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Comment récupère-t-on après cinq périodes de prolongation?

Des joueurs récupèrent à leur banc.

Des joueurs du Lightning de Tampa Bay, lors du premier match de la série contre les Blue Jackets de Columbus

Photo : Getty Images / Elsa

Christine Roger

Six heures. Huit périodes. C’est le temps que les joueurs du Lightning de Tampa Bay et des Blue Jackets de Columbus ont passé sur la patinoire mardi. Même si ce sont des athlètes professionnels habitués de pousser leur corps à la limite, jouer un match marathon n’est pas sans conséquence. Surtout quand le prochain duel a lieu moins de 48 heures plus tard.

Certains critiquent cette formule, alors que d’autres apprécient le suspense de ces matchs interminables. Chose certaine, il est très difficile pour un athlète, peu importe son calibre, de maintenir un niveau de performance maximal sur une aussi longue période. Il y aura inévitablement une dégradation progressive de la performance sportive, donc du spectacle offert.

Un match de hockey de huit périodes, c'est un peu comme aller de Montréal à Québec, mais en faisant le tour du monde par l'Ouest! Les chances de manquer de carburant sont grandes! Il est certain que l'athlète peut essayer de faire le plein en mangeant et en buvant des aliments contenant des glucides et des électrolytes, mais il sera limité par le fait qu'il performe à un niveau très haut en même temps, explique le Dr Jérôme Ouellet, pédiatre spécialisé en médecine sportive.

Plus l’exercice se prolonge, plus le risque de déshydratation augmente. L’athlète doit donc être à l’écoute de son corps et de sa soif afin de s’adapter tout au long de l'effort. Pendant un match de hockey de huit périodes, la majorité de ce qui sera ingéré le sera sous forme liquide afin que ce soit mieux toléré par l'organisme.

En performant pendant huit périodes, le corps produit énormément de chaleur. Cette chaleur doit être évacuée pour éviter que la température du corps augmente trop et cause des symptômes de lésions, soutient le Dr Ouellet. À un certain moment, particulièrement dans un environnement chaud et avec un équipement qui nuit à l'évacuation de la chaleur, le risque augmente et il faut être vigilant.

Certains diront que parce que ce sont des athlètes professionnels, ils sont capables d’en prendre. Si l’on compare avec le sportif du dimanche, le corps d’un joueur de la LNH est effectivement prêt à répondre à une demande prolongée. Mais il a aussi des limites.

Quand Seth Jones joue 65 minutes et 6 secondes et que Joonas Korpisalo effectue 85 arrêts, il serait simpliste de dire qu’ils se sont entraînés pour une telle situation.

Peu importe leur niveau d’entraînement, il y aura un épuisement des réserves de carburant, énormément de pression sur les mécanismes de production de glucides dans le corps, de la déshydratation, une production excessive de chaleur, etc.

Dr Jérôme Ouellet

Il ne faudrait pas négliger non plus l’impact psychologique d’un tel effort. Les ressources cognitives des athlètes étaient inévitablement épuisées à la fin de ce match, et cela peut influer sur la prise de décision.

Les distractions sont plus difficiles à éviter et l’attention, plus difficile à soutenir. La flexibilité de l’attention, c’est-à-dire la capacité à changer l’attention d’un stimulus à l’autre, a dû aussi être diminuée. Les émotions deviennent aussi plus difficiles à contrôler alors que le système limbique prend le dessus, explique Véronique Richard, titulaire d’un doctorat en sciences de l’activité physique et d’une spécialité en psychologie de la performance.

Si maintenir le même niveau de performance aussi longtemps est un défi de taille, la récupération après le match l’est probablement tout autant. L’objectif est que le corps, mais aussi le mental, soit suffisamment rétabli pour le prochain match, moins de 48 heures après ce duel marathon.

Une fatigue mentale et une baisse d’énergie marquée peuvent être ressenties à la suite d’un tel événement à cause de la surcharge cognitive, mais aussi à cause de l’effet biophysiologique des émotions, souligne Mme Richard.

Des joueurs de Blue Jackets de Columbus, pendant le premier match de la série face au Lightning de Tampa Bay

Des joueurs de Blue Jackets de Columbus, pendant le premier match de la série face au Lightning de Tampa Bay

Photo : Getty Images / Elsa

Une course contre-la-montre s’est amorcée pour les joueurs des deux équipes. Ils n'avaient pas de séance d’entraînement mercredi, mais pas question de demeurer inactifs. Au contraire, faire un entraînement léger lorsqu’on est courbaturé peut apaiser les douleurs.

Le fait de faire un exercice physique va venir augmenter la circulation sanguine au niveau du muscle, ce qui permet de réduire les adhérences entre les fibres musculaires endommagées, d'éliminer certaines molécules inflammatoires présentes localement et ça libère plein d'endorphines. Un bel antidouleur naturel, déclare le Dr Ouellet.

Malheureusement, cet effet positif est temporaire. Rapidement, le joueur devra faire face à la réalité.

On ne peut pas échapper à ce qui se passe au niveau cellulaire dans nos muscles. C'est là qu'on entre dans la douleur musculaire aiguë (muscle soreness) et la douleur musculaire retardée (delayed-onset muscle soreness, ou DOMS). 

La douleur musculaire aiguë, ce n'est pas compliqué, c'est la douleur que tu as pendant ou tout de suite après un exercice physique. Le DOMS, c'est une tout autre histoire! Classiquement, le DOMS va apparaître après 24 heures et va culminer entre 48 et 72 heures, ajoute le Dr Ouellet. 

Si les courbatures sont présentes le lendemain d’un match, elles seront donc encore pires le surlendemain. Dans le cas des joueurs du Lightning et des Blue Jackets, le problème est qu'ils devaient à nouveau sauter sur la patinoire jeudi, pour le deuxième match de leur série.

On parle de diminution de l'amplitude articulaire, c’est-à-dire une difficulté à complètement plier ou déplier certaines articulations, d’une réduction de la force et de la puissance musculaire, d’une mauvaise activation des muscles. Sans compter que l'athlète a tendance à mal percevoir son degré d'atteinte physique, ce qui augmente en soi le risque de blessure, affirme le Dr Jérôme Ouellet.

Même si les thérapeutes des équipes ont travaillé d’arrache-pied depuis mardi, même si les joueurs se sont reposés et nourris adéquatement, il n’y a pas de solution miracle.

Beaucoup de choses ont été étudiées, comme le bain de glace, le massage, les ultrasons et la stimulation électrique, mais elles n'ont malheureusement pas démontré de bénéfices significatifs. Les anti-inflammatoires, comme l'Advil, peuvent atténuer la douleur, mais les dommages sont quand même là, avec le risque de blessures qui y est associé, mentionne le Dr Ouellet. 

Les joueurs du Lightning et des Blue Jackets n'ont donc pas le choix d'attendre que leur corps traverse le processus. Et ils espèrent que le match no 2 se terminera en 60 minutes!

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