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Souvenirs olympiques : Usain Bolt à Rio, la fin d'une ère du sprint mondial

Le triple champion olympique du 100 m, le Jamaïcain Usain Bolt, enlace le Canadien Andre De Grasse (3e).

Le triple champion olympique du 100 m, le Jamaïcain Usain Bolt, enlace le Canadien Andre De Grasse (3e).

Photo : Getty Images / Johannes Eisele

Olivier Paradis-Lemieux

À l'occasion du 12e épisode de Souvenirs olympiques, diffusé samedi soir à 18 h 30 (HAE) sur ICI Télé, Radio-Canada Sports revient sur le chant du cygne d'Usain Bolt lors des Jeux olympiques de Rio 2016. Laurent Godbout, analyste des compétitions d'athlétisme lors de ces JO a bien voulu répondre à nos questions.


Q. Quelles ont été tes impressions en revoyant les performances d'Usain Bolt à Rio, quatre ans plus tard?

R. C'était un peu étrange à regarder parce que j'avais l'impression que ça faisait très longtemps, même si ça fait seulement quatre ans. J'avais l'impression qu'il y avait beaucoup de choses qui se sont passées depuis ces moments-là. Ça m'a rappelé à quel point Rio 2016 avait été la fin d'une ère et le début d'une nouvelle ère, un changement de garde dans le domaine du sprint international. C'est quand même tout récent. Quand les gens vont regarder ça, ils vont avoir l'impression que c'était hier ou avant-hier.

Depuis ce moment, il y a eu deux Championnats du monde, 2017 et 2019. Le nouveau cycle est terminé, même s'il n'y a pas eu de Jeux cette année. C'est un nouveau monde du sprint qu'on voit aujourd'hui par rapport à celui de 2016.


Q. Qu'est-ce qui a changé entre 2016 et aujourd'hui dans le sprint mondial?

R. En 2017, ç'a été la fin de carrière de Bolt, qui s'est terminée sur une blessure. Mais il avait quand même réussi à monter sur le podium à sa dernière course au 100 m. En 2019, à Doha, on a revu des jeunes qui se sont signalés comme Noah Lyles. Andre De Grasse après deux longues années de blessure était revenu à son meilleur niveau.

Le changement de garde n'était pas celui qu'on attendait, il y avait beaucoup de courses qui étaient ouvertes en 2017 et 2018, et tranquillement pas vite, on voit quelques noms qui émergent comme Lyles et De Grasse qui reprend sa place comme dauphin prétendu de Bolt. Mais il faut le dire, il n'y a personne qui va prendre la place d'Usain Bolt pour encore un bon bout de temps.

Andre De Grasse rigole avec Usain Bolt pendant les qualifications de la course de 200 m des Jeux de Rio, en 2016.

Andre De Grasse rigole avec Usain Bolt pendant les qualifications de la course de 200 m des Jeux de Rio, en 2016.

Photo : Getty Images / Shaun Botterill


Q. Si on revient avant les Jeux de Rio, Usain Bolt n'avait pas la meilleure saison de sa carrière. Il avait peu couru avant les JO. Est-ce qu'il se présentait à Rio autant en favori que lors des Jeux précédents?

R. Je pense que le Usain Bolt qu'on a vu en 2016 a été le moins bon Usain Bolt si on compare avec les années 2008-2012. C'était un Usain Bolt qui était en mode pilote automatique, motivé par l'atteinte de l'objectif du nombre de médailles, mais je ne pense pas qu'il était aussi concentré par la performance ultime qu'il avait eue en 2008-2009. À ce moment-là, il voulait révolutionner le sprint et il l'a fait. Mais en 2016, c'est un Usain Bolt, qui n'était pas nécessairement prenable, mais qui n'a pas eu à être à son mieux parce qu'on ne l'a pas poussé à être à son mieux.

Par contre, quand je regardais le 200 m, on peut dire qu'il s'est donné à fond. Il voulait faire quelque chose de bien, mais il n'avait plus les capacités qu'il avait 4 ou 5 ans auparavant. C'était assez flagrant à Rio. J'écoutais nos commentaires. Je me réécoutais et je me disais que j'avais fait preuve d'une certaine retenue pour ne pas évoquer qu'on voyait peut-être le moins bon Usain Bolt depuis quelques années.


Q. Justin Gatlin va gagner en 2017 le 100 m des Championnats du monde. En raison de ses suspensions pour dopage, il est un peu l'antithèse de Bolt par son parcours et par son manque de charisme. Est-ce que ç'aurait fait mal à l'athlétisme et au renouveau qu'avait amené Bolt si Gatlin l'avait battu au 100 m à Rio?

R. Ça n’aurait pas été plaisant à regarder. Je pense que ç'aurait laissé un goût amer. Voir Gatlin gagner en 2017, ça n'a pas suscité beaucoup d'enthousiasme et d'approbation dans le milieu sportif. C'est sûr que si Gatlin avait gagné à Rio, ç'aurait été une fin vraiment moche pour la carrière olympique de Bolt.

Gatlin, j'ai des réserves. Le seul point que je vais dire de positif sur lui, c'est sa résilience par rapport à ce que les gens ont dit de lui. Et malgré l'âge, il a réussi à revenir à un haut niveau. Mais certains observateurs soutiennent dans le milieu scientifique qu'un athlète qui s'est déjà dopé va toujours être avantagé. Qu'il y a des effets, selon certains observateurs, permanents. Est-ce que Gatlin a bénéficié d'un effet permanent ou s'il mérite les résultats qu'il a accomplis? Et ça, je suis toujours dans l’ambiguïté face à ces questions.

Justin Gatlin et Usain Bolt

Justin Gatlin et Usain Bolt

Photo : Getty Images / Patrick Smith


Q. L'autre grande figure de ces Jeux au niveau du sprint, c'est le Canadien Andre De Grasse (argent au 200 m, bronze aux 100 m et 4 x 100 m). À quel point est-ce que ses performances à 21 ans étaient une surprise?

R. Andre De Grasse en 2016 n'avait pas connu d'adversité encore. Il avait fait les Championnats du monde l'année précédente, mais sa fraîcheur, son innocence, sa naïveté l'ont beaucoup aidé. À partir de 2016, De Grasse a été considéré comme le futur du sprint. Il en a eu même trop sur les épaules en disant qu'il allait devenir le prochain Bolt.

Non, Andre De Grasse ne sera pas le prochain Bolt et il n'y en aura probablement pas de prochain Bolt. De Grasse doit être lui-même et désormais il a connu l'adversité. En ayant connu les blessures, les déceptions, ça va faire de lui un meilleur athlète, une meilleure performance. Et ça va faire quelqu'un qui ne se laissera pas enchanter par toute sorte de prédiction un peu farfelue. Il va devoir s'entraîner pour égrener les centièmes de seconde sur ses performances.

Andre De Grasse

Andre De Grasse

Photo : Getty Images / Paul Gilham


Q. Pourquoi n'y aura-t-il pas de prochain Usain Bolt?

R. Parce qu'il n'y a pas eu non plus de prochain Jesse Owens, d'Herb Elliott en demi-fond qui n'a jamais été vaincu au 1500 m et au mile. Il n'y aura pas d'autres Carl Lewis. Ce sont des athlètes uniques. Et je ne pense pas que c'est une bonne chose dans le sport de dire d'un athlète qu'il est le prochain Gretzky ou le prochain Lemieux. Il n'y a qu'un Muhammad Ali qu'un Michael Jordan.

Il n'y a qu'un seul Usain Bolt.

Ce sont à ces athlètes nouveaux de faire leur place. Chacun doit créer sa propre identité.

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