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La vie dans la bulle sanitaire de la NWSL

Montage de deux photos des joueuses en action

Évelyne Viens (à gauche) et Bianca St-Georges sont les deux seules Québécoises de la NWSL.

Photo : Courtoisie Sky Blue FC/Getty Images/Maddie Meyer

Olivier Tremblay

Mardi dernier, la MLS a couronné l’équipe championne de sa relance. On a salué la réussite de l’initiative : un tournoi d’un mois, dans une « bulle » sanitaire, mené à son échéance. Ce n’était toutefois pas une première en Amérique du Nord, puisque l’élite du soccer féminin, la National Women’s Soccer League (NWSL), a aussi réussi son pari le 26 juillet.

Certes, le tournoi de la NWSL était plus modeste que celui de la MLS, avec 8 équipes féminines en Utah au lieu des 24 masculines en Floride. L’enjeu était cependant le même : comment peut-on garder en bonne santé un immense groupe de personnes confiné dans un hôtel, où un seul cas peut se multiplier à la vitesse de l’éclair?

Comme la MLS, la NWSL a essuyé un coup dur dans les jours avant le tournoi : le Pride d’Orlando a dû déclarer forfait en raison de résultats de test positifs avant même de se rendre en Utah. De quoi rappeler les cas vraisemblablement importés dans la bulle d’Orlando qui ont mené à l’exclusion de Dallas et de Nashville.

Le Pride, finalement, aura été la seule équipe touchée par la COVID-19 en NWSL en juin et juillet. La bulle a tenu bon.

On était en quarantaine solide pendant ce mois-là, raconte Bianca St-Georges, des Red Stars de Chicago. On ne faisait vraiment rien à l’extérieur. Et tout ce qu’on faisait, c’était entre nous […] C’était vraiment beaucoup plus sécuritaire que tout le monde qui était à la maison. Je comprends pourquoi ça n’a pas été si pire que je le pensais. On était un peu mal à l'aise quand le Pride s’est retiré. C’était un peu stressant.

Les inquiétudes étaient bien réelles avant la compétition. Même si l’Europe avait fourni des exemples de relance du sport, la NWSL y allait d’une première sur le continent américain, avec la situation sanitaire que l’on connaît aux États-Unis.

Elle réalise une feinte devant une adversaire avant de marquer.

Bianca St-Georges (à gauche) a joué 446 minutes en 5 matchs dans la bulle en Utah.

Photo : USA Today Sports-Jeffrey Swinger

Bianca St-Georges reconnaît volontiers qu’elle a d’abord cru impossible la mission que s’était donnée la NWSL avec l’organisation du tournoi. Il y avait trop d’incertitudes et des questions, et beaucoup de questions.

Les joueuses ont été généralement satisfaites des réponses, même s’il était irréaliste d’anticiper tous les scénarios. Et une fois les équipes arrivées dans la bulle, souligne Évelyne Viens, du Sky Blue FC, les protocoles sanitaires mis en œuvre ont fait en sorte qu’on ne pensait même plus au virus. Ce sont les jours qui ont précédé le départ pour l’Utah qui ont rendu la Québécoise nerveuse.

Tout le monde devait avoir un résultat négatif pour prendre l’avion, dit-elle. Je me demandais quels contacts j’aurais avec l’extérieur, comme quand je devais aller à l’épicerie, et si j’allais attraper la COVID et nuire à l’équipe. Quand on est entrées dans la bulle, mon stress n’était plus vraiment là. Tout le monde était vraiment concentré sur le soccer.

À en perdre l'appétit

Depuis le début de la pandémie, des chercheurs se posent des questions sur les conséquences psychologiques du confinement. C’est cet enjeu que soulèvent les deux Québécoises de la NWSL quand on aborde les difficultés vécues dans la bulle.

De l’arrivée au départ, toutes les joueuses sont demeurées confinées dans leur hôtel respectif, qu’elles ne pouvaient quitter que pour les entraînements et les matchs. Chaque équipe devait rester sur son étage. Tout contact avec un membre d’une autre délégation pouvait être rapporté à la ligue, avec les conséquences qui s’imposaient.

Elle lève un bras après avoir marqué un but.

Évelyne Viens (au centre) a joué 137 minutes en 6 matchs au tournoi de relance de la NWSL.

Photo : Jeffrey Swinger-USA TODAY Sports

Évelyne Viens, dont l’équipe s’est inclinée en demi-finale devant les Red Stars de Bianca St-Georges – les deux Québécoises ont marqué leur premier but dans le circuit à cette occasion –, est restée à l’hôtel 27 jours. Malgré tous ses effets pervers, le confinement a eu son côté rassembleur, souligne-t-elle.

Après la deuxième semaine, on parlait plus ouvertement des défis qu’on avait, de ce qui se passait avec nos émotions, explique Viens. On a réussi à grandir et à apprendre comment gérer tout ça. On se montrait un peu plus vulnérables entre nous, et c’est comme ça qu’on a amélioré notre esprit d’équipe. À la fin, on était vraiment très soudées. Avec la bulle, il y a eu du positif et du négatif. Mais en fin de compte, ç’a vraiment fait grandir plusieurs joueuses.

Pour Bianca St-Georges, finaliste malheureuse contre le Dash de Houston (2-0), le séjour dans la bulle a duré un peu plus d’un mois. Elle n’avait cependant plus joué depuis novembre 2018 en raison d’une déchirure du ménisque, et l’anxiété du retour au jeu a décuplé la charge mentale de l’isolement.

Elle admet avec le recul qu’elle a essayé de se convaincre, en Utah, que le confinement n’était pas si pesant sur le plan psychologique. Mais dans la dernière semaine et demie du tournoi, elle en a perdu l’appétit.

Trois jours avant la finale, c’était vraiment un gros problème : je n’étais plus capable de manger, mentionne-t-elle. Je n’avais plus faim. J’avais du reflux gastrique. J’étais pleine tout le temps, on dirait. C’est vraiment drôle, parce que j’adore manger, mais je n’étais plus capable. C’était vraiment dur de me donner assez d’énergie pour le match.

Les jours avant ça, j’avais de la misère à me préparer. L’aspect nourriture, le fait d’être dans ta routine, d’être dans ton lit, ce sont de petites affaires qui, pendant une semaine, ne sont pas si pires. Mais un mois de temps, c’était vraiment beaucoup, et ce serait vraiment difficile de refaire ce genre d’environnement, je crois.

Un succès qui se mesure

L’expérience est peut-être encore trop récente pour demander aux athlètes si elles se prêteraient de nouveau au jeu de la bulle sanitaire. Mais pour la ligue, le tournoi a été couronné de succès.

La NWSL a fait le plein de commanditaires en vue de sa relance, dont la rencontre d’ouverture et la finale ont été diffusées au réseau CBS.

Le premier match, entre la Caroline du Nord et Portland, a retenu l’attention de 527 000 téléspectateurs aux États-Unis le 27 juin. C’était le match de la NWSL le plus regardé de l’histoire jusqu’à la finale, présentée le 26 juillet, qui a captivé 653 000 spectateurs.

C’est plus que 9 des 10 matchs de la Premier League joués ce dimanche-là, autant que les 3 matchs de MLS les plus regardés de la semaine ensemble, et bien plus que les 365 000 personnes qui ont suivi la finale Portland-Orlando de la MLS le 11 août.

Elles s'enlacent pour se consoler.

Deux coéquipières de Bianca St-Georges, Julie Ertz (à gauche) et Casey Short, ont été émues aux larmes au moment de s'agenouiller avant leur premier match en Utah.

Photo : Jeffrey Swinger-USA TODAY Sports

Bianca St-Georges, à 23 ans, se trouve chanceuse d’amorcer sa carrière dans la NWSL au moment où la ligue devient plus mature que jamais.

Ce qui nous avantage beaucoup, c’est que notre ligue est très active dans les mouvements pour la justice sociale, rappelle-t-elle. Avec Black Lives Matter, on était très à l’écoute, très en appui à ce mouvement. Il y a le mois de la fierté, et on soutient beaucoup la communauté LGBTQ. Non seulement je trouve ça cool que la ligue grandisse, mais on est très investies dans les mouvements de justice sociale.

Il reste à voir comment la NWSL poursuivra ses activités. St-Georges dit que ses Red Stars profiteront encore de deux semaines de congé. Viens se prépare pour deux mois d’entraînement avec le Sky Blue FC, et peut-être à des matchs hors-concours. Les deux joueuses recrues ont hâte de faire connaissance avec leurs supporteurs.

[Dans la bulle], il y avait un camion de café, et les supporteurs envoyaient de l’argent pour nous payer la tournée de café, dit Viens. S’il y avait une fête, c’était la tournée de gâteau. Je trouvais ça impressionnant que les supporteurs, même s’ils ne sont pas aux matchs, nous suivent et nous appuient. Ça m’a fait réaliser que j’ai vraiment hâte de jouer devant des foules, rencontrer des supporteurs et avoir un vrai contact avec eux, pas un contact virtuel.

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