•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Relance des sports de combat : Marie-Pier Houle se croise les doigts

Gros plan de son visage

Marie-Pier Houle en entrevue depuis la clinique où elle travaille comme thérapeute en réadaptation physique.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Chabot

Jean-François Chabot

Quelques jours après l’envoi d’une lettre aux autorités de la santé publique et aux décideurs gouvernementaux, Marie-Pier Houle ne se fait pas d’illusions sur les chances de la relance des sports de combat au Québec.

La boxeuse de 29 ans s’est lancée corps et âme dans une bataille pour défendre son sport et tenter de préserver sa carrière et celle de nombreux autres combattants et entraîneurs.

Quand Camille Estephan a annoncé, il y a peut-être deux semaines, que la santé publique envisageait de suspendre les sports de combat jusqu’à ce qu’il y ait un vaccin disponible pour la COVID, pour moi, cette réponse n'avait aucun sens. Je me disais que si ça devait arriver, ça ferait en sorte que ma carrière était terminée… Même chose pour tous ceux qui sont dans la même situation que moi, explique-t-elle.

Ayant d’abord pris la forme d’une page Facebook [Communauté des sports de combat unie pour la reprise des activités, NDLR] accompagnée du mouvement #monsportmoncombat, la réponse enthousiaste à son projet de centaines de sportifs, professionnels, amateurs ou simplement récréatifs est venue spontanément.

De l’aveu même de Marie-Pier Houle, tout cela s’est avéré bien au-delà de ses espérances.

Le groupe comptait peut-être une centaine de personnes au départ, puis trois ou quatre jours plus tard, on était rendus à 1000, révèle-t-elle. Au moment où on se parle, on est presque 1500. On a des gens d’un peu partout. On a des gens de tous les sports (de combat), tant au niveau amateur que professionnel. Il y a aussi des fans qui se sont emparés de nous, parce que c’est important pour eux aussi que les sports reprennent. Ç’a été au-delà de mes espérances. Je suis fière de voir que tout le monde se bat pour la même cause.

Profiter de l’élan

Se sentant solidement appuyée, la combattante en elle a voulu mener sa cause plus loin. Aidée par le cabinet Farley Avocats Inc., qui lui a offert ses services gratuitement, elle a donc préparé la fameuse lettre, qu’elle voulait claire et empreinte de bonne foi, dans l’espoir de faire bouger les choses.

Même si elle avait déjà vu le promoteur Camille Estephan essuyer la rebuffade silencieuse du Dr Horacio Arruda et du premier ministre François Legault, elle a voulu donner une voix aux milliers d’adeptes laissés pour compte dans la relance du sport.

Or, voilà qu’à l’exception des confirmations de livraison remises par l’entreprise de courrier privée, elle n’a reçu, à ce jour, aucun accusé de réception de la part des principaux destinataires, que ce soit le directeur national de santé publique, le Dr Arruda, le premier ministre Legault, les ministres Christian Dubé et Isabelle Charest, de même que la présidente de la Régie des alcools, des courses et des jeux, France Lessard.

Habituée à s’entraîner et à se préparer pour des duels qui peuvent souvent se rendre à la limite du dernier round, Houle ne s’en offusque pas.

On ne peut pas espérer une réponse excessivement rapide. Les députés sont dans leur comté. Les ministres ne sont pas nécessairement à leur bureau non plus. Il reste une semaine aux vacances de la construction. Je ne m’attends pas à avoir des nouvelles la semaine prochaine, ça va peut-être aller au début août. C’est sûr que si on n’a pas de nouvelles, on va essayer une relance, précise celle qui a déjà vu s’envoler les quatre combats qu’elle aurait dû livrer ce printemps au Casino de Montréal.

On a aussi envoyé la lettre par courriel à tous les députés de l’Assemblée nationale. Certains députés nous disent qu’ils ont bien reçu la lettre. J’en ai une qui a indiqué qu’elle allait transmettre ça à qui de droit… Je veux bien faire les choses. Je ne veux pas aller (de manière trop féroce). Je prends les choses une étape à la fois et on va voir comment ça va évoluer, renchérit-elle.

Je pense que si tout le monde pousse pour le même objectif, je crois qu’à un moment donné, il va falloir qu’il y ait quelque chose qui bouge. Ce n’est pas normal que toute cette industrie-là (les sports de combat) ait fait des démarches et que rien n’aboutisse non plus.

Une citation de :Marie-Pier Houle, boxeuse

La persévérance est le lot de la plupart des adeptes des sports de combat. Et c’est en grande partie ce qui motive Marie-Pier Houle à ne pas baisser les bras.

Elle s’interroge cependant sur ce qui peut bien faire tiquer les dirigeants.

Je pense que ça fait longtemps que le gouvernement essaie d’enlever les sports de combat, estime-t-elle. Les batailles au hockey font aussi parler tout le temps. Je ne crois pas qu’on peut empêcher une industrie complète de fonctionner par principe qu’il y a des risques. N’importe quel sport a des risques. Pour moi, ce n’est pas une raison d’empêcher une industrie comme celle des sports de combat de pouvoir opérer.

La carte Kim Clavel

Le déplacement réussi de sa collègue et amie Kim Clavel du côté de Las Vegas, tant du point de vue sportif que sanitaire, constitue selon Houle une démonstration claire que les dispositions mises de l’avant par le promoteur américain Top Rank fonctionnent.

Elle espère que certaines personnes haut placées aient été assises devant leur téléviseur, mardi soir, pour apprécier l’efficacité du plan sanitaire duquel souhaite d’ailleurs s’inspirer les promoteurs d’ici, Eye of the Tiger Management et le Groupe Yvon Michel (GYM).

Le fait que Kim est allée travailler dans les CHSLD, où elle a été confrontée à la COVID, est un exemple typique. Elle ne l’a pas attrapée jusqu’à maintenant. Même si elle est allée aux États-Unis, là où c’est la place où il y a pratiquement le plus de cas en ce moment. En respectant les mesures, en respectant les normes, elle a réussi à revenir sans avoir de symptômes ni de tests positifs de COVID.

Une citation de :Marie-Pier Houle
L'arbitre lève le poing de la boxeuse en signe de victoire.

Kim Clavel lors de sa victoire dans la bulle de Las Vegas

Photo : Mikey Williams/Top Rank

Enfin, quand on lui demande si elle se surprend un peu elle-même en se portant volontaire pour monter au front dans cette lutte pour relancer les sports de combat au Québec, Houle refuse de prendre tout le mérite.

Il y a des vies familiales au travers de tout ça. Les gens doivent travailler étant donné qu’ils ne peuvent pas boxer, dit-elle. Les gens sont contents que j’aie pris la parole et ils m’appuient énormément. Je ne crois pas que nous devions être 50 à aller parler au gouvernement. D’avoir une personne qui représente les intérêts de tout le monde, je crois que c’est la solution. Je ne fais pas ça pour obtenir une notoriété. Je veux boxer. Je veux défendre mon sport. Je veux que ça reprenne.

À peine une heure après la conclusion de l’entrevue, la santé publique annonçait qu’elle allait permettre, à compter du 3 août, la tenue de rassemblements de 250 personnes à l’intérieur comme à l’extérieur. Mais toujours rien pour les sports de combat.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !