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Règlements de comptes sur fond d’antidopage à Moscou

Un homme en conférence de presse

Iouri Ganous, directeur général de la RUSADA

Photo : Reuters / Maxim Shemetov

Le très dérangeant directeur de l’antidopage russe, Iouri Ganous, serait en passe d’être limogé. Le conseil de surveillance de la l’Agence russe antidopage (RUSADA) lui reproche des « fraudes » au sein de l’agence.

Bien sûr qu'il s'agit d'une vengeance. Ce que nous disons ne plaît pas, alors que nous nous battons pour un sport propre, a déclaré Iouri Ganous à l’AFP.

Celui qui a été nommé à la tête de l’agence russe en 2017 menait une campagne contre l’inertie des responsables du sport de son pays dans la lutte contre le dopage. Ce qui n’était pas du goût des autorités russes.

Son limogeage annoncé arrive à un bien mauvais moment pour les athlètes russes, déjà exclus de toutes compétitions sportives internationales. La Fédération russe d'athlétisme (RUSAF) a peut-être payé cette semaine son amende de plus de six millions de dollars à World Athletics pour violation des règles antidopage, mais elle doit encore présenter un plan de réformes d'ici le 31 août pour espérer être réintégrée.

Toute vérité n’est pas bonne à dire, dit le proverbe, et c’est peut-être le franc-parler de M. Ganous qui lui fera perdre son poste. À l’époque, la nomination du nouveau directeur avait laissé plusieurs observateurs un peu sceptiques, comme David Pavot, directeur de la Chaire mondiale sur l’antidopage dans le sport à l’Université de Sherbrooke.

Pendant longtemps, on a pensé que Iouri Ganous était un poisson-pilote du Kremlin. On a cru que c’était un jeu joué par la Russie. D’un côté, on avait un nouveau directeur qui disait que la Russie n’était pas en conformité et ne faisait pas les choses correctement. Qu’il était normal que le pays soit sanctionné, et de l’autre côté, le Kremlin qui disait aux instances internationales d’arrêter de l'ostraciser.

David Pavot, directeur de la Chaire mondiale sur l’antidopage dans le sport à l’Université de Sherbrooke

M. Pavot a constaté que, finalement, ce n’était pas un jeu et que Iouri Ganous semble déplaire à Moscou, au point où les autorités russes veulent s’ingérer dans les affaires de la RUSADA pour le tasser. Une ingérence qui aurait de terribles conséquences, selon lui.

On peut se demander jusqu’où iront les conséquences, explique-t-il. Déjà, la Russie est bannie d’un nombre d’événements sportifs impressionnants. Mais ici, c’est clairement une violation des Russes du Code mondial antidopage. Ces instances comme l’Agence russe antidopage doivent être indépendantes dans leurs décisions et leurs activités opérationnelles, comme le précise le Code mondial.

Le directeur de la chaire mondiale dénonce l’ingérence du pouvoir exécutif russe dans les activités de la RUSADA pour démissionner le directeur actuel et le remplacer par quelqu’un de plus malléable. En agissant ainsi, la Russie se mettrait en non-conformité du Code mondial antidopage, ce qui aurait pour conséquences un arsenal de sanctions de l’Agence mondiale antidopage. Cette action et cette confrontation directe de la Russie ne sont sûrement pas anodines, selon David Pavot.

La Russie s’inscrit aujourd’hui dans une nouvelle tendance, celle de la défiance envers l’Agence mondiale antidopage, estime-t-il. Je pense que les Russes essayent de s’inspirer de ce qui se passe avec les États-Unis depuis quelques semaines, qui tentent d’affaiblir l’AMA. L’Agence mondiale ne réagira que si Iouri Ganous est réellement limogé. La première étape sera de déclarer la Russie non conforme au Code mondial et la deuxième étape sera au Conseil de fondation de prendre les sanctions qui s’imposent.

Ce que nous disons ne plaît pas, alors que nous nous battons pour un sport propre.

Iouri Ganous, directeur de l'antidopage russe

Face à cette situation, tout est une question d’équilibre. Est-ce que l’on a envie de continuer de faire de la Russie un paria et la remettre une nouvelle fois au ban de la société sportive? Les véritables conséquences seraient vécues une nouvelle fois par les sportifs, qui souffrent déjà des politiques sportives de leur pays. Pour David Pavot, le limogeage de Iouri Ganous est la chronique d’une mort annoncée.

Oui, d’une mort annoncée, d’un départ annoncé. C’est quelqu’un qui a eu le courage de ses opinions et le courage de dire qu’il y a des choses qui ne vont pas, lance-t-il. Maintenant, dans un pays comme la Russie qui ne compte pas parmi les grandes démocraties, toute voix à l’opposition est réduite au silence, donc on peut s’attendre à ce que M. Ganous soit mis de côté.

Il semble que les autorités russes jouent une politique frontale avec l’AMA et avec le système sportif mondial. Est-ce que c’est la bonne stratégie? On en doute effectivement.

David Pavot
Avec les informations de Agence France-Presse

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