•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Chronique

Barcelone 1992 : l’affront réparé de Sylvie et celui oublié de Bruny

Montage de photos des deux athlètes.

Sylvie Fréchette et Bruny Surin aux Jeux olympiques de 1992

Photo : La Presse canadienne

L’émission Souvenirs olympiques vous proposera samedi de revivre les Jeux olympiques de Barcelone à travers l’expérience de Sylvie Fréchette que l’erreur d’une juge avait reléguée au 2e rang du concours individuel en nage synchronisée. Une injustice que le Comité international olympique (CIO) a fini par réparer en lui remettant l’or 16 mois plus tard.

Une réparation que Bruny Surin, lui, n’a jamais pu obtenir.

Fréchette

En 1992, la juge brésilienne à l’origine des malheurs de Sylvie Fréchette n’était pas familière avec le système de pointage électronique. Elle avait confondu les touches et avait donné à la Québécoise un 8,7 au lieu d’un 9,7. S’apercevant de son erreur, elle avait immédiatement avisé la responsable de la compétition qui avait cependant refusé de faire le changement.

L’opiniâtreté de la responsable, une Américaine, avait commodément favorisé l’éventuelle médaillée d’or, Kristen Babb-Sprague, une autre Américaine.

Parlant d’opiniâtreté, celle du Canadien Richard Pound a fini par rallier le Comité international olympique. Ce membre du CIO a défendu bec et ongles la cause de Fréchette. Et il a fini par avoir gain de cause même si le CIO, pour ménager les susceptibilités, a couronné deux championnes en laissant à Babb-Sprague sa médaille d’or.

Sylvie Fréchette lors de la remise de sa médaille d'or 16 mois après la compétition

Sylvie Fréchette lors de la remise de sa médaille d'or 16 mois après la compétition

Photo : Radio-Canada / Archives de Radio-Canada

Au forum

En décembre 1993, Sylvie Fréchette a reçu sa médaille devant quelques milliers de personnes au Forum de Montréal. Une très belle cérémonie à laquelle j’ai assisté et qui, sans faire oublier la déconvenue espagnole, n’en était pas moins touchante.

Sylvie Fréchette, émue et reconnaissante, avait grandement apprécié.

L’erreur était réparée.

Pas pour Bruny

Personnellement, je conserve de Barcelone le souvenir d’un autre vol qui, 28 ans plus tard, me laisse encore un goût amer. Bruny Surin était alors le sprinteur le plus en vue et le plus talentueux du Canada. Quatre ans après la disqualification de Ben Johnson à Séoul, on avait un nouvel espoir, propre celui-là.

Bruny s’est rendu en Espagne où il a donné le maximum pour conclure le 100 m au pied du podium, en 4e place derrière Linford Christie, Frankie Fredericks et Dennis Mitchell. Ça n’a rien de déshonorant une 4e place. Mais on venait de le priver de la seule médaille olympique individuelle de sa carrière.

Le priver?

Oui, le priver. Parce que deux des coureurs qui l’ont devancé en 1992 étaient de fieffés tricheurs. On l’a découvert par la suite.Le médaillé d’or, le Britannique Linford Christie, avait déjà présenté un résultat positif à la pseudoéphédrine, un stimulant, aux Jeux de Séoul, quatre ans plus tôt. Sa fédération nationale avait pris sa défense et le comité décisionnel avait accepté, dans un vote à 11 contre 10, son plaidoyer. Il aurait consommé la substance par accident.

Ben Johnson domine le 100 m contre Carl Lewis et Linford Christie.

Linford Christie (à gauche) derrière Carl Lewis et Ben Johnson en finale du 100 m à Séoul

Photo : La Presse canadienne / Gary Kemper

En 1994, nouvelle accusation. Un autre Britannique, Solomon Wariso, un spécialiste du 400 m a été disqualifié pour usage d’éphédrine, encore un stimulant. Il a montré du doigt Christie qu’il a identifié comme son fournisseur. Christie s'en est encore sorti.

En 1999, dans un test inopiné à Dortmund, on a trouvé de la nandrolone, un stéroïde cette fois. La fédération britannique allait le blanchir en acceptant de nouveau un plaidoyer de consommation involontaire, mais la Fédération internationale d’athlétisme a jugé que ça suffisait. Elle lui a imposé une suspension de deux ans.

Mitchell et sa dame

Également devant Surin, à Barcelone, il y avait le médaillé de bronze Dennis Mitchell, un Américain qui a été banni en 1998. Des tests ont révélé chez lui un taux anormalement élevé de testostérone. La défense de Mitchell? Il a expliqué que ce niveau inhabituel de testostérone était dû à une soirée bien arrosée la veille, soirée qu’il avait conclue en faisant l’amour quatre fois à son épouse dont c’était l’anniversaire.

Sa matrimoniale assiduité n’a pas convaincu la fédération internationale qui l’a banni à son tour.

Heureusement, Atlanta…

Bruny Surin est allé remporter l’or avec le relais canadien aux Jeux olympiques d’Atlanta en 1996. Comme troisième relayeur, il avait donné un tout autre sens à l’expression aplatir la courbe . Il avait remis le témoin à Donovan Bailey avec une forte avance.

Bruny Surin (à gauche) court le 100 m aux Championnats du monde d'athlétisme de 1999 à Séville, en Espagne.

Bruny Surin (à gauche) a couru le 100 m en 9,84 s le 22 août 1999, à Séville.

Photo : Associated Press / Lionel Cironneau

C’est une forme de consolation pour ce qui reste à mon avis une profonde injustice.

Surin a enlevé la médaille d’argent des Championnats du monde en 1999 en 9,84 s, la meilleure performance canadienne de l’histoire, un record qu’il partage encore 21 ans plus tard avec Donovan Bailey.

Bruny Surin demeure encore aujourd’hui l’un des grands, des très grands athlètes québécois, toutes époques confondues. Mais contrairement à Sylvie Fréchette, l’injustice de Barcelone ne sera jamais réparée.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !