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Pratiquer l'escalade à l'âge d'or

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Normand Hébert lors d'un voyage d'escalade en Turquie en 2014.

Normand Hébert lors d'un voyage d'escalade en Turquie en 2014.

Photo : Ginette Charbonneau

Jean-François Poirier

Normand arrive au centre d'escalade au moins une trentaine de minutes avant Ginette pour jaser avec le monde, pour profiter de chaque moment dans cet environnement exaltant, pour son bien-être. À ses yeux, il n'y a pas de plus belle routine.

À moins d'une surprise, tous les grimpeurs déjà présents sont plus jeunes que lui... et de beaucoup.

À 65 ans, Normand et sa conjointe sont dans une classe à part, mais ils adorent se fondre au groupe.

Ici, c'est sa deuxième maison. Ça fait 20 ans que Norm fréquente le gym, affirme le gérant du centre montréalais d'escalade Allez up, Antoine Séguin. Il fait partie de notre communauté. Il est toujours prêt à nous aider. Lui et Ginette agissent comme bénévoles lors des compétitions. Ils font des voyages partout dans le monde pour découvrir les plus beaux lieux d'escalade. C'est le genre de retraite modèle.

Ils sourient et accordent une entrevue devant un mur d'escalade.

Ginette Charbonneau et Normand Hébert

Photo : Radio-Canada / Francis Gagnon

Normand Hébert et Ginette Charbonneau affichent une forme exemplaire. Autour d'eux, les autres grimpeurs sont curieux. Ils les regardent du coin de l'oeil, sûrement pour observer comment les deux sexagénaires réussissent à se débrouiller dans leurs différents défis du jour.

Il est toujours de bonne humeur, dit une jeune grimpeuse, habituée des lieux. J'espère pouvoir faire comme lui à son âge. Je suis impressionnée par leur discipline à tous les deux. C'est inspirant.

Ginette pratique l'escalade depuis l'âge de 51 ans. Elle a été initiée à ce sport par Normand.

Quand tu fais la même voie 15 fois et que tu finis par la réussir, c'est toute une sensation. On est très fiers de pouvoir le faire à notre âge, explique cette passionnée de voyages. On parcourt le monde entier à la recherche des plus belles places d'escalade. Nous sommes allés en Chine, en Turquie, en Grèce, en France, en Espagne, en Thaïlande, à Cuba, au Mexique et ailleurs. Avant la COVID, notre passe-temps nous permettait de voyager beaucoup.

Il fait de l'escalade intérieure.

Normand Hébert

Photo : Radio-Canada / Francis Gagnon

Toutes ces aventures, Normand se les remémore volontiers.

On fait les mêmes voyages, mais on ne les raconte pas de la même façon. Grimper en Chine, c'est comme grimper dans un autre monde avec ses pics de plus 3000 mètres. L'escalade, c'est plus sécuritaire que le vélo de montagne. Il suffit de rester à l'intérieur de nos limites. L'alpinisme est plus dangereux, on préfère ne pas en faire.

Un jeune homme s'approche de Normand. Il désire le taquiner puisqu'il a bien sûr constaté qu'un caméraman capte en images les moindres gestes des aînés les plus populaires du centre d'escalade.

Ils font un reportage en gériatrie? À propos d'un grand-père? demande-t-il sans gêne.

La blague fait rire aux éclats le vétéran grimpeur qui n'est aucunement vexé par la remarque.

On dirait ici que j'oublie que j'ai 65 ans et des cheveux blancs. Dans ma tête, j'ai 10, 12 ou 14 ans et je m'amuse. Il faut que je me voie dans un miroir pour me rappeler mon âge lorsque je jase avec les jeunes.

Normand Hébert
Elle fait de l'escalade intérieure.

Ginette Charbonneau

Photo : Radio-Canada / Francis Gagnon


Avec le temps, Ginette et Normand ont appris à doser leurs efforts.

Pour être efficace, il faut grimper aux deux jours, avoue Normand. La grosse différence avec l'âge, c'est la récupération. Mais une personne de 80 ans peut pratiquer ce sport. Ça dépend de sa motivation. Il faut faire des exercices pour conserver sa flexibilité, mais tout le monde doit en faire, pas juste nous!

Normand reconnaît cependant que certaines partent avec une longueur d'avance...

Lorsque je vois les filles là-bas faire le grand écart, ça me fait mal juste à les regarder!

Pendant ce temps, Ginette se prépare pour sa prochaine grimpe. Normand ira la rejoindre pour tenir sa corde et l'épauler. Cette fois-là, elle n'arrivera pas à atteindre le sommet au premier essai.

J'entends toujours sa voix. Il m'encourage et parle fort. Il m'appelle toujours "ma belle". Les gens autour se demandent quel est mon prénom! On aime faire beaucoup de bénévolat dans les centres d'escalade au Québec. On aime assister aux compétitions.

Et cette passion se transporte aussi à leur domicile.

Mon conjoint est tellement maniaque d'escalade, insiste Ginette. Il a son propre petit mur et tout l'équipement nécessaire pour s'entraîner à la maison. Durant la période de confinement, nous nous sommes tenus en forme grâce à ça.

Il grimpe sur un mur d'escalade intérieur.

Normand Hébert

Photo : Radio-Canada / Francis Gagnon


Si, au Québec, ils sont l'exception qui confirme la règle, nos deux grimpeurs ont constaté que ce n'était pas le cas dans certains coins du monde.

Ça dépend des pays. En France, j'ai souvent vu des grands-papas de 70 ans grimper avec leurs petits-fils de 10 ans. Ils sont au même niveau. Aux États-Unis, en Nouvelle-Angleterre et en Californie, on n'est pas du tout les seuls avec des cheveux gris. L'escalade est un sport jeune au Québec.

Normand Hébert

Normand jette un coup d'oeil sur les murs d'escalade qui l'entourent et admire la relève.

Selon moi, la moitié de ces jeunes-là vont grimper avec des cheveux gris. Ce n'était juste pas dans la culture du Québec. L'escalade est dorénavant un sport olympique. Le sport a pris une autre dimension. Les anciens grimpeurs développaient la force de leurs bras et leurs doigts. Aujourd'hui, je vois des athlètes complets qui font preuve de dynamisme. Ils sautent sur le mur. Je pense que l'escalade sera comparée à la gymnastique lorsque les Jeux auront lieu.

À observer Ginette et Normand s'amuser autant, il est évident qu'une vie sans escalade au programme n'est pas pour demain.

On pourrait arrêter à 99 ans, lance la dame, pince-sans-rire.

Normand ne la contredit pas. Au contraire, il en ajoute.

J'ai une horloge dans la tête. Je me dis qu'il faut profiter parce que tout peut arrêter. On a aussi plein de projets lorsqu'on sera vieux...

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