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Souvenirs olympiques : le prodigieux exploit de Michael Phelps à Pékin

Il sourit avec sa médaille d'or près de son visage.

Michael Phelps avec l'une de ses 8 médailles d'or remportées aux JO de Pékin.

Photo : The Canadian Press / Paul Chiasson

Michel Chabot

À l'occasion du 10e épisode de Souvenirs olympiques, diffusé samedi soir à 18 h 30 (HAE) sur ICI Télé, Radio-Canada Sports revient sur le record de huit médailles d’or du nageur américain Michael Phelps aux Jeux de Pékin en 2008. Benoît Huot, lui-même décoré de nombreuses fois aux Jeux paralympiques, a bien voulu répondre à nos questions.


Q. Benoît, quand tu penses à Michael Phelps, qu’est-ce qui te vient d’abord en tête?

R. C’est pratiquement inhumain ce qu’il a réussi à faire à Pékin. Il y en a qui disent que Mark Spitz a presque fait la même chose avec ses 7 médailles [à Munich en 1972, NDLR]. Mais ça ne se compare juste pas. Trente-six ans auparavant, la profondeur du sport n’était pas la même. Et à partir de 2000 à Sydney, le Comité international olympique a inséré les demi-finales dans son programme. Alors Phelps a nagé 17 courses en 9 jours. La charge de travail supplémentaire est incroyable.

Et Phelps est un nageur de demi-fond, donc la plupart de ses épreuves, sauf le 100 m papillon, ce sont des 200 et 400 m. Alors l’acide lactique qu’il génère dans ces épreuves-là, c’est spectaculaire.


Q. Et crois-tu que la pression qu’il avait sur les épaules pour battre le record de Spitz était difficile à gérer?

R. Oui, il avait de la pression. Mais en même temps, s’il ne l’avait pas fait, ça n’aurait pas été grave. S’il avait gagné sept médailles d’or et une d’argent, il aurait quand même battu le record de Spitz. Mais Speedo, son commanditaire à l’époque, lui avait promis un boni d’un million de dollars s’il battait Spitz. Ça avait été publicisé et médiatisé. C’est peut-être la seule grosse pression qu’il a eue. C’était un incitatif qui pouvait être dérangeant.


Q. Es-tu d’accord pour dire qu’il a eu besoin d’un peu de chance pour réussir à remporter ses huit médailles d’or?

R. Oui. Au 4 x 100 m style libre, les Français étaient largement favoris, mais Jason Lezak a remonté dans les 50 derniers mètres. C’est une des courses les plus spectaculaires, mais intelligentes également. Phelps était parti premier. Et en dernier, Lezak était presque devancé par une longueur, mais il s’est collé sur le couloir du Français Alain Leblanc pour profiter de l’aspiration. C’était du jamais vu. Ça, c’était le deuxième jour des Jeux.

Et au 100 m papillon, ça n’a aucun bon sens comment il a fait pour toucher le mur avant le Serbe Milorad Cavic. Il l’a battu par un centième de seconde. On pourrait regarder la reprise vidéo 1000 fois et on se demande encore aujourd’hui comment il a réussi à toucher le mur en premier. Phelps était derrière, mais Cavic a manqué de finition. Quel scénario hollywoodien!

Il lève les bras en triomphe.

Michael Phelps

Photo : Getty Images / Clive Rose


Q. Les gens ont tendance à l’oublier, mais les compétitions de natation à Pékin avaient lieu le matin pour qu’elles soient vues aux heures de grande écoute aux États-Unis. Ça ajoute à l’exploit, n’est-ce pas?

R. Ç’a un énorme impact et c’est à se demander comment il a réussi à maîtriser ça. Les préliminaires étaient le soir et les finales, le lendemain matin, pour favoriser la télévision américaine.

Dans les grandes compétitions, comme les Championnats du monde, il n’y a jamais ça. Ça déséquilibre la façon dont un athlète se prépare. Tu peux le faire sur trois ou quatre journées. Mais sur neuf journées, comme Phelps l’a fait, ça démontre à quel point lui et l’équipe américaine et l’entraîneur Bob Bowman ont maîtrisé la situation.

Je ne l’ai jamais fait dans ma carrière et je ne peux pas m’imaginer faire ça. Les préliminaires commençaient à 10 h. Je ne sais pas pour l’équipe américaine, mais les Canadiens se levaient à 4 h 30, pour réveiller le cerveau, prendre le café et donner l’impression au système que c'était le soir.


Q. Qu’avait-il que les autres n’avaient pas?

R. Techniquement, c’est le meilleur, ce n’est pas compliqué. Il a une technique quasi parfaite. Sous l’eau, il ne crée aucune turbulence. C’est comme s’il pesait sur un mur, mais il pèse sur de l’eau.

Et son hyperflexibilité, on en a beaucoup parlé. Ses articulations sont flexibles d’un côté comme de l’autre. Peu de gens sont comme ça. Mais pour Phelps, c’est inné, ce n’est pas comme s’il travaillait ça davantage. Mais ça l’aide certainement à avoir des tractions plus souples et plus longues. Et à 6 pi 4 po (1,93 m) et 185 lb (84 kg), il avait la morphologie parfaite du nageur.

Il s'élance de son plot de départ.

Michael Phelps au départ de la course du 200 m papillon qu'il a gagnée le 13 août 2008.

Photo : The Canadian Press / Paul Chiasson


Q. Vingt-huit médailles olympiques, dont 23 d’or, c’est remarquable. Mais il faut de la discipline pour arriver à de tels exploits sur une période aussi longue.

R. C’est sûr qu’il travaillait extrêmement fort, il avait un très bon entraîneur et la chimie entre eux était parfaite. Mais il y a d’autres nageurs qui s’entraînaient aussi sinon plus fort que lui. Les deux points qui expliquent ses médailles, c’est sa tête de cochon et son talent. Il est supérieur à tous les nageurs de la planète.

Entre 2004 et 2008, s’il avait fait 100 courses de 100 m papillon, il les auraient toutes gagnées. C’était un métronome.

Michael Phelps en action dans la piscine

Michael Phelps

Photo : Getty Images / Ronald Martinez


Q. Hors de la piscine, il n’était par contre pas si parfait. Il a eu à combattre des épisodes de dépression, et il a eu des problèmes de dépendance. Mais il a réussi à surmonter ces épreuves.

R. Plus jeune, il était connu comme un bad boy, un peu le stéréotype de l’adolescent américain, mais il s’est grandement amélioré. Il s’est responsabilisé après les petites erreurs faites à l’extérieur des bassins et il a compris le statut qu’il avait. Il a peaufiné son message et il s’est associé à certaines causes qui lui tenaient à cœur.


Q. D’ailleurs, en 2009, il est venu aider le milieu de la natation québécoise et canadienne…

R. Oui, le club de natation du Parc olympique l’avait invité à prendre part à la Coupe Canada, qui avait lieu à la fin juin. Ça avait été une année dure pour lui. En février, il avait été photographié alors qu’il fumait un joint après avoir atteint le statut de dieu sportif. Après, il s’était tenu un peu dans l’ombre, mais on l’avait invité à venir à Montréal pour attirer l’attention des médias sur la natation. Et Phelps avait très bien nagé ses deux épreuves, le 100 m libre et le 100 m papillon, et il avait réussi son meilleur temps de la saison.

C’était sa seule compétition avant les mondiaux et là, il s’était présenté à Rome un mois plus tard et avait établi le record du monde (49,82 s). Il était devenu le premier homme à nager le 100 m papillon sous les 50 secondes. Il avait aussi gagné le 200 m.

Les deux hommes sourient à la caméra.

Michael Phelps (à gauche) en compagnie de Benoit Huot, à Montréal, en 2009

Photo : Benoit Huot

Bref, quand il est venu à Montréal, nous avons créé le Fonds Benoît Huot [au profit du développement des para-athlètes, NDLR]. Il était venu s’adresser aux invités et je crois que nous avions amassé 25 000 $ ce soir-là.

Phelps avait aimé son expérience et il est revenu deux ans plus tard. Tous les billets s’étaient vendus en vue de ses courses et il nous avait à nouveau aidés.

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NATATION (Jeux olympiques d'été)

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