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Décision unanime des boxeurs contre la santé publique

Des gants de boxe déposés sur un ring.

Des gants de boxe déposés sur un ring.

Photo : Getty Images

Jean-François Chabot

Au lendemain de la sortie des promoteurs et des entraîneurs face au maintien du confinement de la boxe par la santé publique du Québec, de nombreux pugilistes s’insurgent à leur tour.

Radio-Canada Sports a recueilli le point de vue de nombreux athlètes, débutants ou aguerris, et d'entraîneurs qui ont bien voulu s’exprimer sur les conséquences personnelles qui découlent de la décision, apparemment unilatérale, du gouvernement.

Marie-Eve Dicaire, Jean Pascal, David Lemieux, Mikaël Zewski, Marie-Pier Houle, Ariane Fortin-Brochu, Danielle Bouchard, Lexson Mathieu, Samuel Drolet-Décarie... Tous et toutes s’entendent sur le sentiment d’incompréhension totale lié au fait d’assister à la relance de tant d’autres sports et de pans complets de la vie en société, sans que le leur puisse être réactivé.

Voici donc un coup d’œil sur les déclarations les plus percutantes de chacun des participants à ce micro-trottoir impromptu.

Marie-Eve Dicaire après son combat contre Ogleidis Suarez

Marie-Eve Dicaire

Photo : Radio-Canada / Martin Labbe

Marie-Eve Dicaire (17-0), championne des super-moyennes de l'IBF

C'est une décision qui ne fait aucun sens d'autant plus que l'on permet les autres sports professionnels. Lorsqu'un événement est tenu à huis clos, seulement 2 individus (les combattants) ne respecteront pas les mesures de distanciation sociale, mais ils seront testés avant l'événement.

Or, lors d'un match de soccer ou de hockey, on parle de plus de 50 individus sans masque et à l'intérieur d'un rayon de 2 mètres. Où est la logique là-dedans?

Ne pas permettre le retour de la boxe professionnelle avant l'arrivée d'un vaccin serait extrêmement coûteux pour de nombreuses carrières prometteuses.

David Lemieux (41-4, 34 K.-O.), champion WBC international des moyens

Je trouve ça insultant. Ce n’est pas qu’une affaire de sport ou de santé publique. Ç’a à voir avec la vie et la carrière des athlètes.

Je m’entraîne depuis l’âge de 9 ans. Je boxe depuis maintenant 22 ans. Et là, on scelle le coffre avec de gros clous. On me met des bâtons dans les roues. Ma base reste le Québec, même si je fais beaucoup de combats à l’international.

Ça fait encore plus mal pour les jeunes vedettes qui montent. Pour ma part, je peux me battre pas mal n’importe où parce que mon nom est fait aux États-Unis. Si on me demandait de prendre la parole pour défendre mon sport, je le ferais. Ce serait triste de voir certains perdre leur carrière à cause d’une surprotection.

Si je pouvais parler au Dr Arruda, je lui rappellerais que sa décision risque d’affecter plusieurs carrières et qu’il devrait donc faire attention.

Ariane Fortin-Brochu

Ariane Fortin-Brochu

Photo : Radio-Canada / Justine Roberge

Ariane Fortin-Brochu, présidente de Boxe Québec et double championne du monde amateur

On a bien progressé avec la première phase du déconfinement amorcée le 22 juin… (ouverture des gymnases avec l'entraînement à distance sans contact). Conjointement avec les autres fédérations de sport de combat, on s’est mis d’accord pour modifier la phase 2, qui permettrait les combats simulés et les frappes dans les mitaines, le tout en sous-groupes de 4 personnes ou moins. La phase suivante permettrait un retour à l'entraînement complet, sans limite de participants.

La phase ultime devrait mener au retour des compétitions. On a déposé ça il y a une semaine, mais on n’a pas eu de nouvelles. C’est entre les mains de la santé publique.

C’est frustrant, parce qu’on ne comprend pas la logique derrière ce choix. Difficile de ne pas y voir un préjugé contre la boxe et les sports de combat.

Dans les 20 dernières années, nous ne sommes que quatre Québécois à être allés aux Jeux olympiques [Ariane Fortin-Brochu, Jean Pascal, Benoît Gaudet, Simon Keane, NDLR]. C’est la raison pour laquelle la boxe professionnelle devient une finalité en soi pour beaucoup de jeunes athlètes. C’est ce qui les motive à avoir de bonnes habitudes de vie, à s’entraîner fort, à être dans le gym et à être rigoureux. Si on leur enlève ça, on va briser la carrière de jeunes athlètes et on va perdre notre relève. Ça prendrait du temps à reconstruire ça.

Gros plan de Jean Pascal portant des lunettes fumées rondes.

Jean Pascal

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Jean Pascal, (35-6-1, 20 K.-O.), champion de la WBA des mi-lourds

C’est totalement incompréhensible et injuste. Il y a des gens qui vivent de la boxe. Ça prive carrément les boxeurs et les entraîneurs de leur salaire. Alors si on interdit la boxe, il devra y avoir une compensation parce qu’ils n’auront plus les moyens de mettre de la nourriture sur la table.

Il y a anguille sous roche si la santé publique n’a même pas pris la peine de consulter la Régie (des alcools, des courses et des jeux) qui chapeaute les sports de combat au Québec. Je pense qu’il y a un problème et que le ministre ou les personnes responsables ne font pas bien leur travail.

Je ne prends pas la parole pour moi. Je suis vers la fin de ma carrière. Je suis déjà bien établi et bien nanti. Je parle pour les jeunes moins nantis, ceux qui représentent notre futur. Je veux qu’il y ait d’autres Jean Pascal qui feront rayonner le Québec dans le monde entier.

Mikaël Zewski sourit et affiche fièrement ses deux ceintures.

Le boxeur trifluvien Mikaël Zewski

Photo : @mikaelzewski/instagram

Mikaël Zewski (34-1, 23 K.-O.), champion des mi-moyens de la NABF et de la NABO

Je trouve ça injuste surtout parce que c’est de l’incompréhension. Je suis convaincu que les autorités sont compétentes, mais je trouve qu’il y a un peu de zèle à savoir si c’est plus dangereux de s’entraîner à la boxe quand ce sont des individus en pleine forme versus les gens qui vont dans les bars en se suivant les uns collés sur les autres, à danser et à se postillonner dans le visage.

La boxe doit s’unir, tout le monde ensemble. Ils [la santé publique, NDLR] n’auraient pas fait subir ça au hockey parce que c’est une institution au Québec et au Canada. C’est important que ceux pour qui la boxe est importante, comme moi ou comme les amateurs, se lèvent par rapport à ça.

La boxe au Québec, c’est une assurance de savoir que tu vas te battre plusieurs fois par année, alors que maintenant, on dépend complètement des Américains. Sauf que tous les boxeurs du monde veulent y aller parce que c’est la seule place où on peut le faire.

De mon côté, il y a eu des pourparlers. J’ai déjà accepté un combat là-bas. J’attends un contrat de façon imminente. On parlait du début août. Je suis à l’entraînement à 100 %. J’attends juste de voir le contrat pour pouvoir vraiment dire on y va.

Marie-Pier Houle (2-0-1, 1 K.-O.), mi-moyenne

Depuis hier (mercredi), je suis enragée noir! Je trouve que cette histoire ne fait absolument aucun sens. Je ne sais pas ce qu’Eye of the Tiger a présenté comme protocole, mais si c’est le même que Top Rank, franchement, il n’y a aucun risque de contamination.

Tu ne peux pas empêcher la tenue de sports de combat pendant qu’au hockey et au soccer, tout le monde est assis sur un banc, ça crache partout et qu’il y a du contact qu’on le veuille ou pas.

Les propriétaires de gym sont allés manifester devant le parlement. La semaine d’après, les gyms ont rouvert. Si tu me dis qu’on part à la guerre, j’embarque! Je travaille quand même dans le milieu de la santé [thérapeute en réadaptation physique, NDLR]. Je suis donc consciente de l’incidence de la pandémie.

La communauté des sports de combat doit se regrouper pour essayer de faire valoir à quel point la situation ne fait pas de sens. J’ai déjà eu trois combats annulés (au Casino de Montréal). Ç’a une grosse incidence au niveau financier aussi. Le fait d’être arrêtée, les commanditaires arrêtent aussi.

Lexson Mathieu (8-0, 7 K.-O.), champion des super-moyens juniors de la NABF

Au Québec, on est plus réglementés qu’ailleurs, ce n’est pas nouveau. Le gouvernement nous restreint. Mon promoteur (Eye of the Tiger Management) et mon équipe on ne va pas se laisser faire.

(La situation actuelle) détruit mon métier. Comme si mon métier n’existait plus au Québec. Comme si je ne pourrais plus faire ce que j’ai fait et peaufiné toute ma vie. Ça veut dire que le Québec ne sera plus une place pour moi si ça continue de même.

On va songer à boxer ailleurs au Canada ou aux États-Unis. Je sais que j’aurais quand même l’appui des Québécois. Avant la pandémie, on avait prévu boxer au Centre Vidéotron. C’est un truc que j’avais vraiment hâte de faire. C’était un must pour moi, ici, à Québec.

J’ai vraiment l’impression d’être en train de passer à côté de quelque chose, à cause de décisions prises par des gens que je ne connais même pas et qui ont du pouvoir sur ma vie. Ces affaires-là, j’aime pas ça, comme le pouvoir dans les mains d’autres personnes. Et ne pas avoir un mot à dire. Je vais peut-être prendre mes cliques pis mes claques et aller faire ce que j’ai à faire… ailleurs.

Dans la photo : Stéphane Harnois, Marie-Eve Dicaire et Samuel Décarie-Drolet

Les entraîneurs de Marie-Eve Dicaire, Stéphane Harnois et Samuel Drolet-Décarie

Photo : Radio-Canada / Martin Labbé

Samuel Drolet-Décarie, entraîneur

Mon discours est partagé parce que je crois que tout le monde essaie de faire du mieux qu’il peut. Mais je trouve dommage qu’ils s’apprêtent à ouvrir les parcs aquatiques ou qu’ils aient toléré certains rassemblements de masse. C’est plus dangereux d’être au milieu de dizaines de milliers d’individus que d’aller à un combat de boxe où les gens ont été testés et où il y a des mesures préventives.

Pour les entraîneurs, la boxe c’est notre gagne-pain. C’est difficile d’avoir accès aux différentes ressources que le gouvernement a offertes. Je n’ai pas pu prendre la PCU parce que j’ai un petit boulot d’appoint pour m’assurer d’avoir toujours un chèque qui rentre de manière constante.

Je fais une trentaine d’heures par semaine, mais je dois continuer à œuvrer en gymnase au cas où le téléphone sonne. Il faudra que nos boxeurs soient prêts. Sauf qu’en attendant, je fais du bénévolat parce qu’on n’a pas de date de combats, et qu’au Québec, on ne sait pas quand la boxe sera déconfinée. En agissant ainsi, ils nous enlèvent notre pain et c’est là que ça devient problématique.

Kim Clavel et son entraîneuse Danielle Bouchard

Kim Clavel et son entraîneuse Danielle Bouchard

Photo : Radio-Canada / Jean-François Chabot

Danielle Bouchard, entraîneuse de Kim Clavel

Je suis vraiment déçue. Je pense qu’on minimise les effets collatéraux que cela peut avoir sur l’ensemble de l’industrie de la boxe et pas seulement chez les professionnels, parce que ça déboule chez les amateurs. Il y a une méconnaissance de notre sport.

La boxe professionnelle est déjà ce qu’il y a de plus sécuritaire pour l’athlète. En ce moment, Kim doit se soumettre à une batterie de tests que tous les boxeurs doivent faire chaque année pour avoir leur licence. Et en plus, il y a maintenant les tests pour la COVID.

Comment se fait-il que des tournois de boxe amateur aient présentement lieu en Europe? Comment se fait-il que Top Rank présente deux spectacles par semaine à Las Vegas?

Une carrière dans la vie d’un athlète, c’est court. En boxe professionnelle, il y a des années charnières, des années où tu es peut-être en fin de carrière et tes deux dernières années sont hyper importantes. Il y a ceux qui s’approchent d’un championnat du monde. Ça retarde le processus. Et il ne faut pas se cacher que financièrement, c’est une catastrophe!

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