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Une diversité insuffisante dans les hautes sphères du sport canadien

Ronald Hilaire

L'entraîneur-chef Ronald Hilaire donne des instructions à ses joueurs durant un match de football universitaire au stade Percival-Molson de l'Université McGill.

Photo : Facebook / Redmen de l'Université McGill

CBC

Clayton Pottinger a connu un énorme succès durant 14 ans à titre d'entraîneur de basketball. Ses équipes ont remporté près de 80 % de leurs matchs. L'occasion de diriger une formation au niveau suivant n'est toutefois jamais venue.

L'instructeur noir s'est souvent demandé pourquoi il n'était pas en mesure de grimper les échelons dans son sport.

Je ne connais pas à 100 % les raisons derrière cela. Je ne sais pas si c'était lié au processus d'embauche, mais je ne remets pas ça en cause, a déclaré Pottinger à CBC Sports. J'ai été interviewé pour trois postes, sans les obtenir. On ne parle pas d'une dizaine d'entretiens. C'est arrivé au point où je me suis dit que ça n'allait pas se produire.

Il a finalement décroché, en mars dernier, son premier emploi dans les rangs universitaires canadiens lorsque l'Université de la Colombie-Britannique à Okanagan l'a nommé entraîneur-chef de l'équipe masculine de basketball.

Pottinger, 49 ans, s'est joint à un petit groupe d'instructeurs noirs ayant accédé à l'un des postes de direction dans les sports universitaires au Canada (U Sports).

Les circuits professionnels en Amérique du Nord sont vivement critiqués depuis des décennies en ce qui a trait au manque de diversité dans les postes de direction et d'entraîneur. Une enquête de CBC Sports révèle que le problème est répandu dans les sports canadiens.

Des centaines de postes clés dans les 56 universités au pays faisant partie de l'U Sports ont été examinées par CBC Sports.

Parmi les quelque 400 postes analysés, environ 10 % étaient occupés par des Noirs, des Autochtones ou des personnes issues de différents groupes ethniques (BIPOC). Et seulement 1 des 56 établissements compte un directeur athlétique qui n'est pas blanc.

Vous pouvez aller sur n'importe quel site web de n'importe quelle université, et vous verrez que l'un des cinq principes ou objectifs est la diversité et l'inclusion. Mais vous voyez les chiffres dans nos études, vous voyez les chiffres de [CBC Sports], a dit Richard Lapchick, fondateur et directeur de l'Institut pour la diversité et l'éthique dans le sport.

Basé à l'Université Central Florida, l'institut a été le premier à compiler des données sur les inégalités raciales dans les pratiques d'embauche aux États-Unis.

Nous reconnaissons qu'il faut en faire plus pour offrir de plus grandes occasions d'avancement aux membres des communautés BIPOC.

U Sports

Si vous avez un directeur athlétique blanc et un président d'université blanc, et qu'ils gèrent les embauches clés dans le secteur sportif, les gens qu'ils connaissent sont plus que susceptibles d'être blancs, a expliqué M. Lapchick. Donc, ils se tourneront vers eux dans le processus de sélection.

La mort de George Floyd à Minneapolis, en mai, a forcé les gens à s'interroger sur les inégalités raciales dans la vie quotidienne en Amérique du Nord. De grandes manifestations ont eu lieu dans les rues de partout sur le globe pour demander la fin du racisme systémique.

Nombre d'entreprises et organisations, dont CBC/Radio-Canada, ont dû reconnaître un manque de diversité parmi la haute direction, tout en luttant contre le racisme systémique dans leur manière de mener leurs affaires à l'interne et à l'externe.

Le monde du sport n'y a pas échappé.

Les ligues condamnent le racisme

À la suite de la mort de George Floyd, les ligues professionnelles en Amérique du Nord ont rédigé des déclarations pour condamner le racisme, promettant de faire mieux. Les joueurs ont exigé des changements.

Des circuits comme la Ligue nationale de football, où 70 % des joueurs sont noirs ou de couleur, ont promis qu'ils en feraient davantage pour que cela se reflète dans le personnel d'entraîneurs et la direction.

Clayton Pottinger considère qu'au Canada, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. L'Université de la Colombie-Britannique à Okanagan est l'un des trois seuls établissements au pays à employer un entraîneur-chef noir pour ses équipes masculine et féminine (Bobby Mitchell) de basketball.

On ne considère pas nécessairement que les personnes de couleur ont ces compétences. Nous pouvons réussir nos tirs, faire des paniers, réaliser des jeux défensifs. Mais si l'on parle de diriger une équipe, je pense qu'il y a toujours des interrogations à savoir si l'on peut le faire ou non.

Clayton Pottinger, entraîneur-chef du programme de basketball masculin du Heat de l'Université de la Colombie-Britannique à Okanagan

CBC Sports a présenté les statistiques compilées aux responsables de l'U Sports et des quatre associations universitaires au Canada. Aucun des groupes n'a rejeté ni contesté les résultats. Il semble toutefois qu'ils en ont fait peu pour suivre les différentes embauches des universités.

Dans le sport universitaire américain, la NCAA gère une base de données qui permet de suivre les données démographiques des étudiants-athlètes, des entraîneurs et des administrateurs.

Ce n'est pas le cas avec l'U Sports.

Tous les gestionnaires de sports universitaires canadiens ont reconnu qu'il y avait du travail à faire en matière de diversité dans les postes de direction. Cependant, les responsables de l'U Sports ont soutenu qu'ils sont impuissants pour changer les choses.

L'un de nos principes clés est la liberté institutionnelle, et l'embauche est basée sur les politiques des ressources humaines des universités, conformément aux lois provinciales du travail, a dit l'organisation dans un communiqué.

L'embauche de directeurs athlétiques ou d'entraîneurs et d'assistants sportifs se fait selon les politiques et les pratiques de nos institutions et, à ce titre, les Sports universitaires de l'Atlantique (SUA) n'ont aucun contrôle direct sur ce processus, a indiqué le directeur général des SUA, Phil Currie.

Les conclusions sur le nombre d'entraîneurs-chefs des communautés BIPOC le démontrent, et nous reconnaissons que ces chiffres ne sont pas ce qu'ils devraient être, a-t-il ajouté.

Le manque de diversité est tout aussi flagrant parmi les principales institutions olympiques au pays.

CBS Sports a examiné le conseil d'administration du Comité olympique canadien (COC) et de sept des plus importantes fédérations sportives nationales : l'athlétisme, le basketball, le hockey, la natation, le patinage, le soccer et le volleyball.

Parmi eux, une centaine de membres des conseils d'administration sont chargés de représenter des milliers d'athlètes. Et seuls sept de ces postes clés sont occupés par une personne des communautés BIPOC.

Notre réflexion à la suite des événements du dernier mois nous confirme que, même si nous avons fait des progrès importants dans la diversité et l'inclusion, nous devons faire plus, a mentionné le COC par écrit à CBC Sports.

Bien que notre conseil d'administration reflète la diversité selon certains critères importants, comme le sexe, les LGBTQ+, la langue, etc., il ne fait aucun doute que nous avons un travail considérable à faire pour accroître la représentativité des communautés BIPOC dans notre conseil d'administration, a confié le COC.

Les organisations sportives nationales contactées par CBC Sports ont dans l'ensemble reconnu les lacunes dans la composition de leur conseil d'administration.

Athlétisme Canada a indiqué être probablement le sport le plus inclusif au Canada, mais a avoué que son conseil d'administration devait mieux représenter ce à quoi ressemble son sport sur le terrain.

Basketball Canada a également reconnu un grand écart entre les joueurs et les décideurs.

Nos équipes nationales de basketball sont parmi les plus diversifiées sur le plan ethnique dans notre pays. Cependant, nous reconnaissons qu'à l'extérieur du terrain, notre organisation a encore du travail à faire dans les postes de direction.

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