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Ils devaient défiler à Tokyo, ils doivent maintenant attendre et espérer

Rosie MacLennan mène la délégation canadienne lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Rio.

Rosie MacLennan mène la délégation canadienne lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Rio.

Photo : Getty Images / Clive Brunskill

Olivier Paradis-Lemieux
Diane Sauvé

Pour certains athlètes, comme Annie Guglia et Joëlle Békhazi, la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Tokyo qui devait avoir lieu vendredi au Japon (jeudi de l’autre côté du globe), aurait été leur première. Pour d’autres, comme Antoine Valois-Fortier, elle aurait été leur troisième. Les voilà plutôt à un an des Jeux dont la tenue est toujours incertaine.

Après les qualifications ratées de 2008, de 2012 et de 2016, l’équipe canadienne de water-polo féminin avait finalement obtenu son billet olympique. Pour la vétérane Joëlle Békhazi, l’entrée dans le stade de Tokyo le 24 juillet 2020 devait être une consécration après des années de déception.

J'ai tellement eu de moments crève-cœur dans toute ma carrière, que là, c'est comme un autre. Un autre moment crève-cœur, mais un peu différent. Parce que là, je l'avais, puis ils l'ont enlevé. Honnêtement, vendredi, ça va être une journée très difficile, confie l’athlète de 33 ans.

Juste de rentrer dans le stade et tout le monde regarde le Canada. Ça, c'est vraiment comme le rêve, puis les frissons, tu rêves à ça. Ça me rend émotive, juste à y penser.

Une citation de :Joëlle Békhazi, poloïste

Nous, les judokas, on n’a pas l’habitude de ces grandes foules-là. Donc, c’est toujours un moment particulier de rentrer avec l’équipe canadienne. La camaraderie commence un peu à être tissée plus serré à ce moment-là. C’est vraiment, chaque fois, un moment inoubliable, décrit le médaillé de bronze aux Jeux de Londres Antoine-Valois Fortier, 30 ans.

Il lève les bras sur le tatami après avoir projeté son adversaire au sol.

Antoine Valois Fortier après sa victoire contre Travis Stevens, qui lui procurait la médaille de bronze chez les -81 kg aux Jeux olympiques de Londres en 2012.

Photo : Reuters / Darren Staples

Pour la planchiste Annie Guglia, 29 ans, les Jeux olympiques n’ont été un rêve que tard dans sa carrière. Dans le monde de la planche à roulettes, ce sont les X Games qui font figure de Graal. L’entrée du sport dans le giron olympique, qui devait se faire à Tokyo, était inespérée, mais il n’était pas moins devenu son point de mire.

Ça fait seulement trois ans que c'est mon nouvel objectif. C'est mon nouveau rêve. Donc que ce soit reporté d'un an, je ne me dis pas : "Ça fait 18 ans que je travaille et là, c'est reporté." Pour moi, c'est vraiment juste un report de mon rêve. Je ne le vois pas comme la fin du monde, alors que je peux comprendre quelqu'un qui s'entraîne pour les Jeux depuis qu'il est tout petit, ça devient quelque chose de vraiment plus gros, dit-elle.

C’est certain que ça me fait un petit pincement au cœur, enchaîne Valois-Fortier. J'ai 30 ans en ce moment. J’en ai plus de fait qu’il m'en reste à faire dans mon cas. J'avais une très bonne saison. Le momentum était de mon côté. J’étais prêt pour cet été.

Face au choc

La délégation canadienne n’avait pas attendu la décision du comité organisateur et du CIO de reporter les Jeux à 2021 pour annoncer qu’elle ne se rendrait pas à Tokyo. Le Canada était devenu le premier pays à se retirer officiellement des Jeux s’ils se tenaient en 2020, amorçant le 22 mars dernier un mouvement mondial, qui a mis fin aux tergiversations du monde olympique. Un choc.

Au début, on a eu une réunion, puis ils nous ont annoncé qu'on va probablement pousser pour que ce soit reporté. On se préparait un peu pour ça, mais nous, on pensait que ce serait reporté en octobre ou en novembre. Ce n’est vraiment pas si pire. Ça nous donne quelques mois de plus, raconte Joëlle Békhazi.

Ensuite, le lendemain, le Canada a dit : "On n'y va pas". Dans ma tête, je me dis : "Je ne suis juste pas supposée être une olympienne". J'ai eu peur. C'était comme mon Dieu, mon rêve, je ne suis pas censée l'accomplir.

Une citation de :Joëlle Békhazi
Une joueuse de water-polo s'apprête à tirer.

Joëlle Békhazi

Photo : Getty Images / Adam Pretty

Pour Antoine Valois-Fortier, la situation a été vécue avec beaucoup de frustration, après plusieurs années à faire face à des revers moraux liés aux blessures et aux opérations à répétition.

J’étais vraiment prêt. Notre petit côté athlète égocentrique était prêt. Donc, il y a eu frustration au début, avoue-t-il. Mais, par la suite, on comprend que l’envergure de la situation dépasse le sport. Il faut prioriser les choses.

Ça vient chambouler les plans qu’on avait, ça, c’est certain, poursuit le judoka de Québec. Puis, ça crée toujours un peu d’inconfort. Par contre, je garde mon objectif principal en tête, c’est de performer aux Jeux olympiques. Jusqu'à preuve du contraire, ils vont avoir lieu l’été prochain.

Quand les Jeux ont été reportés, j’ai pleuré, lance pour sa part Annie Guglia, de Montréal. Je suis passée par plein d'émotions. Je risque de repasser par plein d'émotions si c'est annulé.

Et si les Jeux n’avaient pas lieu?

Pour les athlètes de haute performance, l’incertitude créée par le bouleversement mondial de la pandémie de COVID-19 ne s’est toujours pas résorbée. Même s’ils ont retrouvé depuis plusieurs semaines leurs centres d’entraînement, rien n’est assuré quant à la tenue des prochains Jeux, devenus impopulaires dans la population japonaise. Encore cette semaine, le comité organisateur affirmait que sans vaccin, Tokyo ne pourrait accueillir le monde sportif. Et cette fois, pas de report possible. Les Jeux s'ouvriront le 23 juillet 2021 ou il n'y en aura pas, assure Tokyo.

L’idée nous traverse l’esprit, lâche Antoine Valois-Fortier. Il y a une possibilité qu’il n’y ait pas de Jeux à l'été 2021. Pour le moment, tout ce que je peux faire, c’est me concentrer sur le scénario où il y aura des Jeux puis faire ma part dans toute cette crise-là. On se croise les doigts. On espère qu’il y aura des Jeux en 2021 et qu’ils seront faits de manière sécuritaire pour tout le monde.

La meilleure chose pour moi à faire, c’est de me concentrer sur ce que je peux contrôler. Judo Canada fait la même chose. On est en mesure de peaufiner notre préparation puis de rester prêt malgré les 1001 choses qui sont lancées dans nos pattes dernièrement, dit-il encore.

J'ai une petite inquiétude, mais j'essaie vraiment de ne pas trop y penser, puis juste de faire ce que moi, je peux contrôler : s’entraîner, faire ce que nous on doit faire, dit la poloïste de Pointe-Claire.

C’est certain qu'entre les deux oreilles, ça peut devenir difficile parfois. On est dans l’inconnu, on est dans le brouillard, beaucoup. On a 1001 questions, puis il n’y a pas beaucoup de réponses.

Une citation de :Antoine Valois-Fortier, judoka
Annie Guglia sur le podium du Jackalope 2019

Annie Guglia sur le podium du Jackalope 2019

Photo : Radio-Canada

C’est sûr que ça fait peur de penser que peut-être il n’y aura pas de Jeux du tout, ajoute Annie Guglia. C'est sûr que ça serait vraiment dommage parce que je ne pense pas que c'est réaliste pour moi à 29 ans de penser à Paris 2024, c'est un peu trop loin.

Les trois athlètes oscillant autour de la trentaine, ils partagent le même doute que la planchiste. S’ils se voient tous se relancer pour une autre année d’entraînement afin d’être fin prêts pour juillet 2021, une annulation pure et simple signifierait probablement la fin de leur carrière ou de leur rêve olympique.

30 ans dans le monde du judo, c’est quand même assez vieux. À 34 ans, c’est encore plus vieux, dit Antoine Valois-Fortier en riant. Je ne veux pas participer aux Jeux olympiques seulement pour y participer. Je veux y aller pour être un des prétendants à la plus haute marche du podium. Ça va être à moi d’évaluer tout ça en temps et lieu. Mais pour l’instant, ma concentration est à 100 % vers l’été 2021.

Ça va me détruire un peu, réfléchit Joëlle Békhazi, mais je n’aurai pas de regrets. J'ai tout fait. Toute notre équipe a pris leur retraite, pas mal. Moi, j'ai continué pour l'amour des JO, pour ce rêve qui est tout le temps là. J'aimerais ça dire que je reste un autre trois ans, mais mon corps... Je veux vraiment commencer une famille, puis l’âge commence à être un peu dans le chemin.

J'espère que la COVID, on va le battre, puis on veut réussir, mais au bout du compte, si ça n’arrive pas l'année prochaine, j'ai vraiment tout mis. J'ai tout fait, donc il n'y aura pas de regrets. Mais ça serait triste, c'est sûr, conclut-elle.

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