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Chronique

Le coup de coude de Lawrence Stroll ou comment faire oublier la controverse des pneus

Lawrence Stroll et, en arrière-plan, son fils, Lance

Lawrence Stroll et, en arrière-plan, son fils Lance

Photo : Getty Images / Charles Coates

L'équipe Racing Point fait les manchettes dans l'actualité de la F1 pour plusieurs raisons : le retour inattendu de Nico Hülkenberg, la contre-performance de Lance Stroll et lesjeux de coulisse avec Sebastian Vettel.

Rarement une image a provoqué autant de commentaires.

Elle a été croquée dans le paddock de Silverstone par une caméra du réseau britannique Sky Sports. C’est le propriétaire de l’équipe Racing Point Lawrence Stroll qui salue d’un coup de coude Sebastian Vettel.

Cette image a enflammé les réseaux sociaux et a éclipsé la controverse des pneus Pirelli qui n'ont pas tenu la distance du grand prix, dimanche. Des défaillances qui obligent le pneumaticien italien à déclencher une enquête d'urgence.

Sebastian Vettel salue Lawrence Stroll dans le paddock de Silverstone.

Sebastian Vettel salue Lawrence Stroll dans le paddock de Silverstone.

Photo : Sky Sports / ESPN / TSN

Pour l’analyste de Sky Sports Ted Kravitz, le coup de coude de Lawrence Stroll est la confirmation par l'image que Vettel sera bel et bien avec Racing Point en 2021. Ce n’est pas simplement un signe de tête par civilité, c’est un coup de coude entre deux personnes qui ont réussi à s’entendre.

Si Racing Point n’a pas confirmé ce week-end l’arrivée de Vettel, c’est que Sergio Pérez, qui devra céder sa place, est en isolement en raison de la COVID-19. Par décence et par respect pour Pérez, Racing Point aurait décidé de reporter l’annonce de l'arrivée du champion du monde allemand.

Et après la course, le photographe britannique Mark Sutton a vu Vettel monter dans la voiture du directeur de Racing Point, Otmar Szafnauer. Les deux ont quitté ensemble le circuit.

Le photographe n’avait pas son outil de travail. Il n’a pas pu prendre le cliché qui aurait fait fureur sur les réseaux sociaux.

Avaient-ils une rencontre de travail prévue ? Ils ont non seulement piqué la curiosité de tous ceux qui suivent le dossier, mais, plus grave, ils ont dérogé aux règles sanitaires qui exigent que chaque équipe reste dans sa bulle. Ils auront des comptes à rendre à la FIA.

Le misérable week-end qu’a connu Vettel à Silverstone, privé de temps de piste par des problèmes mécaniques et brouillon en course, donne des arguments aux sceptiques qui croient que Racing Point ne devrait pas laisser tomber Sergio Pérez, rapide, déterminé en piste et loyal envers l’équipe.

Vettel ne doit sa 10e place qu'aux défaillances des pneus Pirelli. N'a-t-il pas dit après la course : Il y a quelque chose de fondamentalement problématique avec moi ou avec l'auto. Quand un pilote commence à douter de lui, ce n'est pas très rassurant pour ceux qui croient encore en lui.

Lance est là pour de bon

Lawrence Stroll hésitera-t-il avant de se débarrasser de Sergio Pérez? Ce qui semble plus clair, c'est que Lance Stroll poursuivra son parcours dans l’équipe.

Lance Stroll casqué dans son auto, visière relevée

Lance Stroll

Photo : Racing Point

Sa performance en Hongrie (3e en qualification et 4e en course) lui avait valu des éloges. Un résultat beaucoup plus valorisant pour lui que sa 3e place circonstancielle de Bakou en 2017.

A-t-il franchi une étape? Oui. Le Québécois peut maintenant montrer ce qu’il sait faire sur un tour lancé, en qualifications. C’était son maillon faible. Mais à Silverstone, sur un circuit ultra rapide qui devait théoriquement mettre la RP20 en valeur, c’est le contraire qui s’est passé.

Stroll n’a pu faire mieux que le 6e chrono en qualifications. C’est fou ce qu’une année peut faire comme différence. En 2019, il aurait été heureux de se qualifier sur la troisième ligne de la grille de départ. Mais en 2020, avec la RP20, une troisième ligne nous laisse sur notre appétit. Et sur le sien certainement.

Que dire que sa performance en course? Aucun gain dans le premier tour, et un étrange manque de rythme qui l’a obligé à se défendre face aux attaques de son ami Esteban Ocon.

Le Français a finalement gagné la bataille, qui s'est jouée en cinq temps sur 38 tours et qui a été superbe au demeurant. Stroll s’est défendu avec l'énergie du désespoir, et le Français a toujours été propre dans ses attaques. On sentait le lien d’amitié entre les deux.

La 9e place de Stroll à l’arrivée lui a valu de mauvaises notes sur les sites spécialisés avec une moyenne de 5 sur 10.

Un extrait de sa course laisse perplexe. Durant le combat avec Ocon, l'ingénieur de Stroll lui demande d’utiliser toute l’énergie dont il dispose pour tenir tête au Français, le Québécois lui répond : Je n’en ai plus! (I have nothing left). Son ingénieur, visiblement agacé, lui répond sèchement : Tu as encore plein d’énergie. Appuie sur le bouton.

Était-ce une distraction du Québécois, trop occupé à se défendre?

Après la course, quand il a dû expliquer son manque de rythme, Stroll a été incapable de mettre le doigt sur le bobo, admettant que l’équilibre de la voiture était bon. Mauvais train de pneus? On ne l'a pas entendu s'en plaindre durant la course.

Arrive-t-il à exploiter toutes les possibilités que lui offre sa RP20? Arrive-t-il à guider ses ingénieurs vers les meilleurs réglages? À sa quatrième saison en F1, il continue à apprendre. Il a de la chance qu'on soit patient avec lui. On a vu des pilotes disparaître beaucoup plus vite que ça.

La présence de Sebastian Vettel en 2021 l’aiderait certainement, car l’Allemand n’a jamais hésité à suggérer des scénarios à son équipe sur la stratégie à adopter, sur le choix des gommes et sur le bon moment pour s'arrêter en course. L'expérience ne s'achète pas.

En l’absence de Pérez, Lance Stroll doit saisir l’occasion de s’imposer comme le pilote numéro un de l’équipe. Il n’a pas réussi à le faire dans le premier rendez-vous de Silverstone.

Lance Stroll négocie un virage à gauche sur le circuit de Silverstone.

Lance Stroll

Photo : Getty Images / Rudy Carezzevoli

Un meilleur résultat d’ensemble du Québécois lors du deuxième week-end, dans le cadre du Grand Prix du 70e anniversaire, est impératif pour ne pas que fonde tout le capital de confiance acquis en Hongrie.

Surtout si Nico Hülkenberg, dans son deuxième week-end de course, devait se montrer plus mordant et plus rapide en piste. C’est sur ses performances face à son coéquipier qu’un pilote est d’abord jugé. Lance Stroll le sait.

Lance Stroll aura en tout cas une belle occasion de mieux s'exprimer en piste, car l’équipe Racing Point travaillera en fonction d’une stratégie de deux arrêts.

Pirelli a des comptes à rendre

La défaillance des pneus en fin de course, pour Mercedes-Benz et McLaren, obligera les équipes à jouer de prudence pour la deuxième course à Silverstone.

Pirelli a déclenché une enquête d’urgence. Il est clair que la stratégie d’un seul arrêt que toutes les équipes avaient adoptée s’est avérée trop téméraire.

Les premiers constats de l'enquête se résument en deux points : les voitures vont encore plus vite à Silverstone cette année (de plus d'une seconde au tour en qualification), les pilotes ont utilisé le même train pour une quarantaine de tours dans le second relais de la course, ce qui a imposé un stress énorme sur le pneumatique, précise Pirelli.

Dans les deux derniers tours, Mercedes-Benz a failli tout perdre, dimanche, la victoire et le doublé. Bottas puis Hamilton ont vu leur pneu avant gauche se délaminer. Le Finlandais aurait pu finir 2e, il a abouti 11e. Même mésaventure pour Carlos Sainz fils du côté de McLaren. Il aurait pu prendre le 4e rang, il a conclu 14e.

La voiture de Lewis Hamilton (de profil) roule avec un pneu crevé.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le pneu avant gauche délaminé de la Mercedes-Benz de Lewis Hamilton dans le dernier tour du Grand Prix de Grande-Bretagne.

Photo : 2020 pool / Pool

Les équipes veulent une explication complète de Pirelli sur ses défaillances inattendues.

La délamination, c’est quand la bande de roulement des pneus s'arrache, après s'être décollée de la carcasse du pneu.

Parmi les autres causes possibles de ce genre de défaillances : la température élevée du bitume, ce qui n’était pas le cas dimanche (38 degrés), et le tracé exigeant du circuit. C'est le cas à Silverstone, avec ses quatre courbes rapides à droite, Abbey, Copse, Maggots et Becketts, qui sollicitent le pneu avant extérieur, soit le gauche.

Rappelons que Pirelli choisit à l’avance le composé des trois types de pneus qu’il offre aux équipes (tendres, mi-durs et durs) en fonction du circuit. Il y a cinq composés, de C1 (plus dur) à C5 (plus tendre).

Les deux équipes qui ont été victimes de délamination en fin de course, soit Mercedes-Benz et McLaren, utilisaient les pneus les plus durs de la gamme choisie.

Il reste que Pirelli avait décidé pour la deuxième course à Silverstone d’offrir aux équipes des composés un peu plus tendres.

Le pneumaticien italien va-t-il changer d’idée, demander simplement aux équipes de faire deux arrêts minimum? Les services britanniques météorologiques annoncent de la pluie pour la course.

Pirelli a déjà décidé d'augmenter la pression minimum dans le pneu imposée aux équipes, afin d'éviter de surtaxer les gommes offertes.

Quand un boulon immobilise toute une équipe

Dans un univers de si haute technologie, il est toujours étonnant de voir qu’une petite pièce comme un boulon peut faire dérailler tout un week-end de travail. C’est ce qui est arrivé à Hülkenberg, qui a courageusement remplacé Sergio Pérez à Silverstone.

Courageux, Hülkenberg? Certainement.

Nico Hülkenberg dans la RP20 no 27 de l'équipe Racing Point

Nico Hülkenberg dans la RP20 no 27 de l'équipe Racing Point

Photo : Getty Images / Pool

L’Allemand a quitté forcé la F1 à la fin de la saison dernière, sans volant après que Renault eut donné le sien à Esteban Ocon. Il ne s’est donc pas astreint au travail de conditionnement physique qu’exige le pilotage d’une F1.

Et à Silverstone, les pilotes encaissent de douloureuses forces G dans les virages rapides. Dans le virage Maggots, à l’entrée du célèbre enchaînement, Sebastian Vettel a subi 6,1 G dans sa Ferrari en 2017. C'est plus de six fois le poids de son corps.

Il aurait donc été intéressant de voir comment Hülkenberg se serait débrouillé en course. Il aurait certainement souffert physiquement et aurait pris des notes pour le Grand Prix du 70e anniversaire.

Même sans avoir disputé le grand prix, il a obtenu de la part de la presse spécialisée de meilleures notes que son coéquipier.

Il a fallu qu’un petit boulon se fende et se détache dans le carter d’embrayage, situé entre le moteur et la boîte de vitesses, de la monoplace no 27 pour que l’Allemand, ses ingénieurs et ses mécaniciens soient privés de course.

C’est une pièce fabriquée par Mercedes-Benz, qui devra donc faire enquête. Est-ce un défaut de fabrication?

Ce petit boulon de quelques dollars oblige Mercedes-Benz à faire un examen approfondi des petites composantes de ses groupes propulseurs.

Un examen coûteux et urgent à faire pour rassurer les trois équipes qui utilisent le moteur allemand (l’équipe usine Mercedes-Benz, et les deux équipes clientes, Racing Point et Williams) avant les premiers essais du prochain grand prix.

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