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25 ans plus tard, le dernier jour du stade Jarry

Vue du quartier Villeray vers l'Est, le 2 septembre 1976. À l'avant-plan, le stade Jarry.

Vue du quartier Villeray vers l'Est, le 2 septembre 1976. À l'avant-plan, le stade Jarry.

Photo : Inconnu

Quand Andre Agassi a réussi sa volée gagnante pour battre Pete Sampras en finale des Internationaux du Maurier de Montréal, en 1995, il s’est spontanément retourné, bras dans les airs, pour regarder sa copine de l’époque, Brooke Shields, assise aux premières loges.

Vêtu d’un polo à damiers noir et blanc, le « Kid de Las Vegas » mettait son grand rival échec et mat, mais marquait surtout l’histoire du tennis montréalais en remportant le tout dernier match disputé dans l’ancien stade Jarry, qui allait être détruit et complètement rebâti au cours des mois suivants. Agassi a d’ailleurs autographié la surface de jeu.

L’histoire de cette enceinte, qui a accueilli les Expos de 1969 à 1976, se terminait par un duel entre deux des meilleurs joueurs de tennis de leur génération. Les acteurs et leur prestation étaient à la hauteur du moment.

Un joueur de tennis, vêtu d'un polo noir et blanc, embrasse sa copine après sa victoire aux Internationaux du Canada en 1995 à Montréal.

Andre Agassi embrasse Brooke Shields.

Photo : afp via getty images / ANDRE PICHETTE

Le scénario était parfait et le moment très émotif, se souvient l’ancien directeur du tournoi, Richard Legendre. C’était la finale qu’on aurait voulue si on l’avait organisée nous-mêmes. Il faisait un temps des dieux et c’était un match incroyable. C’était nos adieux à ce stade qui nous avait si bien servi. La séparation était nécessaire, mais néanmoins douloureuse. 

Pendant 15 ans, les organisateurs des Internationaux du Canada avaient pressé le citron du stade jusqu’à la dernière goutte pour faire du tournoi un rendez-vous apprécié des meilleurs joueurs de tennis de la planète. Mais la pression se faisait de plus en plus forte pour que Montréal se dote d’un stade de calibre international, sans quoi la métropole ne ferait plus partie de la série Top 9 de l’ATP. 

On aurait perdu le tournoi si on s’était entêté à rester dans le vieux stade Jarry, raconte M. Legendre. On le qualifiait de pittoresque, mais c’était surtout une manière élégante de dire qu’il était désuet. On pensait être capable de tenir le coup encore quelques années, mais on sentait l’urgence d’agir.

À l’époque, les gradins du stade étaient encore en configuration baseball. Le court central était aligné avec la ligne du premier but et des gradins temporaires étaient aménagés de l’autre côté du court et derrière la ligne de fond. Le court numéro un était situé au champ droit, tandis que les quatre autres courts utilisés donnaient sur les gradins du champ gauche.

Aujourd’hui, le court central s’aligne vers l’ancien champ centre et seul le demi-cercle de la structure originale, derrière le marbre, est encore debout. Des gradins de l’ancien stade sont toutefois encore utilisés sur le court Banque Nationale.

C’était rudimentaire, mais ça faisait la job, se rappelle-t-il. Les joueurs utilisaient l’ancien vestiaire des Expos. La plupart des installations étaient temporaires, par exemple le salon des joueurs était sous une grande tente de luxe. Notre commanditaire à l’époque, Imperial Tobacco, mettait énormément d’accent sur les services aux joueurs et c’était probablement la place où les joueurs mangeaient le mieux sur le circuit, même si c’était dans une tente dans le champ centre du parc Jarry.

Il soulève le trophée.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Andre Agassi, champion des internationaux du Canada en 1995

Photo : afp via getty images / ANDRE PICHETTE

La construction du centre de tennis intérieur, qui sert notamment de quartiers généraux à Tennis Canada, a aussi fait partie du grand projet de rénovation du stade, chiffré à 24 millions de dollars. Si Richard Legendre parle aujourd’hui d’un nouveau stade, à l’époque, il insistait pour dire qu’il s’agissait de rénovations pour ne pas faire peur au monde.

Disons qu’au début des années 90, la construction d’un nouveau stade à Montréal n’était pas facile à vendre, dit-il avec un sourire en pensant aux Expos. De 90 à 95, j’ai dû convaincre six gouvernements pour obtenir 20 millions d’argent public sur les 24 millions qu'a coûté le stade. Chaque fois que j’arrivais à en convaincre un, il y avait un changement après une élection.

En 10 mois, les travaux ont été exécutés, à temps pour le tournoi de 1996. 

On a finalement respecté l’échéancier et notre budget, précise M. Legendre. Et en plus, le stade était vraiment beau!

Une mission personnelle

La construction du nouveau stade Jarry a été la première grande mission qu’a confiée François Godbout, alors président de Tennis Canada, à Richard Legendre. Lorsque l’ancien joueur s'est joint à la fédération en 1988, il devenait seulement le cinquième employé des bureaux montréalais.

En mars 2020, avant des coupes budgétaires liées à la pandémie de COVID-19, le centre national en comptait 55.

J’ai pris le bâton du pèlerin et j’ai attaqué ce dossier-là dès 1989, dit-il. J’ai travaillé sur le dossier avec plusieurs collègues et on a eu le feu vert en 1995. Notre projet comprenait 8 terrains intérieurs et 12 extérieurs.

Des terrains de terre battue se sont ajoutés, au deuxième étage, quelques années plus tard. Au-delà du simple fait de pouvoir continuer d’attirer l’élite mondiale masculine et féminine en alternance avec Toronto, la construction du nouveau stade a aussi permis à Tennis Canada de générer des revenus plus importants, revenus ensuite réinvestis dans le développement des jeunes.

Deux hommes assis en point de presse.

Richard Legendre et Eugène Lapierre

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Chabot

Le nouveau stade a immédiatement suscité la curiosité des amateurs de tennis.

Dans l’ancien stade, on vendait entre 20 et 25 % de nos billets à l’avance et le reste à la billetterie le jour même, indique Richard Legendre. Là, on passait à près de 70 % des billets vendus avant le début du tournoi. La différence était énorme. On avait aussi une meilleure segmentation des billets, si bien que sans charger plus cher, on avait une bien meilleure rentabilité.

Le premier tournoi disputé dans le nouveau stade, en 1996, a attiré plus de 114 400 spectateurs, une hausse importante par rapport à la dernière présentation du volet féminin, en 1994, à moins de 84 000.

De 119 000 spectateurs, à la dernière édition masculine du tournoi en 1995, le tournoi est passé à 223 000 visiteurs en 2019, une assistance globale gonflée par l’intérêt grandissant envers les jeunes Denis Shapovalov et Félix Auger-Aliassime. 

Un joueur exulte après un point gagnant.

Félix Auger-Aliassime

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Auger-Aliassime, d’ailleurs, est un ancien du centre national de Montréal, l’aboutissement d’un cycle d’investissements.

Ce serait peser fort sur le crayon que de dire que la construction du nouveau stade a été le point tournant dans le développement des jeunes, mais assurément que c’est une étape importante, juge Richard Legendre. L’autre grand coup, c’est quand Eugène Lapierre a réussi à faire du complexe qu’on avait bâti le centre national de Tennis Canada.

Et 25 ans plus tard, Richard Legendre a encore le sentiment du devoir accompli. Le stade, anormalement désert cet été, vibre toujours aussi fort le mois d’août venu.

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