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Explosions à Beyrouth : l’immense peine de deux sportifs de la diaspora libanaise

Vu aérienne d'un secteur détruit. Seuls des silos à grain tiennent debout.

Tout le secteur du port a été détruit par le souffle des explosions. Les vitres des immeubles ont volé en éclats sur des centaines de mètres.

Photo : Getty Images / AFP

Les explosions qui ont frappé Beyrouth ont créé une véritable commotion au sein de la diaspora libanaise. Deux sportifs installés au Canada, Georges Germanos, coordonnateur du développement sportif à Basketball Québec, et la coureuse de fond Pia Nehme ont bien voulu se confier à Radio-Canada Sports.

Les dernières heures ont été éprouvantes, dit Georges Germanos, ancien joueur de basketball semi-professionnel au Liban. Ces images de désolation sont venues me rappeler celles d’un pays qui était ravagé par la guerre. Pour quelqu’un qui a vécu la guerre au Liban, car j’ai vécu les 15 années de guerre, c’est effroyable, c‘est malheureux. Je suis à court de mots. Je ne retrouvais plus mes sentiments hier.

Ce n’est pas facile, car comme tout le monde dans la diaspora libanaise, on a encore de la famille au Liban. Des fois, on n’a pas de rappel, on n’a pas de retour et ce n’est pas plaisant comme feeling. Puis, quand on entend la voix, on lit nos messages et on sait que nos bien-aimés sont au moins en santé, on est soulagés. Mais ce n’était pas beau, vraiment pas plaisant du tout.

Georges Germanos manquait de mots pour décrire l’horreur des images de dévastation de la ville où il a vécu toute sa jeunesse. Il a pu avoir des nouvelles rassurantes de sa famille, mais l’une de ses cousines a dû être hospitalisée après que les fenêtres de son appartement eurent volé en éclats sous le souffle de la déflagration. Comble de malheur, elle est la chef du laboratoire de Beyrouth qui traite les cas de COVID-19.

Georges Germanos a joué son basketball au Liban et est encore en contact avec les joueurs de son ancienne équipe, l’ENB de Beyrouth. Il espère que le sport va continuer à unifier son pays.

Le sport, dans ce monde qui était déchiré, nous a ramenés ensemble, explique-t-il. Mon ancien club était connu pour son melting-pot. On avait les musulmans, les chrétiens, les Druzes, toutes les factions existantes étaient là. Je pense que le sport a ramené ensemble tous ces gens. Mais aujourd’hui, je dois avouer que je ne sais pas par quel miracle on va sortir de cette situation dramatique.

Georges Germanos ne cache pas son sentiment d’impuissance.

On est loin. On sent qu’on ne peut pas faire grand-chose et on peut juste regarder les images à la télé, pas plus, pas moins.

Georges Germanos, coordonnateur du développement sportif à Basketball Québec

Dans l’histoire libanaise, on dit souvent que le pays s’est effondré sept fois et qu’il s’est chaque fois reconstruit. Georges Germanos souhaite un nouveau miracle.

On a une fameuse phrase qui dit que le pays est trop petit pour être divisé et trop gros pour être avalé, rappelle-t-il. On est enracinés comme le cèdre et on a le sentiment qu’on va surmonter cette impasse.

Au bord des larmes, il rajoute : Je ne vous cacherai pas que cette fois-ci, avec le coronavirus, la crise économique, les fonds qui manquent et, maintenant, ce désastre, je ne sais sur quel pied on va tenir. Je suis ému, je ne sais plus, je ne sais plus… Ce n’est pas facile.

Un cri du coeur

C’est un cri du cœur que la spécialiste des courses de fond d’origine libanaise Pia Nehme a voulu lancer au monde entier. Jointe à Vancouver, la détentrice du record libanais du 10 000 m était encore incrédule devant les images de destruction qu’elle a vues défiler à la télévision.

C’est vraiment une tragédie. Il n’y a pas de mots pour exprimer comment on peut se sentir parce que j’ai toute ma famille qui est encore là-bas, tous mes amis, dit-elle. Il y en a qui ont été blessés, j’ai même une amie qui est morte dans l’explosion. Mon père et mon frère sont tous les deux médecins et ils ont travaillé toute la nuit pour venir en aide aux nombreux blessés. Les maisons sont complètement détruites. J’ai vécu la guerre, mais je n’avais pas vécu cela encore. Mon père qui a vécu au Liban toutes les guerres depuis les années 1970 m’a dit que c’était vraiment très intense.

Elle reprend son souffle après sa course.

Maria Pia Nehme aux Jeux asiatiques de Doha, en 2006

Photo : afp via getty images / GOH CHAI HIN

Pia Nehme a pu discuter avec sa famille et ses amis au Liban. Elle parle de crime contre l’humanité au sujet de la responsabilité des dirigeants libanais dans les explosions provoquées par des centaines de tonnes de nitrate d'ammonium entreposées depuis des années au port de Beyrouth.

Il y a une grande colère, une grande rage contre ce qui s’est passé. Les gens considèrent que c’est un crime contre l’humanité, que ce soit la négligence ou que ce soit une attaque. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Celle qui a longtemps détenu le record libanais du marathon a parlé de son impuissance devant ce désastre. Regarder ces gens perdus dans le chaos lui est insupportable.

La seule chose que je peux faire, c’est un cri au monde pour leur dire d’aider le pays qui, en fait, est tenu en otage par les gens qui sont en train de le mener et les Libanais ne méritent pas cela.

Pia Nehme garde quand même espoir. Elle est convaincue que le sport, qui a toujours été un outil rassembleur, va encore aider aujourd’hui une population meurtrie.

Je suis sûre que le sport aidera dans toutes les situations. La course à pied et le sport en général sont des armes de solidarité et de paix. Ça rassemble les gens de toutes races et tous les jugements tombent avec le sport. Après la guerre, de nombreuses associations sportives ont contribué à ramener les gens ensemble.

La coureuse était sur le bord de la piste d’entraînement à Vancouver. Elle avait besoin de se vider la tête et d’évacuer les émotions fortes des dernières heures, a-t-elle confié. Elle reste malgré tout optimiste pour l’avenir.

Le peuple va toujours se remonter. J’ai parlé avec beaucoup de gens, des leaders au Liban qui sont descendus aujourd’hui à Beyrouth pour travailler du matin jusqu’au soir pour nettoyer les rues. Ils sont prêts à retourner au travail après la journée de deuil national. Les gens sont prêts à reprendre. Les gens ont toujours été prêts à reprendre. On n’a pas arrêté de vivre des drames depuis 30 ans, si ce n’est pas plus.

Les gens sont toujours positifs et vont se remettre sur leurs pieds. Il faut juste que le monde les laisse respirer, les laisse se relever. Chaque fois qu’ils essayent de se relever, on les met à terre de nouveau. Il faut que le monde entier réalise que ce crime qui a été commis hier ne reste pas impuni.

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