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Marie-Michèle Gagnon, encore passionnée... et toujours Canadienne

Elle attaque une piste de ski.

Marie-Michèle Gagnon lors de la descente de Bansko, en Bulgarie, en janvier dernier

Photo : AFP / MICHAEL GRUBER

Marie-Michèle Gagnon part samedi pour l'Italie afin de reprendre l'entraînement sur neige. C'est un nouveau départ après des semaines d'incertitude. La pandémie a failli lui faire perdre son poste dans l'équipe canadienne de vitesse.

Quand la pandémie a frappé, Marie-Michèle Gagnon était revenue au Québec et se remettait d’une blessure, une fracture de la main droite survenue en frappant une porte à Crans Montana en février.

L’athlète de Lac-Etchemin avait déjà décidé de reposer sa main meurtrie. Elle avait annulé son voyage en Suède pour la Coupe du monde d'Are à la mi-mars. C’est à ce moment-là que la Fédération internationale de ski (FIS) a décidé d’interrompre la saison.

Ma main allait quand même pas pire, et je me préparais à aller aux Championnats canadiens quand ils ont arrêté toutes les courses, d’un coup, se souvient-elle. J’ai dû comme tout le monde retourner à la maison et commencer l’isolement.

Dire que la pandémie et le confinement, qu'elle a vécu chez elle aux États-Unis, ont bouleversé le quotidien et les plans de la Québécoise est un euphémisme.

La skieuse de 31 ans, convertie à la vitesse depuis trois ans après plus d’une décennie à contourner des portes dans les épreuves techniques, a été à un cheveu de devoir se trouver une nouvelle famille pour continuer à skier.

Au début de mars, Canada Alpin avait des troubles financiers assez intenses, et ils m’ont annoncé qu’il n’y avait aucune chance qu’il y ait une équipe de filles de vitesse, explique-t-elle. Je me suis vraiment questionnée : est-ce que j’ai le goût de continuer, car ça va être vraiment un effort? Il va falloir que je trouve une nouvelle équipe, que je voyage par moi-même. C’était vraiment ça.

Elle soulève une barre avec des poids.

Marie-Michèle Gagnon à l'entraînement au Québec

Photo : Marie-Michèle Gagnon

C’est sûr que c’est fâchant, car je prends ça vraiment au sérieux. C’est ma carrière. Mais je comprenais les motifs. Je suis la seule skieuse de vitesse à temps plein, je suis plus vieille, je suis seulement 30e au monde.

C’était vraiment un mauvais timing pour moi, car je commence vraiment à m’améliorer en vitesse. Mais ce n’était pas assez pour eux. Je comprenais que c’était une décision d'affaires, et que je ne devais pas le prendre personnel. Et cela a aidé dans la situation.

Marie-Michèle Gagnon a dû entreprendre des discussions avec Canada Alpin et regarder au-delà des frontières.

Les États-Unis, ce n’était pas une option, car l’équipe de vitesse est déjà bien garnie, elles sont une dizaine. Je suis allée plus pour des pays avec de petites équipes qui auraient bénéficié de ma présence et de mon expérience. J’ai eu des conversations avec quelques pays, révèle-t-elle. J’avais aussi l’option d’y aller par moi-même, j’avais même trouvé l’entraîneur.

Heureusement, on a de nouveaux membres au conseil d’administration de Canada Alpin. J’ai regardé avec eux s’il n’y avait pas une façon de faire, un soutien à mi-chemin pour m’aider, j’ai vraiment été très proactive. C’était dans les trois, quatre premières semaines en confinement que j’ai fait ça. Ça a rempli beaucoup mon temps en isolement.

Ces nouveaux membres du C. A. [dont le champion du monde Erik Guay, NDLR] ont amené de leur propre argent pour aider l’organisation, et ils ont sauvé l’équipe de filles de vitesse. Donc, plus besoin de parler de ces options, car ça s’est réglé.

Marie-Michèle Gagnon dévale une pente pendant une épreuve.

Marie-Michèle Gagnon à Crans Montana, en Suisse

Photo : Getty Images / Michel Cottin/Agence Zoom

Cela dit, la pandémie a obligé Canada Alpin à demander une contribution aux athlètes : 30 000 $ pour les athlètes choisis dans l’équipe A et 45 000 $ pour ceux de l’équipe B. Marie-Michèle Gagnon a donc dû frapper à des portes, ce qu’elle n’avait jamais fait au sein de l’équipe nationale.

C’est difficile de se mettre dans cette position-là comme athlète, de demander de l’aide. Je n’ai jamais eu de frais d’équipe au sein de l’équipe A depuis 10 ans. Ça coûtait zéro, alors je n’ai jamais eu à demander de cette façon-là. C’est assez humble. Ça t’apprend à te vendre.

Marie-Michèle Gagnon

Je viens juste de commencer de parler à mes contacts et, jusqu'à maintenant, ça a porté ses fruits. J’ai à peu près un tiers d’amassé, précise-t-elle.

Je suis très contente de voir que les gens m'appuient. C’est dur pendant la COVID, car on ne sait pas qui a été affecté. Il y en a qui ont perdu leur emploi. Il y en a qui ont perdu leur argent dans des investissements.

Plus zen

Au moins, Marie-Michèle Gagnon a pu traverser les doutes qui ont peuplé les heures du confinement avec son amoureux Travis Ganong, skieur de vitesse dans l’équipe nationale américaine avec qui elle partage sa vie depuis 12 ans.

On est restés au même endroit, pas de décalage horaire, c’était spécial. C’est la première fois en 10, 12 ans qu’on n’a pas voyagé pendant quatre mois. La vie a vraiment été plus relax. On a fait toutes sortes de choses autour de la maison qu’on voulait faire depuis des années, on a appris à faire du pain au levain. Il y a eu beaucoup de positif, reconnaît-elle.

C’est la première fois qu’on faisait le même programme d’entraînement. Et Travis a trouvé ça dur, car il est habitué à être tout seul. En plus, je pouvais mettre autant de poids que lui, et ça le poussait, affirme-t-elle en riant. En plus, moi, j’adore le gym. Travis aime aller faire des heures de vélo de montagne, alors je le motivais à aller dans le gym.

Marie-Michèle Gagnon soulève des poids d'haltères.

Marie-Michèle Gagnon à l'entraînement au Québec

Photo : Marie-Michèle Gagnon

Malgré tous leurs efforts pour garder la forme, Marie-Michèle Gagnon et Travis Ganong ont du mal à vivre avec le fait que certains pays avaient pu reprendre l'entraînement.

Les moments difficiles, c’est qu’on ne savait pas quand on allait pouvoir skier. On voyait que les équipes européennes ont recommencé à skier au mois de mai. C’est la fin juillet, et on n’a pas encore skié. Travis et moi, on a pu faire cinq jours sur la neige. Vraiment, on a été chanceux, mais les Européens ont fait entre 20 et 30 jours chacun sur les glaciers. On se sent un peu en arrière, mais je pense que ça a vraiment fait du bien de ne pas avoir voyagé, d’avoir fait une grosse préparation physique, intense. On a eu un break de toujours la même routine.

Dans l'attente

Marie-Michèle Gagnon ne sait pas quand la saison de Coupe du monde commencera, et elle ne s’en fait pas.

La FIS ne nous a pas transmis de calendrier. Ils attendent de voir comment tout se développe. Je vais attendre que ce soit annoncé, parce que, de toute façon, je ne peux rien y faire. Moi, compter les jours et savoir ce qui va se passer avec la saison, ce n’est pas mon genre du tout. Mais j’ai des doutes qu’il n’y aura pas de courses en Amérique du Nord, ça va être condensé seulement en Europe, pas de spectateurs et télévisé.

Après des mois à parfaire sa condition physique, elle va retrouver dès ce week-end ses skis, par surcroît avec un nouvel équipementier Head après 17 ans avec Rossignol, et les glaciers des Alpes italiennes, à Stelvio, près de la frontière suisse. Les équipes canadiennes se retrouvent enfin pour un premier camp de trois semaines.

On a eu une permission spéciale de l’ambassade de Suisse pour aller en Europe. Grâce à l'ambassade de Suisse, on a eu le visa Schengen, et on va passer la fin de l’été et tout l’automne sur les glaciers.

NDLR : Le visa Schengen est un visa court séjour qui permet à une personne de voyager dans tous les pays de l’espace Schengen pour une période de 90 jours maximum dans un but touristique ou professionnel.

Je vais apprendre à connaître le nouvel entraîneur de l’équipe des filles de vitesse. Hansjorg, c'est son prénom, mais il a un nom de famille long comme ça (Plankensteiner), et on va faire du millage de qualité sur les pentes. Ça va être assez intense.

Je n’ai plus besoin de faire un million de descentes comme je faisais quand j’étais dans l’équipe de développement. Je connais la base. En vitesse, ça prend du chien. Et je me suis pratiquée à avoir du chien pendant l’été en me donnant des défis pour me donner une longueur d’avance. Je me sens prête.

Marie-Michèle Gagnon

Seule inconnue, la dynamique d’équipe dans un contexte de pandémie.

Je me demande comment ça va se passer avec la COVID. Il y a en a qui sont moins à l'aise que d’autres. La synergie, la dynamique de l’équipe vont être un peu différentes. Il va falloir s’adapter, lance-t-elle.

On va suivre un protocole. Tout le monde se fait tester une fois par semaine, il y a des contrôles de température deux fois par jour, personne ne se touche, personne ne s’entraîne en même temps. On lave notre équipement après chaque entraînement. C’est un protocole qui a du sens.

Elle s'élance.

Marie-Michèle Gagnon dans le portillon de départ à Lake Louise, en Alberta

Photo : Getty Images / Christophe Pallot/Agence Zoom

Une chose est claire. Quelles que soient les conditions de travail, Marie-Michèle Gagnon sera heureuse de filer à toute allure sur les glaciers, avec une nouvelle énergie.

Une des raisons pour lesquelles j'ai fait le saut en vitesse, c’est parce qu'apporter l’expérience de la technique plus tard dans une carrière, ça peut être très payant. C’est comme changer de sport, ça remotive un peu. J’arrive en bas du parcours, et c’est comme : wow! Ça me donne encore le cœur qui bat à fond. Je sens que je peux encore progresser.

Marie-Michèle Gagnon

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