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Relance de la boxe professionnelle : tir groupé contre la santé publique

Camille Estephan en entrevue au micro de Radio-Canada Sports

Camille Estephan

Photo : Radio-Canada / Michel Gingras

Jean-François Chabot

Après de multiples rencontres au cours desquelles il a présenté son plan de relance pour des galas à huis clos respectant les consignes sanitaires, le promoteur Camille Estephan s’impatiente.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) souhaite apparemment maintenir l’interdiction de présenter des combats en sol québécois jusqu’à l’apparition d’un vaccin capable d’endiguer la COVID-19.

Pour le patron d’Eye of the Tiger Management (EOTTM), cette décision équivaut à une peine de mort pour l’industrie de la boxe professionnelle au Québec.

Je suis abasourdi. On a eu la nouvelle lundi. La santé publique nous a demandé un délai d’une journée pour parler au Dr Arruda. Mais on n’a pas eu de retour favorable, a d’abord indiqué Estephan.

Il a renchéri en parlant d’une situation vraiment grave pour les boxeurs qui n’auront peut-être pas la possibilité de développer leur plein potentiel. Il craint aussi pour l’industrie de la boxe qui, selon ses dires, serait activement suivie par plus de 680 000 amateurs.

Si la santé publique ne change pas d’avis, on va devoir et pouvoir faire des galas ailleurs. Il va falloir s’expatrier. On n’aura pas le choix. On ne peut pas arrêter la business parce qu’il y a une décision injuste comme celle-là.

Une citation de :Camille Estephan, président d'Eye of the Tiger Management

Même si aucun événement de boxe n’a été organisé au Canada depuis l’éclosion du coronavirus, le promoteur a laissé entendre qu’il avait déjà établi des contacts en ce sens en Colombie-Britannique et en Europe.

Une chose est certaine, on ne va pas arrêter la carrière de certains de nos boxeurs qui sont déjà dans le top 5 mondial et qui s’approchent d’un championnat du monde, a-t-il soutenu.

Pas d'écoute

Estephan croit qu’il y a eu beaucoup d’improvisation du gouvernement dans la gestion de la crise. Il estime que la boxe professionnelle est trop aisément balayée du revers de la main.

Je pense qu’il y a un préjugé envers notre sport. Il y a peut-être un manque de compréhension du domaine ou du secteur comme tel. Ce qui se passe présentement, c’est de la dictature. Ce n’est pas acceptable. On aimerait pouvoir s’asseoir ensemble à une table, mais on n’a jamais eu la chance de se faire entendre. C’est malheureux.

Une citation de :Camille Estephan, président d'Eye of the Tiger Management

Camille Estephan espère encore démontrer à quel point la situation actuelle est néfaste pour le Québec et pas seulement pour la boxe.

La province de Québec et la Ville de Montréal investissent énormément dans la formule un. C’est une course par année qui amène beaucoup de visibilité à la ville. Mais croyez-moi, la boxe fait beaucoup plus pour le Québec, et sans le soutien financier gouvernemental. Alors, pourquoi risquer de tout perdre?

Yvon Michel

Yvon Michel

Photo : Radio-Canada / Antoine Sirois

Appui senti

Du côté du Groupe Yvon Michel (GYM), on a publié un communiqué en fin d'après-midi mercredi. On y indique que s'ils ne sont pas au fait des mesures proposées à la santé publique par leur compétiteur, il partage clairement les mêmes préoccupations.

Nous avons malheureusement la pénible impression que la position actuelle du ministère relève de l’ignorance et du total désintéressement de l’industrie prolifique de la boxe professionnelle d’ici, ainsi que de ses artisans, ses athlètes, ses gérants, ses entraîneurs et ses promoteurs, dit-on d'entrée de jeu.

Il est trop facile et totalement injuste de repousser du revers de la main les demandes pourtant légitimes et nécessaires pour la survie de ce sport durant cette période de crise qui nous afflige. Ce que nous demandons, légitimement, c’est qu’une évaluation sérieuse soit effectuée sur un protocole permettant le retour de la boxe professionnelle au Québec par des gens compétents. Il y a des façons de procéder qui ont été éprouvées, qui fonctionnent et qui ont été efficaces à 100  % n’ayant jamais été la cause d’une contamination, insiste-t-on plus loin.

Même son de cloche de la part de l’ancien champion du monde Éric Lucas, aujourd’hui responsable du développement pour EOTTM.

Je suis extrêmement déçu. Ce qui est malheureux, c’est qu’on ne nous donne pas l’opportunité de prouver qu’on est capable de le faire. On a déposé des mesures de sécurité auprès du gouvernement. Ce sont les mêmes qui sont en place aux États-Unis, et ça marche très bien.

Une citation de :Éric Lucas, ancien champion du monde des super-moyens du WBC

Il ajoute que la situation est très décevante pour les boxeurs qui attendent avec impatience de reprendre leur sport et de gagner leur vie.

Éric Lucas

Éric Lucas

Photo : Radio-Canada

C’est le même principe que lorsqu’on a fermé les restaurants. C’est le même principe. Tu veux faire fonctionner ta business, sinon ça va la tuer. C’est vers ça qu’on va s’en aller si on ne peut pas faire de galas, a ajouté celui qui a lui-même géré restaurants et cafés après son retrait de la compétition.

Quant à l’entraîneur Marc Ramsay, qui s’occupe notamment de la préparation de David Lemieux, Artur Beterbiev, Arslanbek Makhmudov et Eleider Alvarez, il se dit très inquiet pour l’avenir et la santé financière de son sport et de son entreprise.

C’est grave. On empêche des gens de gagner leur vie. Ça peut aller très loin tout ça. Si les choses ne changent pas d’ici quelques mois, il va falloir que je pense à faire autre chose. À un moment donné, il faut vivre. Il faut de la nourriture sur la table de nos familles. Ce n’est pas seulement une possibilité, mais c’est ce que je pense qui va arriver si ça s’étire trop.

Marc Ramsay

Marc Ramsay

Photo : Radio-Canada / Jean-François Vachon

Ramsay, qui a investi il y a à peine un an des sommes importantes dans l’aménagement d’un nouveau gymnase dans le quartier Villeray, à Montréal, puise à même ses réserves financières pour assurer son quotidien et celui de sa famille.

C’est une industrie vraiment fragile. Il n’y a pas autant de revenus que les gens pensent là-dedans. Je pense que si ça s’étire trop longtemps, ça pourrait être catastrophique, insiste celui qui a mené plusieurs de ses protégés vers les sommets de la boxe mondiale.

Pour lui, il ne fait aucun doute que la boxe fait l’objet d’un préjugé défavorable injuste. Il ajoute que l’ambiance n’est pas au mieux parmi les pugilistes.

Tout le monde est démoralisé. Il y a de mes boxeurs qui espèrent peut-être faire un combat à l’extérieur du Québec prochainement. Mais la plupart sont des pères de famille. C’est un grand drame.

Une citation de :Marc Ramsay, entraîneur de boxe

Un autre entraîneur, François Duguay, y est allé d’une sortie sur les médias sociaux contre ce qu’il a qualifié de totale improvisation de la part de la santé publique, dénonçant les positions changeantes mises de l’avant par le Dr Horacio Arruda.

C’est un métier. Je ne fais pas ça pour le fun. Je fais ce métier pour gagner de l’argent parce que j’ai besoin d’argent pour vivre. Je ne peux pas croire que tout le monde est déconfiné et que, nous, les sports de combat, on ne le soit pas , a dit Duguay.

Il s’explique mal pourquoi des sports comme le hockey, le football ou le soccer peuvent se pratiquer à plusieurs sur une même surface de jeu, tandis que la boxe n’a besoin que deux adversaires et un arbitre (tous préalablement testés pour la COVID-19) pour un duel tenu à huis clos.

Radio-Canada Sports a tenté d'obtenir un entretien avec un représentant du MSSS, demande qui a été refusée.

Dans un courriel transmis peu avant 17 h (HAE), Marie-Louise Harvey, une porte-parole du ministère, indiquait ce qui suit :

Sachez qu’il n’est pas question de vaccin ou non, mais de la situation et des connaissances sur le virus, pour l’instant, la santé publique et les experts évaluent que le danger de propagation est plus grand dans les cas de combats de tout type. C’est pourquoi, ils ne recommandent pas de retour pour l’instant.

Le virus se propageant majoritairement par gouttelettes et dans des endroits clos, les combats de boxe augmentent le risque de propagation, en tenant compte qu’ils se déroulent généralement à l’intérieur.

La sueur, le sang ainsi que la salive sont très présents lors d’un combat et dépassent même les 2 mètres lorsque des coups sont donnés entre les adversaires. Les risques sont donc plus grands pour une propagation. Contrairement au soccer qui se joue présentement à l’extérieur, la ventilation est meilleure, ainsi les sécrétions et les gouttelettes ne restent pas en suspend dans l’air dû à l’aération.

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