•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Après une opération de cinq heures, Fabio Jakobsen serait hors de danger

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Une chute massive dans un peloton cycliste.

Fabio Jakobsen (absent de la photo) a été victime d'une chute dramatique lors de la première étape du Tour de Pologne quand il a été catapulté à l'extérieur des barrières après un contact avec Dylan Groenewegen (au premier plan).

Photo : Getty Images / SZYMON GRUCHALSKI

Olivier Paradis-Lemieux

Le champion des Pays-Bas Fabio Jakobsen, victime d'une chute à haute vitesse lors du final de la première étape du Tour de Pologne, a été opéré pendant cinq heures à la tête dans la nuit de mercredi à jeudi et serait hors de danger.

C'est ce qu'a expliqué le directeur adjoint de l'hôpital de Sosnowiec, Pawel Gruenpeter, à des médias polonais, qualifiant l'état de Jakobsen de grave, mais stable.

Comme il est en bonne condition physique, il a évité des fractures à la colonne vertébrale, a poursuivi le médecin polonais. J'espère qu'il n'y aura pas de dommages au système nerveux. Il faut rappeler que le patient a subi une opération de réanimation pendant environ une heure sur les lieux de l'accident, ce qui fait que ces symptômes cliniques peuvent encore changer. [...] Les principales blessures se situent au niveau du visage. Heureusement, les yeux n'ont pas été touchés.

Dans le sprint final de l'étape de mercredi, Jakobsen a été coincé entre la barrière et le peloton après que son compatriote Dylan Groenewegen, disqualifié par le jury des commissaires, lui eut fermé la porte. Quelques mètres avant l'arrivée, Groenewegen s'est déporté sur la droite et a gêné avec son coude Jakobsen, qui s'est envolé dans les barrières et est passé par-dessus son guidon. Il a heurté de plein fouet un juge de course qui se trouvait à hauteur de la ligne, derrière une barrière.

Souffrant de fractures multiples au visage et au crâne, Jakobsen a été placé dans un coma artificiel après la chute survenue à 80 km/h dans un faux plat descendant, déjà critiqué dans le passé par des coureurs.

Son état est grave, heureusement aucun organe vital n'a été touché, il est stable, mais les prochaines heures sont importantes. Ils vont essayer de le réveiller. Tous les os de son visage sont cassés. C'est vraiment très grave, a déclaré le directeur sportif de Deceuninck-Quick Step, Patrick Lefévère, à l'agence belge Brega.

C'était une action très sale de Groenewegen. On ne fait pas ce genre de choses. Nous avons déjà déposé une plainte auprès de l'UCI [l'Union cycliste internationale] et nous ferons de même auprès de la police en Pologne. Nous ne laisserons pas passer ça. [...] J'ai regardé ce sprint des dizaines de fois. Je ne comprends pas du tout l'action de Groenewegen. Un coureur doit rester sur sa ligne, a-t-il ajouté.

Quand Groenewegen se lance, il est pratiquement au centre de la route. Il finit complètement collé sur la barricade. C'est évident qu'en regardant la vidéo au ralenti, c'est facile de porter des jugements, mais on n'a pas du tout la même perspective au milieu d'un peloton [...] Je ne pense pas qu'intentionnellement, c'était son objectif, mais il y a une faute de son côté. À ces vitesses-là, ça ne pardonne pas, a raconté le Québécois Hugo Houle, présent au Tour de Pologne, à Radio-Canada Sports.

Les sprinteurs prennent plus de risques que d'autres. Dans la même situation (que Jakobsen), j'aurais mis le frein. Je n'aurais pas eu la témérité de me mettre dans cette position. Les sprinteurs sont mentalement capables de mettre leur cerveau à off et de prendre de très grands risques.

Hugo Houle, cycliste professionnel

Je pense que c'est terrible ce qui s'est passé. Je ne trouve pas les mots pour décrire à quel point je suis désolé pour Fabio et d'autres qui sont tombés ou ont été touchés. Pour le moment, la santé de Fabio est la chose la plus importante. Je pense à lui tout le temps, s'est excusé Groenewegen, qui a subi une fracture de la clavicule lors de la chute.

Le Danois Mads Pedersen (TRE), champion du monde, a rendu hommage à Jakobsen après la deuxième étape jeudi.

Je voudrais d'abord offrir cette victoire à Jakobsen après l'accident d'hier (mercredi). Je suis très heureux de pouvoir la lui dédier, et je lui souhaite un rétablissement rapide, à son retour à la vie, au cyclisme, a déclaré Pedersen à la télévision TVP Sport après son succès au terme des 151,1 kilomètres entre Opole et Zabrze.

Le parcours critiqué

Le sprinteur australien Robbie McEwen, gagnant de 12 étapes du Tour de France au cours de sa carrière, a critiqué les barrières utilisées par le Tour de Pologne, déjà accablé il y a un an par la mort de l'espoir belge Bjorg Lambrecht (22 ans), décédé après avoir chuté et heurté une structure en béton.

Le geste posé par Groenewegen a été fait par des sprinteurs à de nombreuses reprises. La disqualification est méritée, mais les barrières installées n'étaient pas aux normes de sécurité de l'UCI. Pourquoi ne pas mettre plus l'accent sur les mesures de sécurité du dernier kilomètre plutôt que de mesurer la hauteur de nos chaussettes, a écrit McEwen sur Twitter.

Le cycliste français Marc Sarreau, aussi victime de la chute, a repris l'idée de McEwen au journal L'Équipe, citant en exemple les barrières du Tour de France, contre lesquelles Marc Cavendish avait rebondi dans un incident similaire en 2017, quand il avait été coincé par Peter Sagan lors d'un sprint final de manière fort similaire à Jakobsen.

C'est vrai que la barrière vole, mais vu la violence de l'impact... Sur d'autres grandes courses, comme le Tour, les panneaux sont plus épais aux arrivées, on le voit sur la vidéo de la chute de Mark Cavendish (2017) où il glisse dessus au lieu de s'enfoncer dans les barrières. Mais sur certaines courses, les barrières ne sont même pas emboîtées. De mon point de vue, on peut difficilement accabler l'organisateur là-dessus, prend-il le temps de nuancer.

Ça s'est amélioré dans les dernières années, assure quant à lui Hugo Houle. Il n'y a pas si longtemps encore, il y avait des barrières avec des pieds qui revenaient sur la route. Les pieds maintenant sont à l'arrière. Je me rappelle lors d'une course en France, un coureur après une chute avait le biceps traversé par la barrière. Le dessus du biceps était sur la route.

La décision des organisateurs de placer le final de la première étape dans un faux plat descendant avait été décriée dans le passé. Hugo Houle explique qu'il serait facile de modifier le parcours afin de le rendre plus sécuritaire.

Vêtu en cycliste, il regarde au loin, sourire en coin.

Le Québécois Hugo Houle en est à sa huitième saison sur le circuit WorldTour.

Photo : Getty Images / YORICK JANSENS

Il y avait un enchaînement d'erreurs hier. Le Tour de Pologne aurait pu placer l'arrivée en haut du faux plat. On montait un faux plat, on faisait demi-tour, puis on se lançait à toute vitesse vers l'arrivée. Ils pouvaient faire l'arrivée de l'autre côté et ç'aurait été un sprinteur aussi qui aurait gagné, mais à 45-50 km/h. On ne parlerait pas des barrières ni du geste de Groenewegen, a ajouté le coureur de la formation Astana.

Au Grand Prix cycliste de Montréal, l'arrivée se fait dans un faux plat montant. Si on faisait la même chose qu'au Tour de Pologne, on arriverait à 80 km/h en faux plat descendant au centre-ville [...] Ce n'est plus une question de qui est le plus fort ou le plus talentueux, mais qui est le plus fou ou le plus à même de se mettre en danger.

Hugo Houle, cycliste professionnel

Marc Sarreau a par ailleurs dû abandonner le Tour de Pologne, en raison d'un traumatisme à l'épaule et des ruptures ligamentaires multiples. Son compatriote Damien Touzé a également abandonné à cause d'une triple fracture de l'index, alors que l'Espagnol Eduard Prades souffre d'une petite fracture transversale de la vertèbre cervicale C6.

Une enquête demandée

Cyclistes professionnels associés (CPA), une association dirigée par Gianni Bugno, a écrit au président de l'UCI David Lappartient pour exiger l'ouverture d'une enquête sur l'accident en plus de réitérer sa demande répétée que les barrières utilisées dans le cyclisme mondial soient uniformisées.

Dans l'enregistrement de l'accident, les barrières semblent trop basses pour garantir une vraie protection advenant une chute et elles semblent insuffisamment fixées à leurs supports pour les empêcher de voler un peu partout lors d'un impact. Pareillement pour les panneaux d'affichage placé le long du parcours, écrit Bugno.

Nous demandons si une vérification avait été effectuée avant la course afin d'évaluer si ces protections étaient appropriées et correctement installées.

Gianni Bugno, président de CPA

Jeudi soir, le parquet de Katowice a annoncé l'ouverture d'une enquête sur l'accident.

Jusqu'à présent, trois témoins ont été interrogés, dont un représentant des organisateurs de la course. Au cours de la procédure, d'autres témoins seront entendus, et les preuves recueillies seront analysées, a dit à l'agence PAP Beata Ksiazek-Nowicka, du bureau du procureur de Katowice.

De plus, dans sa lettre, Gianni Bugno demande également que Dylan Groenewegen, dont l'implication dans l'incident fait l'objet d'une enquête par l'UCI, reçoive une sentence exemplaire.

Nous demandons que les pénalités pour un cycliste qui commet une action inappropriée comme celle de Dylan Groenewegen soient très sévères, dit-il. Les cyclistes doivent être mieux éduqués à propos du respect de leurs adversaires avec des pénalités exemplaires pour que l'esprit sportif ne soit jamais omis.

Le Québécois est par ailleurs d'avis lui aussi qu'il devrait y avoir un plus grand respect entre les cyclistes du peloton.

Il y a la question du respect qu'on doit avoir les uns envers les autres, même si on n'est pas dans les mêmes équipes. Parfois, ça joue du coude sans raison. Il y a des moments où il faut jouer du coude, mais une grosse part est une question de respect. Peu importe le parcours, c'est nous qui faisons la course. Si on pense juste à sa personne et qu'on met tout le monde en danger parce que tu pousses pour essayer de gagner quelques places, à l'arrivée je peux comprendre, mais encore là, il y a des choses qui se font et qui ne se font pas. Le mot se passe au milieu du peloton, a conclu le cycliste de 29 ans.

Avec les informations de Agence France-Presse

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !