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Relance des sports de combat : athlètes et fédérations devant la santé publique

Il frappe un autre homme qui a un masque chirurgical.

Mikael Zewski à l'entraînement au club de boxe Zewski à Wôlinak

Photo : Radio-Canada

Jean-François Chabot

Près de trois semaines après avoir adressé une lettre à la direction de la santé publique et au premier ministre François Legault pour la relance des sports de combat, le groupe mis sur pied par Marie-Pier Houle a appris qu’il aura également droit à une audience à Québec.

La boxeuse a confirmé mercredi que cette rencontre aura lieu quelque part la semaine prochaine.

Jointe au téléphone par Radio-Canada Sports, Houle a laissé entendre que son regroupement souhaite s’asseoir à la même table que les représentants légaux du promoteur Camille Estephan, président d’Eye of the Tiger Management, le 11 août.

Ce qu’on nous a dit, c’est qu’il y aurait un représentant de la direction de la santé publique, un représentant du ministère de la Santé. Il va y avoir deux rencontres la semaine prochaine [une avec EOTTM et une avec les fédérations des autres sports de combat, NDLR]. Ils (la santé publique) voulaient peut-être organiser une troisième rencontre. On a suggéré qu’il ne servirait à rien d’organiser une autre rencontre. Nous, ce qu’on veut, c’est d’aller appuyer ce qui se passe au niveau de la boxe professionnelle, a-t-elle expliqué.

Réponse en deux temps

Un conseiller politique du ministère de la Santé a communiqué, mardi, avec Me Philippe Farley, avocat représentant la Communauté des sports de combat unie pour la reprise des activités.

Cet échange est survenu peu après la réception d’une lettre du Dr Horacio Arruda indiquant qu’il ne souhaitait pas donner suite à la demande d’entretien réclamée par Marie-Pier Houle et la soixantaine de signataires de la lettre envoyée le 17 juillet dernier.

Le Dr Arruda y reprenait les mêmes préoccupations sanitaires déjà exprimées au cours des semaines précédentes au sujet des risques de propagation du coronavirus, qu’il juge plus élevés dans les sports de combat, en dépit des protocoles mis de l’avant tant par les combattants que par Camille Estephan.

Au moment d’écrire ces lignes, cette demande n’a pas obtenu de réponse. Si elle estime que celle-ci ne devrait pas tarder compte tenu de l’échéance serrée, Marie-Pier Houle reconnaît qu’il est difficile de dissocier la boxe professionnelle de ce qui se fait au niveau amateur.

Pour que l’on puisse s’entraîner convenablement advenant une reprise des combats (professionnels), il faut quand même au niveau amateur que l’on ait un déconfinement au niveau de l’entraînement.

Marie-Pier Houle, boxeuse

Estephan d’accord

De son côté, Camille Estephan a indiqué ne pas être au courant de la requête des combattants de se retrouver à une seule et même table. Mais il ne s’y oppose pas, bien au contraire.

C’est au gouvernement qu’il faut poser la question. Moi, je ne peux pas inviter personne. C’est une incohérence incroyable. On a les médecins à travers le monde qui s’appuient sur la même médecine et qui disent que la boxe n’est pas vraiment un risque supplémentaire, a d'abord dit le promoteur réduit à l'inactivité complète depuis le 12 mars.

Ici, au Québec, on est les seuls à dire non et qu’il s’agit d’un danger encore plus présent que le hockey, les bars, les salons de massage, etc. C’est de la foutaise. C’est complètement inacceptable.

Camille Estephan, président d'Eye of the Tiger Management
Camille Estephan en entrevue au micro de Radio-Canada Sports

Camille Estephan

Photo : Radio-Canada / Michel Gingras

Si cela ne tenait qu’à moi, j’aimerais que ce soit Marie-Pier Houle, chacun des boxeurs qui ont signé cette lettre, chacun des fans aux portes de la santé publique. Je les invite tous à s’unir et à continuer à faire de la pression parce que, sans ça, on est vraiment dans le trouble.

Au fur et à mesure que l’automne approche, Estephan dit prendre conscience de l’urgence pour la reprise des activités en boxe professionnelle.

Ça devient de pire en pire. J’ai eu des nouvelles hier indiquant que toutes les chaînes de télévision vont relancer leur grille de diffusion régulière très bientôt. Ça veut dire que tous les boxeurs à travers le monde vont avoir de l’action. Ils vont tous pouvoir développer leur classement. Et nous, on est au point mort. Là, ça devient vraiment néfaste, a conclu le promoteur visiblement contrarié.

L'enjeu des fédérations

Les six fédérations québécoises de sports de combat (boxe, judo, karaté, kickboxing, lutte, taekwondo) ne seront pas en reste. Cette délégation a désigné Ariane Fortin-Brochu et Patrick Kearney, respectivement présidents des fédérations de boxe olympique et de judo, afin d’exposer leurs attentes et leurs inquiétudes face au confinement prolongé de leur sport.

Tous deux ont salué la collaboration d’Isabelle Charest, ministre déléguée à l’Éducation et responsable de la Condition féminine qui leur a obtenu la rencontre en visioconférence, mardi prochain, en matinée. Mme Fortin-Brochu a précisé les points forts du message qu'elle portera.

On veut arriver à une solution concrète. On veut dans un premier temps expliquer notre situation parce qu’on n’a pas eu la chance de le faire jusqu’à maintenant. On veut vraiment en venir à une situation concrète. On veut trouver l’équivalent pour les sports de combat l’équivalent du niveau de risque, du niveau de déconfinement qui est dans les autres sports. Rien de plus, rien de moins.

Ariane Fortin-Brochu, présidente de Boxe Québec

Il va falloir expliquer notre réalité à l’entraînement. Je pense qu’il y a peut-être des méconnaissances en ce qui concerne ça. Concrètement, ce qu’on veut, c’est de pouvoir appliquer la phase 2 de notre plan de déconfinement qui propose des cellules de quatre personnes qui s’entraînent toujours ensemble. S’il y en a un qui teste positif, les autres se font tester, a précisé l’ancienne championne du monde.

Ariane Fortin-Brochu considère qu’avec ce qui se fait déjà dans les autres sports, la proposition des fédérations de sports de combat est très raisonnable et qu’elle comporte le même niveau de risque que des sports comme le soccer.

Je veux qu’il y ait un dialogue et j’espère de l’ouverture. Ce que j’espère accomplir, c’est au minimum avoir une certaine avancée et que la santé publique va nous faire confiance. En judo, on serait même prêts à ouvrir pour des bulles de deux personnes, même si l’idéal serait une bulle de quatre qui offre une plus grande variété au niveau de l’entraînement, a renchéri le grand patron de Judo Québec.

Pour Kearney, le protocole mis de l’avant par les sports de combat est plus sécuritaire que les sports d’équipe. Il en veut pour exemple la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Je n’ai rien contre le junior majeur, mais il propose des bulles à six équipes. Ça fait quand même des rencontres où 23 joueurs en affrontent 23 autres. Il y a une possibilité de contamination. Ce n’est pas une question de santé publique, c’est une question de statistiques. C’est mathématique. C’est aussi simple que ça!

Patrick Kearney, président de Judo Québec

M. Kearney avoue en avoir un peu sur le cœur d’avoir été, selon sa propre expression benché et qu’il n’y ait eu aucun retour des autorités.

On sent que c’est vraiment la santé publique qui décide, qui a vraiment les deux mains sur le volant. Je pense que dans un minimum de respect, il faut qu’on s’assoie ensemble. Il y a eu un manque de respect de la part de la santé publique face aux sports de combat. Ça, je n’en démords pas.

Enfin, pour Ariane Brochu-Fortin, il y a un aspect économique majeur qu’il ne faudrait pas négliger, où la survie même des clubs et des fédérations va bientôt se jouer.

On veut une solution concrète, parce qu’en septembre, c’est plus de la moitié des inscriptions dans les clubs et les fédérations qui se passent à ce moment-là, dit-elle. C’est bien beau de pouvoir s’entraîner comme on le fait individuellement depuis le début juin, mais les jeunes présentement ne peuvent pas pratiquer leur sport.

On veut que les inscriptions puissent se faire en septembre, sinon il y a beaucoup de clubs, des centaines de clubs qui vont avoir de la difficulté. Ça va vraiment impacter négativement beaucoup de clubs et toutes les fédérations, conclut Mme Fortin-Brochu.

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