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Chronique

Alexis Lafrenière, l’enfant du chaos

Alexis Lafrenière assis au banc des joueurs.

Alexis Lafrenière au banc des joueurs de l'Océanic de Rimouski

Photo : Océanic de Rimouski / Iften Redjah

Un amateur de hockey qui, disons, aurait vécu dans une caverne au cours des cinq derniers mois, ne comprendrait probablement rien au fait que les Rangers de New York aient remporté le deuxième tour de la loterie donnant accès au premier choix en vue du repêchage amateur d’octobre prochain.

Toutefois, après s’être fait dresser la liste des événements rocambolesques survenus dans le monde du sport depuis le 12 mars, cet amateur hausserait probablement les épaules en se disant que le fait de voir débarquer Alexis Lafrenière dans la Big Apple sera extrêmement positif pour la LNH et le hockey en général.

Disons les choses franchement : le système de loterie et la grille de compétition des séries éliminatoires inventés par la LNH en raison de la pandémie n’ont pas donné les résultats escomptés.

Les séries éliminatoires sont censées regrouper les 16 équipes ayant le mieux prouvé leur valeur et leur constance durant le long calendrier. Or, le tour de qualifications a permis à des équipes de 22e, 23e et 24e places (Arizona, Chicago et Montréal) de se faufiler dans le tournoi éliminatoire.

En contrepartie, en moins d’une semaine, des organisations comme celles de Pittsburgh, Edmonton et Nashville ont été évincées du portrait, voyant ainsi partir en fumée d’excellents résultats qu’ils avaient mis six mois à colliger.

Quant à la loterie donnant accès au repêchage, elle existe pour offrir aux équipes les moins compétitives une chance de remonter la pente en mettant la main sur les meilleurs jeunes talents disponibles. Or, la plupart des huit équipes qui convoitaient le gros lot, lundi soir, se situaient en milieu de peloton quand la saison a abruptement pris fin. Les Penguins de Pittsburgh occupaient même le 7e rang du classement général.

Visa le noir, tua le blanc. Appelons cela la saison du chaos.

Dans le cas du repêchage de 2020, toutes ces improvisations provoquées par la pandémie auront toutefois des répercussions extrêmement positives.

***

Le système de la LNH récompense les équipes de bas de classement en supposant que les dirigeants de ces organisations sont suffisamment compétents pour redresser la barque et gravir les échelons menant au sommet du classement. Mais dans la vraie vie, ce n’est pas toujours ce qui se produit.

On peut citer en exemple les Oilers d’Edmonton, qui ont eu le privilège de choisir au tout premier rang à quatre reprises entre 2010 et 2015 et qui commencent à peine à sortir du bois. Ou encore les Panthers de la Floride, qui ont sélectionné quatre fois au sein du top 3 en 10 ans et qui n’ont pas remporté une série depuis le premier mandat de Bill Clinton à la présidence des États-Unis. Les Sabres de Buffalo, qui pataugent dans la médiocrité depuis 10 ans, ne constituent pas un mauvais exemple non plus.

Le facteur économique est aussi à souligner. Même dans un contexte de plafond salarial, les équipes évoluant dans de petits marchés, qui disposent donc de moyens financiers plus modestes, sont souvent désavantagées par rapport à leurs rivaux plus fortunés. Ils héritent souvent des meilleurs espoirs au repêchage.

À la fin des courses, les plus beaux jeunes talents autour desquels la LNH devrait façonner sa mise en marché aboutissent, surtout depuis 10 ans, dans des organisations qui sont mal gérées ou situées dans des marchés suscitant peu d’attention médiatique.

En plus, les prometteurs espoirs qui débarquent dans ces organisations se retrouvent souvent mal encadrés et mettent plus de temps à émerger parce qu’ils évoluent dans un contexte perdant.

Eh bien!, grâce au chaos engendré par la pandémie, Alexis Lafrenière a évité tous ces écueils. À New York, il se joindra à une équipe en pleine ascension au sein de laquelle on ne lui accolera pas une inconfortable étiquette de sauveur, et qui lui donnera l’occasion de bien faire ses classes.

Puis, dans quelques années, quand il sera prêt à prendre les commandes, Lafrenière animera probablement l’un des plus prestigieux amphithéâtres de la planète et fera en sorte que les billets des Rangers figureront parmi les plus convoités, dans le plus gros et plus féroce marché nord-américain.

La LNH a donc connu lundi une soirée 100 fois meilleure que si les vrais objectifs de départ de la loterie avaient été atteints. Et avant d’avoir posé un patin sur la patinoire du Madison Square Garden, Alexis Lafrenière a entrepris sa carrière du bon pied.

Qui sait, un jour, cela suscitera peut-être une sérieuse réflexion sur la réelle pertinence du système de repêchage en vigueur depuis 50 ans.

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