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chronique

La convention de la LNH, le dernier tour de piste de Donald Fehr?

Donald Fehr

Donald Fehr

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Lorsqu’on lit en dessous des lignes , comme le disait si bien le légendaire Claude Ruel, on peut tirer d’intéressantes conclusions de la nouvelle convention collective que s’apprêtent à entériner les joueurs et propriétaires de la LNH.

Dans la plupart des médias, on souligne ces jours-ci l’extraordinaire esprit de collaboration démontré par les propriétaires et l’Association des joueurs (AJLNH) pour convenir d’un nouveau contrat de travail en pleine période de pandémie. D’autant plus que la convention collective en vigueur ne devait se terminer qu’en 2022.

D’un point de vue historique, le résultat de cette négociation est certainement intéressant. D’un point de vue pratique, cependant, les grandes lignes de cette nouvelle convention démontrent que les joueurs, une fois de plus, ne disposaient d’aucun rapport de force et se sont contentés de limiter les dégâts.


Il faut remonter jusqu’à la fin des années 1980 pour retrouver la dernière fois où la LNH et ses joueurs s’étaient entendus sur de nouvelles conditions de travail sans déclencher de conflit.

À cette époque, les négociations étaient toutefois beaucoup plus faciles pour les propriétaires puisque le directeur administratif de l’Association des joueurs, Allan Eagleson, représentait surtout les intérêts... des propriétaires.

Quand Eagleson s’est retrouvé en prison pour avoir fraudé ses mandants et que Bob Goodenow a été nommé directeur administratif de l’AJLNH, les négociations entre joueurs et propriétaires sont immédiatement devenues plus corsées.

Les joueurs ont déclenché leur première et seule grève en 1992, juste avant le début des séries éliminatoires. Elle n’a duré que 10 jours et ils ont fait des gains appréciables. Les propriétaires se sont toutefois repris en déclenchant trois lock-out successifs, tous pilotés par Gary Bettman, en 1995, 2004 et 2012.


Pour les joueurs, les lock-out de 2004 et 2012 se sont avérés particulièrement dévastateurs.

En 2004, les joueurs s’opposaient à l’imposition d’un plafond salarial. Impatients et inquiets (parce que leurs carrières sont courtes) après l’annulation de la saison 2004-2005, certains joueurs et leurs agents ont tassé Bob Goodenow pour le remplacer par un homme de paille, Ted Saskin. Ils se sont ensuite retrouvés menottés par le plafond salarial le plus rigide du sport professionnel nord-américain.

Il tient un point de presse.

Au centre, Donald Fehr, directeur administratif de l'Association des joueurs de la LNH, lors du lock-out de 2012

Photo : Reuters / ERIC THAYER

Puis, en 2012, alors que Donald Fehr venait à peine d’être embauché pour représenter les joueurs, les propriétaires ont ressorti le bulldozer pour réduire de 57 % à 50 % la part réservée aux joueurs dans le partage des revenus. Depuis 2013, les propriétaires ont donc encaissé quelque deux milliards supplémentaires pour avoir cadenassé leurs portes pendant trois mois. Dire qu’il s’est agi d’une passe payante et facile serait un euphémisme.


Les propriétaires prévoyaient donc voguer sur cette mer tranquille jusqu’à la conclusion de la saison 2021-2022.

Toutefois, la pandémie a frappé à la mi-mars, juste au moment où les joueurs s’apprêtaient à encaisser leur dernier chèque de paie de la saison 2019-2020. Le hic, c’est que 1,2 milliard de revenus manquaient alors à l’appel. Comme expliqué dans cette récente chronique, les joueurs se sont donc retrouvés avec une colossale dette de 600 millions envers les propriétaires.

C’est cette lourde dette, et non un extraordinaire et soudain esprit de camaraderie, qui a forcé tout le monde à se précipiter à la table de négociation pour rédiger une nouvelle convention collective. Ou devrait-on plutôt dire, comme dans les pubs à la télé, pour convenir d’un plan de remboursement en plusieurs paiements faciles?

Tous les textes importants de cette nouvelle convention, qui prendra fin en 2026, sont construits autour du remboursement, jusqu’au dernier dollar, de cette fameuse dette. Et c’est peut-être l’aspect le plus étonnant de l’affaire.

Au cours des 10 dernières années, les propriétaires de la LNH ont vu la valeur de leurs concessions augmenter de quelque 14 milliards de dollars. Ce n’est pas rien. Et lors des cinq dernières années, les propriétaires ont encaissé 1,1 milliard en procédant à deux expansions. Les joueurs n’ont pas eu accès à cette nouvelle richesse qu’ils ont contribué à créer.

Deux hommes se serrent la main.

Le commissaire de la LNH Gary Bettman serre la main de Bob Goodenow, alors directeur administratif de l'Association des joueurs de la LNH, à la fin du lock-out de 2004-2005.

Photo : La Presse canadienne / ADRIAN WYLD

Dans ce contexte, les représentants des joueurs auraient pu se présenter à la table de négociation en faisant valoir que le système profite largement aux propriétaires et que ces derniers, à titre de partenaires (une expression chère à Gary Bettman), devaient accepter d’éponger une partie du déficit.

Remarquez, Donald Fehr a peut-être livré ce plaidoyer. Mais il n’avait aucun rapport de force pour l’appuyer. Il était en plus aux prises avec une convention collective, encore valide pour deux ans, spécifiant que si les revenus prévus ne sont pas au rendez-vous, les joueurs doivent remettre une partie de leur salaire aux propriétaires pour concrétiser le partage des revenus dans une proportion de 50-50.


Les joueurs rembourseront donc les propriétaires de toutes sortes de façons. Et pour longtemps.

Le plafond salarial sera gelé à 81,5 millions lors de la saison 2020-2021 et jusqu’à ce que les revenus de la LNH reviennent au point prévu cette année, soit 4,8 milliards. Quand ce seuil de revenus sera rétabli, le plafond salarial des saisons subséquentes sera établi en faisant une moyenne des revenus encaissés et prévus lors des 24 mois précédents.

Les hausses salariales seront ainsi considérablement freinées. Mais elles répondent aussi à une demande des joueurs, furieux de devoir remettre une importante partie de leur salaire aux propriétaires parce que les prévisions de revenus étaient toujours exagérées.

Le maintien du plafond salarial à 81,5 millions aura toutefois un effet pervers. Quand les séries de cet été seront finies, les joueurs devront encore 290 millions aux propriétaires. Toutefois, si les revenus de la ligue chutent de moitié en 2020-2021 (une hypothèse raisonnable s'il n'y a pas de spectateurs dans les amphithéâtres), une dette de quelque 480 millions risque de s’ajouter!

La nouvelle convention prévoit donc que les joueurs remettront 20 % de leurs salaires aux propriétaires la saison prochaine. Ce pourcentage sera abaissé entre 14 % et 18 % en 2021-2022, puis à 10 % en 2022-2223. Puis, lors des trois dernières années de la convention collective, le remboursement sera réduit à 6 % du salaire des joueurs. On parle au total de quelque 1,7 milliard de prélèvements.

Malgré cela, même en 2026, les signataires de la nouvelle convention prévoient que la dette de la pandémie de 2020 ne sera peut-être pas totalement remboursée. Si une dette de plus de 125 millions subsiste, les propriétaires auront alors le loisir de prolonger le contrat de travail d’une année de plus.


Au sol, il fait face à son filet, la rondelle à ses côtés.

Carey Price cherche la rondelle lors d'une mêlée au tour de son filet contre les Stars de Dallas.

Photo : Reuters / USA Today Sports

Incroyablement, ce ne sont toutefois pas les passages les plus étonnants de ce nouveau contrat de travail.

En plus de rembourser les propriétaires jusqu’au dernier cent, les joueurs ont accepté de leur prêter de l’argent pour régler leur problème de liquidités!

Ainsi, les joueurs acceptent que 10 % de leur salaire de la saison 2020-2021 ne leur soit pas versé immédiatement. Les propriétaires leur rembourseront cette somme ultérieurement, à compter de 2023, sur une période de trois ans.

Et comme s’ils n’avaient pas été assez généreux, les joueurs consentent en plus à payer pour retourner travailler afin de rembourser leur dette!

En temps normal, les bonis consentis aux joueurs durant les séries éliminatoires totalisent 16 millions de dollars. Mais pour s’assurer qu’un plus grand nombre de joueurs soient tentés de retourner au jeu dans un contexte de villes bulles et de pandémie, cette somme a été portée à 32 millions cette année.

Or, la LNH et l’AJLNH assumeront à parts égales, 8 millions chacun, les frais de cette augmentation.

On croit rêver.


La vie nous réserve parfois de drôles de surprises.

Naguère, Donald Fehr a été le successeur de Marvin Miller à la tête de l’Association des joueurs du baseball majeur, qui était alors considérée comme le plus puissant syndicat aux États-Unis.

Dans les années 1980, Fehr a remporté quelques-unes des plus brillantes victoires juridiques de l’histoire du sport professionnel nord-américain aux dépens des propriétaires de la MLB, notamment dans trois histoires de collusion.

En 1994, les Québécois s’en souviendront, Fehr a aussi piloté une grève historique, qui a provoqué l’annulation de la Série mondiale, pour éviter à ses joueurs l’imposition d’un plafond salarial.

Et le voici, 26 ans plus tard. Donald Fehr est aujourd’hui âgé de 72 ans et cette étrange convention collective s’avérera probablement son dernier tour de piste. N’est-il pas dommage de voir une telle carrière se terminer sur cette note?

En 2010, après de nombreuses années de tumulte et de luttes intestines, les joueurs de la LNH ont redonné du lustre à leur syndicat en installant Donald Fehr aux commandes.

Malheureusement, en raison d’une foule de facteurs, Fehr a été forcé de jouer défensivement les deux fois où il s’est présenté à la table de négociation. Et les propriétaires l’ont emporté chaque fois.

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