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Chronique

Lance Stroll, la vilaine rumeur et l'accroc au protocole

Il lève trois doigts de la main gauche.

Lance Stroll montre qu'il a obtenu la troisième place en qualification en Hongrie.

Photo : Getty Images / MARK THOMPSON

Lawrence Stroll veut absolument gagner sa bataille juridique avec Renault, car il a de grandes ambitions pour son équipe Racing Point, et les performances de la RP20 lui permettent de se rapprocher de son but d'en faire une équipe gagnante.

Pour en faire une équipe gagnante, il a besoin d'avoir les meilleurs éléments disponibles. Dans la catégorie des pilotes, trois champions du monde en fin de contrat sont disponibles : Lewis Hamilton, Sebastian Vettel et Kimi Raikkonen.

On peut éliminer tout de suite Hamilton, qui veut continuer son travail avec Mercedes-Benz, et Raikkonen, vieillissant, dont le titre remonte à 2007, et trop imprévisible. Il reste Vettel.

Des pilotes mettent un genou au sol.

Lewis Hamilton, Sebastian Vettel et Lance Stroll, genou au sol, pour appuyer le mouvement mondial contre le racisme.

Photo : Getty Images / Peter Fox

Ferrari n'en veut plus, après deux saisons difficiles et des erreurs à répétition depuis le Grand Prix d'Allemagne de 2018.

Pour une équipe comme Racing Point, qui deviendra Aston Martin en 2021, il est avec ses quatre titres (de 2010 à 2013) un pilote de très grande valeur, commerciale et sportive, qui n'attend qu'un nouveau projet pour s'investir en piste et hors piste.

Les pilotes de l'équipe Racing Point ont-ils raison de s'inquiéter? Sergio Pérez a admis à la télévision britannique que son téléphone portable avait beaucoup sonné dans les derniers jours. Des équipes l'ont approché.

Une performance sans appel

Lance Stroll a-t-il reçu des appels? Les gens se disent peut-être que le fils ne quittera jamais le père.

Le Québécois dit à qui veut l'entendre qu'il y va course par course, et qu'il se concentre à bien faire son travail. On ne peut pas le contredire sur ce dernier point. En Hongrie, il a fait un sans faute. Il s'est qualifié derrière les deux pilotes de Mercedes-Benz, intouchables. Et en course, sans un faux pas stratégique, il montait sur le podium. Que peut-on lui reprocher?

Sous ses airs d’insouciance, Lance Stroll sait parfaitement qu’il a besoin de montrer qu’il est un pilote complet. En ce début de saison, il avait la mission de faire (beaucoup) mieux en qualification, et c’est ce qu’il a fait.

L’équipe a ajusté les réglages de la RP20 pour qu’elle soit stable sous la pluie, et les pilotes ont pu s’exprimer sur piste mouillée en Hongrie, ce qu’ils n’avaient pas pu faire à Spielberg.

Sa troisième place en qualification, devant son coéquipier, a dû faire réfléchir son père.

Si on se fie à la rumeur, Lawrence Stroll jongle avec l'idée d'engager Vettel (à moins que la décision soit déjà prise…). Il est tentant pour la visibilité de l'équipe, pour les commanditaires, d'engager un multiple champion du monde, même en baisse de régime, quand on en a les moyens.

Les performances de la RP20 doivent tenter Vettel.

L'ancien pilote Martin Brundle, aujourd'hui analyste à la télévision britannique, a dit ce week-end dans le paddock du Hungaroring, après une petite hésitation, que Vettel irait selon lui plus vite que Pérez dans la RP20. Ses propos ont dû se rendre jusqu'aux oreilles de Lawrence Stroll.

Vettel attendra le jugement de la FIA et la conclusion du différend entre Renault et Racing Point pour signer le moindre document. Si Racing Point est déclarée coupable, elle perdra plus que ses points si elle doit modifier sa RP20. Elle perdra du terrain en piste et de la crédibilité hors piste.

Couper le cordon

Si Lawrence Stroll décide d'engager Sebastian Vettel pour en faire le pilier de la nouvelle équipe Aston Martin, quel pilote voudra-t-il sacrifier?

Sacrifiera-t-il Sergio Pérez, envers qui il est redevable? C’est lui qui lui a permis d’acheter l’équipe Force India en 2018 en intentant une poursuite devant la Haute Cour de Londres pour non-paiement de son salaire de 5 millions de dollars.

L’équipe a alors été mise en redressement judiciaire, et Lawrence Stroll a mis discrètement sur pied un consortium, ce qui lui a permis de faire une offre.

Deux hommes discutent dans un garage.

Le directeur général de l'équipe Racing Point Otmar Szafnauer (à gauche) en discussion avec le pilote Sergio Pérez

Photo : Getty Images / Charles Coates

Le Mexicain a vu son contrat être prolongé, pour services rendus, jusqu’à la fin de 2022. Il est une valeur sûre pour Racing Point, sans être le plus charismatique des pilotes du plateau. Une clause dans le contrat de Pérez permettrait à l’équipe de s'en séparer moyennant une compensation financière de près de 10 millions de dollars, dit la presse britannique.

Lawrence Stroll sacrifiera-t-il son propre fils à qui il a donné toutes les ressources nécessaires pour atteindre la F1? Peut-il couper le cordon ombilical? Beaucoup de gens pensent que le fils a un volant assuré dans l'équipe du père. Méfiance tout de même.

Lance est maintenant bien installé en F1, après y avoir fait ses premiers pas grâce au soutien paternel. À sa quatrième saison, il commence à peine à récolter les fruits de son apprentissage en fond de grille. Mais Lawrence Stroll a décidé de passer à l’étape suivante, d’atteindre le but qu’il s’était fixé pour lui-même, soit de devenir propriétaire d’une équipe.

S'il a acheté une équipe de F1, ce n'est pas pour son fils, mais bien pour lui. Il ne l'a bâtie pas seulement pour donner les meilleurs outils à son fils.

Deux hommes près d'une piste

Lawrence Stroll à son arrivée au circuit avec son fils, Lance Stroll

Photo : Getty Images / Charles Coates

Son ambition est de faire de son équipe, aujourd’hui Racing Point, demain Aston Martin (un nom autrement plus prestigieux pour la F1), la meilleure équipe du plateau.

Entre le gris et le rouge

L'homme d'affaires québécois a eu le flair de bâtir un partenariat avec Mercedes-Benz, la référence technique en F1 depuis l’arrivée de la nouvelle génération de moteurs en 2014. C'est la façon d’y arriver.

Lawrence Stroll est pourtant très près de Ferrari. C’est un amoureux des voitures italiennes. Il en possède une collection (25 modèles en 2012) : de la 250 GTO 1962 (le diamant de sa collection) à la 330 P4 (celle qu’il rêvait d’acheter depuis sa jeunesse), pour ne citer qu’elles. Il les pilote sur son circuit, à Mont-Tremblant, au Québec.

Un homme en combinaison de course devant ses voitures de collectionAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lawrence Stroll devant quelques-uns des modèles de Ferrari qu'il possède au circuit de Mont-Tremblant

Photo : Lawrence Stroll collection

Il est propriétaire de Ferrari Québec, le concessionnaire officiel de la marque au Québec, et son fils Lance a appris à piloter au sein de l’Académie Ferrari entre 2010 et 2015, soit a filière de développement des jeunes pilotes. Encore gamin à l’époque du karting, Lance avait reçu des mains de Michael Schumacher un de ses casques.

Pour faire entrer son fils en F1, Lawrence Stroll est toutefois passé en 2016 par l’équipe Williams, qui a un partenariat technique avec Mercedes-Benz.

Ferrari n’aurait pas ouvert les portes de la F1 à son fils, Lawrence l’a bien compris, et il a fait en sorte que Lance change de filière de développement. Du rouge, il est passé au gris, et le jeune homme a obtenu un volant chez Williams en 2017.

Aujourd’hui, Lawrence Stroll resserre ses liens avec Mercedes-Benz.

Il est question que l'ancien directeur du département de moteurs de haute performance de Mercedes-Benz, Andy Cowell, qui a remis sa démission le 15 juin avec effet immédiat (après 16 ans dans l'entreprise), passe du côté d'Aston Martin. D'une certaine façon, il resterait dans le giron de Mercedes-Benz.

Deux hommes en discussion dans un garage

Andy Cowell dans le garage de Mercedes-Benz

Photo : Getty Images / Mark Thompson

Lawrence Stroll n'hésite pas à prendre des risques. Non seulement Racing Point utilise le moteur et la boîte de vitesses de l'équipe allemande, mais maintenant, l'équipe a choisi d'adopter la même philosophie aérodynamique.

La monoplace de 2020, la RP20, est une copie presque parfaite de la Mercedes-Benz W10, championne du monde, ce qui a amené l’équipe Renault à porter réclamation. Deux fois plutôt qu’une. En Autriche et en Hongrie.

La FIA doit donner son verdict d’ici au Grand Prix de Grande-Bretagne. Si la FIA donne raison à Renault, Lawrence Stroll aura quatre jours pour porter le jugement en appel.

Lance Stroll dans la RP20 (en haut) et Lewis Hamilton dans la W10Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lance Stroll dans la RP20 (en haut) et Lewis Hamilton dans la W10

Photo : Getty Images / Rudy Carezzevoli / Charles Coates

Même si le litige met en danger les résultats de Racing Point, l'équipe pourrait en effet perdre ses points en cas de décision défavorable, les pilotes doivent faire leur boulot en piste, et prendre des risques à plus de 300 km/h.

De la troisième place sur la grille, Lance Stroll s’est élancé sans hésitation (au contraire de Valtteri Bottas) et a pu rouler en deuxième place en contenant les attaques du Néerlandais Max Verstappen jusqu’à son arrêt aux puits au quatrième tour. Une bataille trop courte que Stroll a appréciée.

Si Bottas a pu récupérer sa place sur le podium, c’est que l’équipe Racing Point a fait un mauvais calcul en pensant que la pluie allait se remettre à tomber.

Lance Stroll casqué dans son auto, visière relevée.

Lance Stroll

Photo : Racing Point

L’équipe a laissé le Québécois en piste avec des pneus qui perdaient en efficacité. Un train de pneus pour la pluie l’attendait au garage, mais la pluie n’est pas retombée, et l’équipe a dû le faire entrer au 36e tour pour un autre train de pneus lisses, deux tours après que Bottas s'est arrêté pour des pneus frais.

Le Finlandais a pu attaquer pendant ces deux tours pour tenter l'undercut [faire entrer un pilote un tour plus tôt que celui devant, pour que, en profitant de pneus plus frais, il puisse refaire son retard et le dépasser quand l'autre pilote entrera aux puits pour changer ses pneus, NDLR]. Et quand Stroll est ressorti en piste après son arrêt, Bottas était devant, en route vers le podium.

Une erreur stratégique que Lance Stroll a notée du bout des lèvres après la course. On aurait pu faire les choses différemment pour rester devant Bottas, mais c’est facile de dire ça après la course, a-t-il mentionné.

Plutôt que de se plaindre d’avoir raté le podium, il a vu le bon côté, et l'a rappelé à son ingénieur qui cachait mal sa déception. Il faut être content de ce résultat, a dit Stroll par radio à l'arrivée, ce sont de gros points en banque.

Oui, 12 points qui lui permettent de gagner deux places au classement des pilotes et de s'installer au 8e rang.

Lance Stroll a quitté la Hongrie avec une belle dose d'optimisme, surtout qu'il sait que l’équipe Racing Point n’a pas encore fini de développer le potentiel de la RP20.

Comme il le disait aux médias canadiens avant les premiers essais libres en Hongrie, l’équipe a encore des choses à améliorer sur la RP20, a encore beaucoup à apprendre avec les pneus, avec les réglages pour la comprendre (notamment sous la pluie).

Sur le circuit très rapide de Silverstone, où aura lieu la prochaine étape de la saison, ce sont les qualités en performance de la RP20 qui seront à l’honneur.

Lance Stroll n’a-t-il pas été le plus rapide en vitesse pure pendant les qualifications du Grand Prix de Hongrie, à la vitesse de 313,9 km/h?

La voiture Racing Point de Lance Stroll roule sur le circuit Hungaroring.

C'est la deuxième fois que le Canadien Lance Stroll termine au pied du podium d'un Grand Prix de F1.

Photo : Getty Images / Mark Thompson

Le Québécois montre qu’avec une bonne voiture entre les mains, il peut renouer avec le succès qu’il a connu en F3, et qui lui a permis d’accéder à la F1. Il rappelle à tous qu'il a un bon coup de volant et du sang-froid pour garder son calme.

Il montre surtout à son père, si besoin est (ce qui n’est pas certain), qu’il mérite sa place dans l’équipe Aston Martin, qu’il sera un bon coéquipier pour Sebastian Vettel. La rumeur, qu’elle soit fondée ou non, oblige le jeune homme de 20 ans à montrer ce qu’il a dans le ventre.

Et en Hongrie, il l’a montré hors de tout doute, surclassant son coéquipier à tous points de vue. Les sites spécialisés ont d'ailleurs donné à Lance Stroll la note de 8 sur 10 sans hésiter. Seuls Lewis Hamilton et Max Verstappen ont reçu de meilleures notes.

Quant à son accroc au protocole après la séance de qualification, comment l’interpréter?

La Mercedes-Benz de Lewis Hamilton à gauche de la Racing Point de Lance Stroll

La Mercedes-Benz de Lewis Hamilton à gauche de la Racing Point de Lance Stroll

Photo : Getty Images / Mark Thompson

Il s'est arrêté dans la file des monoplaces, au lieu d’aller dans l’enclos réservé au trio de tête face aux photographes et aux caméras. La télévision l'a alors croqué au loin en train de ranger tranquillement ses affaires loin des applaudissements que recevait Lewis Hamilton.

Lance Stroll ne s'est pas rendu compte tout de suite de son oubli, et n'en a fait aucun cas, preuve que le succès ne lui monte pas à la tête. C’est peut-être l'une de ses belles qualités.

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