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chronique

Affronter les Penguins, et se dire qu’on devrait être ailleurs

Un joueur félicité par ses coéquipiers.

Paul Byron a marqué en match préparatoire contre les Maple Leafs.

Photo : Getty Images / Andre Ringuette/Freestyle Photo

Le sport professionnel est une méritocratie. Et cette réalité, au moins autant que le talent et l’avantage numérique des Penguins de Pittsburgh, constituera un obstacle de taille pour le Canadien durant les séries de qualifications de la Coupe Stanley.

Une méritocratie, c’est un monde où les individus gravissent systématiquement les échelons en fonction de leur mérite, de leur intelligence et de leurs succès. En 1958, l’auteur Michael Young avait été le premier à soumettre cette idée en publiant The Rise of the Meritocracy, qui racontait de façon humoristique à quoi ressemblerait le Royaume-Uni si le pouvoir y reposait réellement entre les mains des plus méritants.

Les êtres humains veulent généralement être récompensés pour leurs efforts. Et ils souhaitent assumer le plus haut niveau de contrôle possible sur leur destin. Les idéaux de la méritocratie sont donc largement partagés dans la société en général. Même si, dans les faits, tout le monde n’obtient pas réellement ce qu’il mérite dans la vie.

Dans le sport professionnel, toutefois, la méritocratie est un implacable mode de vie.

Tous les athlètes qui ont atteint une ligue majeure comme la LNH l’ont fait parce qu’ils ont démontré des capacités ou obtenu des résultats supérieurs à ceux de centaines de milliers d’autres joueurs qui avaient les mêmes aspirations.

Et dès qu’ils posent le pied dans la LNH, les joueurs doivent quotidiennement lutter pour conserver leur poste, maintenir leur place dans la hiérarchie et, surtout, pour obtenir les meilleures conditions salariales possible.

Dans la LNH, comme dans n’importe quel autre championnat majeur, les résultats, individuels et collectifs, font foi de tout.

Les joueurs qui produisent sont récompensés, et ceux qui déclinent perdent leur emploi. Les équipes perdantes sont éventuellement démantelées et leurs dirigeants sont remplacés. Et à la fin, il n’y a qu’une seule équipe qui obtient le privilège de boire dans la coupe Stanley.

Dans ce genre d’environnement, où le respect se gagne à la dure, il est donc très malaisant d’occuper une place pour laquelle on ne s’est pas battu.


Revenons maintenant au Canadien.

Depuis qu’une nouvelle convention collective et un protocole de retour au jeu ont été négociés par les propriétaires et l’Association des joueurs, le CH porte l’étiquette, dans la ligue, de l’équipe ayant protesté avec le plus de véhémence contre l’idée d’admettre 24 équipes dans les séries éliminatoires. Le confrère Elliotte Friedman, de Sportsnet, y a d’ailleurs fait référence récemment dans sa populaire chronique 31 Toughts.

Les joueurs du Tricolore ont-ils réagi de cette manière parce qu’ils sont paresseux ou parce qu’ils sentaient qu’ils n’avaient tout simplement pas d’affaire dans cette compétition estivale?

Quand on connaît leur univers, il est bien difficile de ne pas retenir la deuxième option.

Avant que la reprise des activités soit annoncée, Shea Weber, Brendan Gallagher, Phillip Danault, et même Carey Price, avaient tour à tour émis des doutes quant à la validité d’une participation du Tricolore dans ce tournoi éliminatoire. Les hommes de Claude Julien, rappelons-le, se dirigeaient vers une médiocre saison de 82 points et une troisième exclusion de suite des séries éliminatoires quand la pandémie a interrompu la saison.

Je ne crois pas que ce serait juste pour les équipes détenant les premières places si nous participions aux séries, avait candidement admis Shea Weber à la fin du mois de mars.

Personne n’aurait pu reprocher ces propos à Weber. À la fin de février, au moment où son équipe avait encore de minces chances mathématiques de se qualifier, Marc Bergevin avait lui-même jeté l'éponge (avec raison) en se défaisant de vétérans comme Ilya Kovalchuk, Marco Scandella, Nate Thompson et Nick Cousins. Le DG avait ainsi décidé d’emmagasiner d’autres choix au repêchage et de miser sur l’avenir.

Les hockeyeurs professionnels ne sont pas des rêveurs naïfs. Constatant que leur équipe avait ainsi été délestée et qu'elle comptait en mars dernier un bon nombre de joueurs qui n’étaient plus, ou pas encore, de calibre pour jouer régulièrement dans la LNH, Gallagher et Danault s’étaient dits d’avis que c’était une mauvaise idée de revenir au jeu pour participer aux séries et qu’il valait mieux, pour eux, consacrer leurs énergies à la préparation de la saison 2020-2021.

C’était, à l’époque, l’opinion honnête des membres du noyau de l’équipe. Et ce n’est pas le genre de dentifrice qu’on remet facilement dans le tube. Ce n’est pas parce qu’on leur a ensuite annoncé qu’ils devaient retourner au jeu que leur opinion a changé.

Depuis le début du camp, Claude Julien a maintes fois fait appel à la fierté de ses hommes et à l’importance de bien représenter le Canadien dans ce tournoi. Et comme de bons athlètes professionnels, ses joueurs vont évidemment se battre durant cette série 3 de 5 contre les Penguins.

En prenant en considération tout ce qui précède, il est difficile de croire qu’il s’agira d’une bataille totale. Et qu’aussitôt que des embûches surgiront, plusieurs d’entre eux n’entendront pas cette petite voix intérieure leur rappelant qu’ils n’ont pas mérité d’être là et qu’ils ne voulaient pas y être.

Il dirige ses joueurs à l'entraînement.

Claude Julien

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson


J’ai vu tous les matchs préparatoires présentés à Toronto cette semaine. Et parmi les 12 équipes, le Tricolore était celui qui semblait le moins prêt à entamer un tournoi aussi relevé. L’exécution et, visiblement, le coeur n’y étaient pas pour tout le monde.

Pour l’instant, le seul espoir du CH réside dans le fait que les Penguins n’ont guère mieux paru contre les Flyers de Philadelphie mardi dernier. Cette série de qualifications Montréal-Pittsburgh opposera donc les deux équipes qui ont le moins impressionné en matchs préparatoires.

Le fait demeure. Sur papier, le Bleu-blanc-rouge n’est pas dans la même catégorie que les Penguins.

Jeudi, un entraîneur de la Ligue américaine me faisait part d’un phénomène qu’il a observé de nombreuses fois depuis le début de sa carrière.

Après une longue absence, les joueurs de quatrième trio ont toujours plus de difficulté à retrouver leur rythme que les joueurs de talent. Quand ils chaussent leurs patins, les joueurs talentueux donnent rapidement l’impression de ne jamais avoir cessé de jouer. De l’autre côté, les joueurs de soutien, qui ont besoin de tout leur petit change pour garder leur place, mettent beaucoup plus de temps à retrouver leurs repères et leur efficacité, disait-il.

Si cette théorie s’avère dans cette rapide série Montréal-Pittsburgh, le Canadien ne séjournera pas très longtemps dans la bulle torontoise.

Pour toutes ces raisons, je prédis une victoire des Penguins en trois matchs.

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