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Souvenirs olympiques : la résilience de Sylvie Fréchette

Sylvie Fréchette lors de la compétition finale à Barcelone en 1992

Sylvie Fréchette lors de la compétition finale à Barcelone en 1992

Photo : La Presse canadienne / Presse Canadienne/Dave Buston

Mariève Bégin

À l'occasion du huitième épisode de Souvenirs olympiques diffusé samedi soir à 18 h 30 (HAE) sur ICI Télé, qui revient sur les épreuves auxquelles Sylvie Fréchette a dû faire face aux Jeux de Barcelone en 1992, Radio-Canada Sports s'entretient avec Penny Vilagos, vice-championne olympique de natation artistique en duo à Barcelone et compatriote de Fréchette.

Q. Qu’est-ce qui vous a marqué de l’histoire de Sylvie Fréchette aux Jeux olympiques de Barcelone?

R. C’était vraiment une tragédie, une tragédie pour Sylvie. On était vraiment sous le choc. C’était un drame. [Le conjoint de Sylvie Fréchette s'est suicidé quelques jours avant son départ pour les Jeux, NDRL.]


Q. Malgré cette tragédie, elle a su donner une excellente prestation dans des circonstances dramatiques. L'on considère même qu'elle a été la meilleure de sa carrière. Vous souvenez-vous de sa performance et comment pensez-vous qu'elle a été capable de la réaliser?

R. Une très belle performance. Je peux vous dire, comme nageuse, que le gros focus en tant qu’athlète est sur la performance parce que c’est ça que l’on contrôle. Et c’est sûr que de performer aux Jeux olympiques, c’est une énorme préparation physique, un dévouement intense. Et plus on approche des Jeux, il y a le côté mental qui vient s’ajouter à ça.

Sans drame, juste le fait d’être prête et de pouvoir performer au mieux de nos capacités aux Olympiques, c’est déjà énorme. Alors, quand on ajoute un élément émotionnel et dramatique comme ça par-dessus, c’est vraiment quelque chose juste de pouvoir performer. Elle a su bien faire son programme. Et comme athlète, c’est vraiment ça l’accomplissement.


Q. Tout a basculé lors de l’épreuve des figures imposées, lorsqu’une juge brésilienne s’est trompée dans son pointage et a enregistré un 8,7 au lieu d’un 9,7. Vous souvenez-vous de ce moment?

R. Oui, je m'en souviens bien parce que j’ai passé devant ce panel de juges seulement quelques nageuses avant elle, alors j’ai attendu pour regarder la performance de Sylvie. Elle a fait ses figures imposées et, ensuite, il y a eu tous ces moments de confusion. Quand on est sur place, c’est difficile de comprendre ce qui se passe, mais par la suite, on a su tous les détails.


Q. La délégation canadienne avait fait une réclamation, qui avait été refusée. Quelle était votre réaction? Est-ce que les athlètes en parlaient beaucoup entre eux?

R. Ç'a été évidemment toute une affaire. Tout le monde était déçu. Quand on prend part à une compétition, on espère que les choses soient justes pour tout le monde. C’est une question de respect pour les compétiteurs. On veut le mieux pour nous, mais on veut que tout soit juste. À ce moment-là, on sentait que c’était injuste et on voulait que ce soit rectifié.


Q. Sylvie Fréchette est restée positive devant les médias tout au long des Jeux, malgré le suicide de son conjoint et l’erreur de pointage. Est-ce qu’elle s’était confiée à vous?

R. C’est sûr que ça a été une période très difficile. Et oui, absolument, on était ensemble et on jasait, mais je peux dire que Julie [Sauvé] et Sylvie étaient très privées au niveau de leurs conversations et de leurs stratégies pour essayer de garder leur concentration sur les performances.

Nous, comme coéquipiers, on était là pour apporter un soutien moral, mais c'est sûr qu’il y avait beaucoup d’éléments hors de son contrôle. On en discutait, elle exprimait ses frustrations et tout, mais je dirais qu'elle a plutôt gardé ça à l’intérieur, en contrôle, parce qu’il ne faut pas oublier qu’il fallait quand même nager à nouveau le programme en finale après ça.

Et c’est ça la difficulté d’une performance olympique : si on perd le contrôle de nos propres émotions, ça va être très difficile de bien performer le lendemain. C’est vraiment intense comme expérience, même sans événement externe. Donc, avec ce qui est arrivé, c’était encore plus difficile.


Q. À votre retour au Canada, vous êtes sorties de l’avion sur un tapis rouge au petit matin, et l’accueil qu’on vous réservait était triomphal. Comment vous sentiez-vous?

R. C’était incroyable de voir toutes les personnes qui avaient suivi les Jeux et tout le monde qui était là pour souligner nos exploits. Ça faisait chaud au cœur de voir comment les gens voulaient exprimer et démontrer leur soutien.

Sylvie Fréchette lors de la remise de sa médaille d'or 16 mois après la compétition

Sylvie Fréchette lors de la remise de sa médaille d'or 16 mois après la compétition

Photo : Radio-Canada / Archives de Radio-Canada


Q. Depuis les Jeux de 1992, quel impact pensez-vous que Sylvie Fréchette a eu sur la natation artistique?

R. Je sais que la demande et l’intérêt pour la nage synchronisée ont augmenté après les Jeux de Barcelone. Les clubs locaux ont pu bénéficier d'un grand nombre de nageuses... et de nageurs! C’était le début d’avoir des nageurs mixtes. Les clubs ont vraiment pu bénéficier de l’intérêt accru pour le sport.


Q. En conclusion, que retenez-vous de ces Jeux olympiques?

R. Ça a été vraiment des beaux Jeux. C’était évidemment des Jeux difficiles d’un côté. Mais si on sort de la nage synchro et qu’on regarde en général, c’était de très beaux Jeux.

C’était les premiers Olympiques depuis de nombreuses années sans boycottage. Il y avait beaucoup de célébrations et de pays qui ont fait de beaux exploits. Il y avait des moments magiques. C’était difficile pour certains, et magique pour d’autres.

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