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Front commun des entraîneurs au football universitaire contre l’U Sports

Brad Collinson

Brad Collinson

Photo : Facebook / Brad Collinson

Le refus de l’U Sports de hausser l’âge maximal de 24 à 25 ans pour jouer au football universitaire canadien est fortement décrié par l'ensemble des entraîneurs-chefs au pays et par les associations membres de l'instance.

Malgré une recommandation unanime du comité technique, spécialement créé pour guider l’U Sports sur les questions liées au football, d’accorder une dérogation à la totalité des joueurs qui seront touchés par la situation de la COVID-19 au cours des prochaines saisons, l’organisation a opté jeudi pour un statu quo en se basant sur un avis juridique.

Le conseil d’administration, qui est composé de huit membres, soit autant de directeurs athlétiques que de présidents d'université, n’a pas voulu courir le risque de perdre son règlement de l’âge maximal à 24 ans (avant le 1er septembre) ad vitam æternam. La manœuvre aurait pu être irréversible, dit le document juridique de 13 pages, commandé par l’U Sports, sur les effets à long terme d’une telle exception.

On est dans un contexte de mesures exceptionnelles, il faut être capables de répondre par des mesures exceptionnelles […] C'est déjà très stressant présentement pour l'ensemble des étudiants-athlètes de ne pas savoir ce qui s'en vient […] Dans cette optique, on se questionne sur cette décision.

Gustave Roel, président-directeur général du Réseau du sport étudiant du Québec

On est un peu surpris de ce contexte-là, notamment sur le fait que, depuis le 13 mars, on essaie de réduire le plus possible les impacts [du nouveau coronavirus] auprès des étudiants-athlètes. L’impact est important pour un certain nombre d’entre eux, explique l'homme à la tête du RSEQ.

Quelque 300 joueurs de football sur la scène nationale seront effectivement touchés, dont un maximum d’à peu près 45 provient du Québec, affirme Gustave Roel, avant d’ajouter que ça peut jouer entre 30 et 45 étudiants-athlètes.

Je ne comprends pas le raisonnement derrière cette décision. Les Sports universitaires de l'Ontario (SUO) soutiendront tout changement à ce règlement, a laissé savoir le directeur général des SUO, Gord Grace, dans une récente publication sur Twitter.

Même son de cloche en ce qui concerne les entraîneurs-chefs des 27 programmes de football universitaire au Canada, qui ont endossé la recommandation du comité technique.

Tu ne peux pas prendre une décision comme ça, sans penser aux jeunes, de la manière que ça va les affecter, s’insurge Brad Collinson, des Stingers de l'Université Concordia. Nous, on les voit les jeunes, chaque jour. C’est nous, les coachs, qui les voyons, pas ceux à l’U Sports. Ils ne voient pas l’effet que ça fait aux joueurs, mentalement, c’est difficile.

Brad Collinson

Brad Collinson

Photo : Facebook / Brad Collinson

Démission et grogne populaire

Profondément contrarié, l’entraîneur-chef des Golden Bears de l’Université de l’Alberta, Chris Morris, a démissionné de son poste de président de l’Association des entraîneurs au football universitaire canadien (CUFCA), en prenant le soin de dire qu’à l’avenir, il ne travaillerait plus parmi le comité technique, inutile aux yeux de l'U Sports, selon lui.

La CUFCA dénonce fermement la décision prise par le conseil d’administration de l’U Sports et considère que l’instance ne représente pas les étudiants-athlètes concernés dans leurs intérêts supérieurs et a abandonné nombre de principes de longue date du sport universitaire canadien, écrit Morris dans une lettre ouverte, qui a mis un terme à son mandat dimanche, au nom de la CUFCA.

L'association désapprouve catégoriquement un manque d’empathie, de compassion et de volonté à soutenir nos étudiants-athlètes durant ces temps difficiles.

La CUFCA demande formellement que l’U Sports rouvre ce dossier afin qu’il y ait un examen plus approfondi pour qu’une solution plus éthique, axée sur la compassion et au centre des intérêts des étudiants-athlètes, soit peut-être trouvée, disent Morris et ses 26 collègues.

L'instructeur des Stingers s’interroge à son tour sur la valeur réelle du comité technique aux yeux de l’U Sports.

L’U Sports a engagé quelqu’un pour seulement s’occuper du football, Richard MacLean, embauché juste pour ça, pour être dans ce comité, discuter des décisions de football. Il a été président de Football Canada, il a beaucoup d’expérience là-dedans. Si tu engages quelqu’un pour faire un comité, prendre des décisions et faire des recommandations, mais que tu ne les suis pas… Je me pose la question, pourquoi payes-tu quelqu’un à temps plein pour ça, si tu ne respectes pas les décisions qui sortent du comité? Je ne comprends pas.

Brad Collinson, entraîneur-chef des Stingers de l'Université Concordia

Collinson se dit déçu du dénouement qui touche toute l’équipe, les finissants à court terme, mais aussi d’autres joueurs parmi les prochaines cohortes qui seront amputés d’une saison universitaire au bout du compte.

Les entraîneurs-chefs disent comprendre pourquoi le règlement a été instauré il y a une dizaine d’années, certaines équipes affichant une moyenne d’âge supérieure à la mi-vingtaine, ce qui compromettait largement le rapport de force avec leurs rivaux sur le rendement collectif.

Chérif Nicolas

Chérif Nicolas (centre) a obtenu avant la saison 2019 une prolongation de contrat jusqu'en 2021.

Photo : Gaiters de l'Université Bishop's

C’était une question d’équité et de ne pas transformer les universités en écoles de football, garder ça pour des étudiants-athlètes qui visent d’obtenir un diplôme, que ça demeure du sport étudiant, indique Chérif Nicolas, des Gaiters de l'Université Bishop's.

Collinson, Nicolas et bien d'autres ont toutefois sourcillé lorsque l’U Sports a laissé entendre que sa décision repose principalement sur le fait que creuser l’écart entre les recrues et les finissants pourrait avoir des conséquences néfastes sur la santé et la sécurité des plus jeunes.

C’est quoi, la différence, avec un joueur qui aura 25 ans pendant la saison? S’il a 25 ans le 5 septembre, il jouera toute la saison à 25 ans. C’est quoi, la différence? Je n’y crois pas, lance le premier.

Si l’entraîneur décide de mettre un joueur de 18, 19 ou 20 ans sur le terrain, c’est parce qu’il sent que ce joueur-là est prêt à jouer et à affronter des joueurs de 23 ou 24 ans. On voit des hockeyeurs dans la LNH qui jouent à 18 ans, alors qu’ils affrontent des joueurs de 28 ans dans un sport de contact, renchérit le second.

De l’incompréhension chez les joueurs

Tôt vendredi matin, au lendemain de l’annonce de l’U Sports, joueurs et instructeurs des Stingers se sont retrouvés sur le terrain pour un entraînement d’équipe. L’entraîneur s’y attendait, la déception était palpable chez ses protégés.

J’ai parlé avec des joueurs jeudi et de vive voix vendredi. C’est dur pour eux de garder le moral, ça les touche, ils rêvent de jouer leur cinquième année ou leur quatrième s’ils ont 24 ans, mentionne Collinson. Se faire dire que tu ne peux pas, que ta carrière universitaire est finie à cause d’une pandémie… Ils ne comprennent pas.

Noah Domingue et Jordan Hurley

Noah Domingue (no 63) et Jordan Hurley (no 69)

Photo : Stingers de l'Université Concordia / Egidio Perugini

C’est dur de croire qu’il y a des gens qui ont pris cette décision sans penser à l’athlète, se questionne-t-il. On veut tous que ces joueurs aient une expérience incroyable à l’université. Mais s’ils gardent cette décision, leur parcours va se terminer sur une mauvaise note, c’est sûr et certain.

Dès que j’ai appris la nouvelle, j‘ai immédiatement contacté ces joueurs qui sont affectés, qui sont en grand nombre, mais les plus touchés, ce sont ceux qui n’ont plus d’admissibilité après 2020. Si l'on ne joue pas, ils ont terminé leur carrière sans le savoir, sans avoir su que c’était leur dernier match, leur dernier entraînement… Ce sont de grands moments, sans non plus avoir eu l’occasion d’être présentés [aux supporteurs] au Senior Day. Ce sont des expériences qu’on leur enlève. C’est ça qui est décevant pour moi.

Chérif Nicolas, entraîneur-chef des Gaiters de l'Université Bishop's

Les Gaiters lorgnent le RSEQ

Pandémie de COVID-19 oblige, trois des quatre associations de sports universitaires au pays, soit de l’Atlantique, de l’Ontario et de l’Ouest, ont été forcées de tirer un trait sur le reste du calendrier 2020, annulant du coup les saisons de football qui devaient se dérouler cet automne, de même que la Coupe Vanier.

Seul de son côté, le RSEQ n’a pas encore annoncé ses couleurs à cet effet. Il se donne jusqu’au 31 août pour faire connaître sa décision, selon un communiqué du 2 juillet.

Les Gaiters ont un intérêt certain à renouer avec le circuit québécois s’il lance une campagne en 2020, Chérif Nicolas ne s'en cache pas, mais s’en remet à la haute direction de l’Université Bishop’s pour la gestion de ce dossier, qui pourrait ne jamais voir le jour.

Ça fait partie des discussions qu'on a lors des réunions hebdomadaires du RSEQ avec les directeurs athlétiques des universités de la province, la prochaine étant prévue le 14 juillet, confirme Gustave Roel.

On sent qu'il y a un intérêt [des Gaiters], de toute façon, présentement, il n'y a pas une autre offre de service possible pour eux que celle du RSEQ […] L'Université Bishop's y réfléchit sérieusement, conclut le PDG du RSEQ.

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