. Nous avons bien répondu, tout comme les entraîneurs. C’est bon signe, a estimé Price.

Nous étions prêts à jouer, a fait valoir Muller. C’était tout ou rien. L’effort et la concentration étaient présents. Nous avons bien répondu aux différentes situations dans ce match. Nous jouons contre une équipe qui joue dur, nous devons nous battre sur la glace. Je suis heureux de l’effort. C’est une victoire d’équipe.

C’est effectivement un bon signe. Ces séries donnent de plus en plus l’heure juste sur la valeur de l’équipe.

Le spectre fantomatique de Max Domi? Les errances et l’inconstance de Jonathan Drouin? La sécheresse à l’attaque des vétérans? Très inquiétant.

La tenue de Carey Price et de Shea Weber? Très rassurant.

L’émergence des jeunes pousses? Encourageant.

Le désir de vaincre? La meilleure nouvelle que pouvait avoir Marc Bergevin.

Il doit certainement en prendre bonne note.

En rafale

Max Domi est invisible. Si ce n’est que pour un bref sursaut en début de match, le numéro 13 a gravité autour de l’action, n’y a que peu participé. En l’absence de Kotkaniemi, Domi a eu droit à cinq minutes de temps de glace à forces égales avec Artturi Lehkonen et Paul Byron, deux ailiers solides en défense et habiles pour contrôler le jeu et empêtrer l'adversaire dans son territoire. Pourtant, le trio a eu le disque environ 11 % du temps pendant ces quelques minutes et a tenté un seul tir.

À l’inverse, Jake Evans prend du galon discrètement. Son trio avec Joel Armia et Charles Hudon, qui remplaçait Alex Belzile, a forcé les Flyers à prendre deux punitions. Gallagher a d’ailleurs marqué pendant l’une d’entre elles. Sans tambour ni trompette, le jeune Torontois s’impose de plus en plus comme un quatrième centre responsable.

Les deux équipes ont touché la cible en avantage numérique – Philadelphie trois fois – et cette facette du jeu catastrophique au départ dans les deux camps est de plus en plus menaçante. Dans la série, Montréal a maintenant marqué 4 buts en 19 occasions (21,1 %). Les Flyers n’y arrivaient pas avant le cinquième match, mais ils ont réussi trois buts en sept chances mercredi soir. À surveiller pour la suite des choses.

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