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Souvenirs olympiques : la consécration de Gaétan Boucher

Gaétan Boucher lors des Jeux olympiques de Sarajevo en 1984

Gaétan Boucher lors des Jeux olympiques de Sarajevo en 1984

Photo : La Presse canadienne / Presse canadienne/Doug Ball

Michel Chabot

À l'occasion du septième épisode de Souvenirs olympiques diffusé samedi soir à 18 h 30 (HAE) sur ICI Télé, qui revient sur les trois médailles, dont deux d’or, remportées par Gaétan Boucher aux Jeux de Sarajevo en 1984, Radio-Canada Sports s'entretient avec Robert Dubreuil, ancien patineur de vitesse, athlète olympique et bon ami du champion.

Q. Robert, tout d’abord, globalement, que retiens-tu des performances de Gaétan à ces Jeux?

R. Ç’a été l’apothéose pour un très grand athlète. Il méritait ce qui est arrivé, il n’y a eu aucun hasard. Il a donné toute sa jeunesse et toute son adolescence à l’entraînement et à la compétition. C’est le A+ qu’il méritait dans ses examens.


Q. Tu es un grand admirateur de la carrière de Gaétan, tu connais les chronos de ses courses par cœur, mais tu étais bien jeune à l’époque des JO de Sarajevo. Que gardes-tu comme souvenir avant ces Jeux?

R. J’avais 16 ans et Gaétan était évidemment une idole. J’étais au sein de l’équipe nationale junior en longue piste et chez les seniors en courte piste. À ce moment-là, je suis aux Championnats canadiens seniors dans l’ouest du pays et je me souviens d’avoir vu les trois courses à la télévision.

Avant, ma conjointe Ariane Loignon, qui faisait du longue piste à l’époque, m’avait écrit des lettres dans lesquelles elle me disait que Gaétan était carrément en feu à l’automne et que sa blessure à la cheville du printemps 1983 ne semblait pas le déranger.

Alors, j’anticipais tout ça, je voyais le crescendo qui se dessinait. Je l’avais vu en personne aux sélections olympiques en décembre à Québec. Il avait prédit ses deux médailles d’or, c’était un peu irréel. Sans trop s’en apercevoir, il était en train de se bâtir la confiance nécessaire pour exploser.


Q. Sa première course, le 500 m, allait dicter le reste des compétitions, disait-il à ce moment-là. Il voulait courir pour le plaisir, sans objectif de résultat. Et il a réussi à monter sur le podium d’une épreuve qui n’était pas sa meilleure. C’est remarquable, non?

R. Il l’avait dit, ce n’était pas son objectif. Il était avant tout un patineur de 1000 m, un des meilleurs de tous les temps. Il était aussi un excellent patineur de son époque au 1500 m. Au 500 m, ça pouvait varier. Il était très compétitif dans plusieurs Championnats du monde de sprint, mais ce n’était clairement pas sa meilleure course. Il pouvait aller chercher une médaille, il était toujours parmi les 10 meilleurs au monde.

Quand le 500 m est arrivé, j’espérais qu’il ne termine pas 4e ou 5e, et que ce soit frustrant. Finalement, avec la 3e place, devant deux Américains, c’était clair pour moi qu’il allait connaître de grands Jeux après ça. Je ne voyais pas comment il pouvait échapper le 1000 m en patinant aussi bien au 500.

Gaétan Boucher lors des Jeux olympiques de Sarajevo en 1984

Gaétan Boucher lors des Jeux olympiques de Sarajevo en 1984

Photo : La Presse canadienne / Presse canadienne


Q. Surtout qu’il avait dominé ses rivaux tout au long de la saison par une seconde sur 1000 m et il avait aussi été le plus fort au 1500. Et dans ces deux distances-là, il a battu son grand rival, le Russe Sergeï Khlebnikov. C’était une confrontation attendue, n’est-ce pas?

R. On se reporte à l’époque, 1984, les Jeux en Yougoslavie, un pays du bloc de l’Est. Les principaux adversaires de Gaétan étaient de ces pays-là, dont l’Union soviétique. Alors, le gros Khlebnikov, parce qu’il était gros et grand, contrairement à Gaétan, il était très impressionnant, large comme deux patineurs, grosse moustache, gros Russe. Et le petit Canadien français avait quand même un physique tassé dur comme on disait. Il était musculaire et c’était tout un athlète. À l’écran, il ne semblait pas faire le poids physiquement, mais sa technique et sa détermination étaient supérieures.

Et c’est à coups de belles glisses, à chaque poussée, avec efficacité que c’est arrivé, grâce à tout l’entraînement qu’il pouvait faire, Gaétan s’est toujours entraîné au maximum de ses capacités pendant 15 ans avant ces Jeux-là. Alors, les astres se sont alignés. En termes de patin, il a démoli Khlebnikov. Remporter la course par presque une seconde au 1000 m, c’est sans équivoque.


Q. Après cette course, Gaétan, habituellement si humble, a reconnu qu’il méritait cette victoire, qu’il avait enfin prouvé être le meilleur. Ça sortait de l’ordinaire, non?

R. Il n’y a pas tant de moments de succès olympiques comme ça dans le sport québécois. Marc Gagnon et, plus récemment, Mikaël Kingsbury ont aussi dominé leur sport durant leur carrière. Et quand c’est le temps, il faut gagner l’épreuve. C’est une pression immense, peu importe le sport. Et ces athlètes-là sont en mission. Pour Gaétan, c’était mission accomplie, d’où sa réaction hors de l’ordinaire par rapport à lui-même. Il extériorisait sa satisfaction de cette façon-là.

Gaétan Boucher et ses trois médailles remportées aux Jeux olympiques de Sarajevo

Gaétan Boucher et ses trois médailles remportées aux Jeux olympiques de Sarajevo

Photo : La Presse canadienne / Presse canadienne/Doug ball


Q. Après cette première médaille d’or, il n’était plus sûr de remporter la deuxième. Pourquoi selon toi?

R. Il commençait peut-être à ressentir les effets d’un début de grippe. Après sa victoire au 1500 , Gaétan est tombé malade et a raté les Championnats du monde toutes distances quelques semaines après les Jeux. Mais peut-être aussi qu’il avait été tellement haut après le 1000 m que dans les heures qui ont suivi, émotionnellement, un humain ne peut pas continuer avec autant d’intensité. Est-ce que c’était un doute profond ou passager? Je n’en sais rien. Chose certaine, il faisait plus de 1000 que de 1500 m.

Féru de statistiques, il a peut-être vu qu’il avait participé à moins de 1500 m et il a peut-être commencé à analyser et sa confiance a baissé d’un cran. Mais au moment d’amorcer sa course, sa confiance était revenue. De la façon qu’il est parti, il n’allait pas là pour finir 4e, mais pour gagner. Son dernier tour a été plus difficile et Gaétan a puisé au fond de ses ressources pour ne pas perdre son avance.


Q. C’était vraiment son année et, après les JO, il est allé triompher aux mondiaux de sprint. C’est un exploit qui a dû lui faire autant plaisir?

R. Il avait déjà fini deux fois au 2e rang et il était vraiment mûr pour remporter le titre. Malheureusement, après trois des quatre courses, Gaétan est à 47 centièmes de secondes de Khlebnikov, son éternel rival. Il doit donc le battre par près d’une demi-seconde dans le dernier 1000 m, chose qu’il avait déjà faite à Sarajevo. Il a finalement remporté une victoire exceptionnelle, si je ne m’abuse par 49 centièmes, et gagner le titre par une infime marge, peut-être la plus petite de l’histoire. Cet hiver-là, Gaétan régnait sur son sport et est devenu un héros national.


Q. Il a pris sa retraite il y a plus de 30 ans, mais qu’est-ce que Gaétan Boucher a laissé comme héritage au patinage de vitesse?

R. C’est un héritage grandiose. Ça permet aux patineurs de rêver. Avant lui, personne ne l’avait fait. Après Gaétan, tout est possible. Évidemment, ça prend plus qu’un rêve pour accomplir autant. Ça prend une détermination au quotidien, ça prend du talent, du travail, du soutien. Il y a beaucoup de facteurs. Il a fait connaître notre sport également et amené plusieurs générations de patineurs à y croire.

Il y a un peu de Gaétan dans chaque succès canadien même si depuis il y a eu d’autres héros : Cindy Klassen, Catriona Le May Doan, Jeremy Wotherspoon. On en a eu plein qui ont fait rêver les jeunes, mais Gaétan a été le pionnier de notre sport et plusieurs l’appelaient à l’époque le Maurice Richard du sport amateur.

Ça veut tout dire!


Q. Ton fils Laurent s’en inspire aussi?

R. Je ne comparerais pas leurs carrières, Laurent a encore beaucoup de succès à obtenir pour se rapprocher de lui. Néanmoins, ses récents succès, comme sa 2e place aux Championnats mondiaux de sprint l’hiver dernier, ont ramené les succès de Gaétan à nos mémoires. Et ce que je vois chez mon fils, c’est justement cette détermination, ces objectifs qu’il se fixe et sa persévérance quotidienne pour aller chercher des victoires.

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