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Chronique

Un astérisque pour Price, et des fantômes pour les Penguins

Price pousse Malkin.

Carey Price (à gauche) a maintes fois frustré Evgeni Malkin pendant le premier match Canadien-Penguins.

Photo : Getty Images / André Ringuette/Freestyle Photo

L’histoire du Canadien a plusieurs fois été influencée par des gardiens qui ont réussi des matchs d’anthologie et qui ont fini par changer le cours d’une série. L’extraordinaire performance réalisée par Carey Price samedi soir contre les Penguins de Pittsburgh se classe certainement dans cette catégorie. En plus, elle mérite probablement d’être affublée d’un astérisque.

En 1971, à peu près personne n’accordait de chance au Tricolore de survivre au premier tour éliminatoire contre la terrifiante machine offensive des Bruins de Boston. Cette saison-là, les Bruins n’avaient perdu que 14 matchs. Ils comptaient sur les quatre meilleurs marqueurs de la LNH, et sur six des huit premiers, dont un Bobby Orr à son apogée, qui avait bouclé le calendrier avec un différentiel de… +124!

L’entraîneur du Tricolore, Al MacNeil, avait alors fait preuve d’audace en confiant le filet à Ken Dryden, qui ne comptait que six matchs d’expérience dans la LNH. Le reste appartient à l’histoire. Bombardé de tous les côtés, Dryden avait volé au moins deux victoires durant cette épique série, dont celle du septième match, au cours duquel il avait stoppé 46 des 48 tirs dirigés vers lui.

Grâce aux prouesses de Dryden, quelques semaines plus tard, Jean Béliveau avait terminé sa carrière en soulevant la coupe Stanley.

La Coupe de 1986 a été remportée dans des circonstances semblables. Le filet montréalais était alors défendu par la recrue Patrick Roy. Puis, en 1993, Roy avait marché sur les eaux pour permettre au CH de surmonter un déficit de 0-2 dans la série de premier tour qui l’opposait aux Nordiques de Québec.

Ce printemps-là, Roy était véritablement devenu saint Patrick. Le Canadien avait remporté au moins deux matchs en prolongation (10 au total) dans chacun des quatre tours éliminatoires et, à la mi-juin, la coupe défilait pour la dernière fois dans les rues de la ville.

Les plus jeunes se souviendront aussi du printemps Halak, une expression bien québécoise que les amateurs de hockey utilisent encore quand ils parlent des séries de 2010.

Au premier tour, le Tricolore n’était absolument pas de taille contre les Capitals de Washington, qui avaient amassé 33 points de plus que lui. Malgré la nette domination des Capitals, les miracles réalisés par Halak avaient toutefois permis aux siens de l’emporter en sept matchs.

Au tour suivant, à la stupéfaction générale, le CH s’était aussi offert les champions en titre de la Coupe Stanley, les Penguins de Pittsburgh, en sept matchs.


À mon avis, le match qu’a connu Carey Price dans la bulle torontoise se distingue de ces grands exploits du passé en raison des circonstances bien particulières qui caractérisent ces séries éliminatoires estivales pandémiques.

Dans sa longue histoire, jamais le Bleu-blanc-rouge n’a affronté des aspirants à la Coupe Stanley après que sa formation eut été délestée de 20 % de son personnel habituel par le directeur général à la date limite des échanges. En fait, jamais le CH ne s’est présenté en séries tel un chien dans un jeu de quilles avec une équipe de 24e place.

Price a donc réussi à faire gagner, samedi, l’équipe la moins compétitive présentée en séries dans toute son histoire. Ce n’est pas anodin.

Et ce qui rend l’affaire encore plus incroyable, c’est que Price a réussi à jouer avec autant d’aplomb à son premier match officiel en plus de… quatre mois et demi!

Pensez-y un peu.

Il regarde la rondelle bondir à l'extérieur du filet.

Conor Sheary (à l'avant) n'a pas pu battre Carey Price avec son tir de pénalité.

Photo : Getty Images / André Ringuette/Freestyle Photo

Sans avoir eu le temps d’aiguiser ses réflexes et de retrouver la totalité des automatismes qui s’installent au fil d’une saison normale, Price a fait face à 25 chances de marquer de qualité et à 41 tirs des Penguins. Les trios de Sidney Crosby et d’Evgeni Malkin ont obtenu 20 de ces 25 chances de marquer de qualité A+. À lui seul, Malkin en a eu neuf, sans parvenir à secouer les cordages.

Durant cette soirée complètement folle, l’équipe de Price s’est trouvée sept fois en désavantage numérique, dont une fois à trois contre cinq durant plus d’une minute et demie. Et dans un moment clé du match, alors qu’il n’y avait plus de marge de manœuvre en troisième période, il a aussi dû stopper un tir de pénalité de Conor Sheary.

Pour toutes ces raisons, cette victoire remportée par Carey Price mérite qu’on lui accole un petit astérisque. Aucun de ses prédécesseurs n’avait été plongé dans une situation pareille.


Il y a plusieurs années, un entraîneur professionnel me racontait que, pour les adversaires du Canadien, les séries éliminatoires prennent souvent une tournure inattendue quand l’histoire de l’équipe montréalaise surgit et s’impose dans la conversation. À l’époque du Forum, pour expliquer ce phénomène, on disait que les fantômes de l’édifice revenaient constamment hanter les équipes adverses.

Ces manifestations sont semblables à ce qui survient durant les interminables séries de défaites que traversent parfois des équipes. Ces séquences surviennent parfois dans une ville en particulier ou contre des adversaires qui se transforment en bêtes noires et qui semblent toujours trouver le moyen de gagner.

Par exemple, le CH n’a pas trouvé le moyen de battre les Sharks à San José depuis le début des années 2000.

Les joueurs de l’édition actuelle n’ont aucun rapport avec Martin Rucinsky, Dainius Zubrus et Sergei Zholtok, qui étaient les meilleurs marqueurs du club quand cette série de défaites a commencé. Tout le monde s’entend sur le fait que Shea Weber, Brendan Gallagher et Price ne sont aucunement responsables des défaites survenues dans le passé.

Brendan Gallagher, du Canadien, tombe devant Logan Couture, des Sharks.

Le Canadien trébuche toujours à San José depuis une vingtaine d'années.

Photo : The Associated Press / Tony Avelar

Pourtant, on les questionne sur cette série de revers chaque fois qu’ils vont en Californie et, de ce fait, ils finissent inconsciemment par porter le poids de défaites subies quand ils étaient encore assis sur des bancs d’école.

Eh! bien, c’est dans ce genre de piège que les Penguins de Pittsburgh ont commencé à s’engouffrer en s’inclinant devant le CH samedi soir.

S’il fallait que Carey Price pousse le bouchon un peu plus loin, ce ne serait pas très long avant que les joueurs des Penguins commencent à se faire questionner sur le fait que leur organisation n’a jamais réussi à vaincre Montréal en séries éliminatoires.

Et les membres du noyau des Penguins qui ont vécu le fameux printemps Halak pourraient aussi commencer à se faire demander s’ils éprouvent un sentiment de déjà vu, ou s’ils avaient tiré des leçons, à l’époque, de leur élimination surprise aux mains du Tricolore. Jacques Martin, qui est adjoint pour Pittsburgh et qui dirigeait Montréal à l'époque, pourrait avoir des réponses intéressantes à fournir.

Ça peut sembler ridicule quand on en parle ainsi dans une chronique, de manière tout à fait détachée. Toutefois, quand on est directement concerné en tant qu’athlète, que la pression monte et que tous ceux qui nous entourent se mettent à gratter le bobo, les choses peuvent devenir plus compliquées.


Entendons-nous sur les faits : les Penguins ont très nettement démontré dans ce premier match qu’ils sont supérieurs au Canadien. Très supérieurs même. Et à moins d’être aveuglé par la partisanerie, il est impossible de rationnellement prédire une victoire du CH dans cette série.

Depuis samedi, soudainement, il y a l’histoire qui semble vouloir s’imposer dans la conversation.

Et les Penguins, tout aussi soudainement, ont tout à perdre. Crosby, Malkin et Letang vieillissent. Il s’agit de l’une de leurs dernières chances réelles de se battre pour la Coupe. Pour leur offrir cette chance, leur DG Jim Rutherford a d’ailleurs conclu plusieurs échanges en février dernier.

Malgré leur statut de favoris, les voilà contraints de remporter trois des quatre prochains matchs pour accéder aux vraies séries éliminatoires.

Qui aura tout à perdre dans le match de lundi? Le CH ou les Penguins? Carey Price ou Matt Murray?

C’est pour cela que le sport est aussi merveilleux.

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