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Soccer élite féminin-masculin : deux poids, deux mesures?

Plan au-dessous des genoux d'un joueur de soccer, qui a le pied sur un ballon.

Un joueur de soccer

Photo : iStock

Le championnat de la Première ligue de soccer du Québec (PLSQ) va reprendre en août, après des mois d’arrêt en raison de la COVID-19. Mais seuls les garçons pourront envahir les terrains. Le championnat féminin, lui, est dans l’impasse.

Le ballon rond tournerait-il différemment suivant qu’on soit un homme ou une femme?

Géraldine Jacquart siège au conseil d’administration du club de soccer de Longueuil. Elle est aussi la seule femme parmi les huit gouverneurs de la PLSQ.

Je m’excuse auprès des filles de mon club de ne pas avoir trouvé de solution. Qu’est-ce que je vais dire aux jeunes filles qui ne pourront pas applaudir leur modèle de l’élite, lance-t-elle avec beaucoup d'émotion

Parmi les huit clubs de soccer élite féminin, seulement deux ont répondu à l’appel. Il n’y aura donc pas de championnat cette saison, contrairement à l’élite masculine.

Il y a plusieurs raisons, explique-t-elle.

Des raisons financières, mais aussi sanitaires. Et puis l’idée d’un championnat écourté n’est pas vraiment attrayante. Dans cette ligue, ce sont les clubs qui décident et non pas la fédération. C’est pour le moment notre modèle de gouvernance. Peut-être faudra-t-il le revoir? On aurait pu envoyer un message fort aux clubs en leur disant : "On y va!"

Géraldine Jacquart

Du côté de la Première ligue de soccer du Québec, on voit les choses autrement. Il faut préciser que ce n’est pas le commissaire de la ligue, Kambiz Ebadi, qui a répondu aux questions de Radio-Canada Sports, mais le directeur général de Soccer Québec, Mathieu Chamberland.

La ligue élite féminine n’existe que depuis trois années. Nous avons envoyé une proposition aux différents clubs féminins, mais je ne peux rien vous dévoiler encore [il serait question d’un tournoi limité à quelques équipes seulement, NDLR], explique M. Chamberland.

Il faut comprendre que la ligue féminine fait face à des problèmes de disponibilités des joueuses. COVID ou pas, le championnat se termine fin août et certaines joueuses n’étaient pas d’accord pour jouer dans un championnat réduit et d’autres doivent rejoindre leur université.

Une bouteille de désinfectant posée sur le sol avec en arrière-plan des joueuses de soccer.

Le soccer a repris depuis le début juillet.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Un argument que réfute Geneviève Richard, gardienne de but de l’équipe de Longueuil. Pour celle qui a joué au Japon et au prestigieux club de l’Olympique de Marseille en France, ces explications sont frustrantes et manquent de respect.

Durant la saison régulière, notre championnat se termine au mois d’août pour permettre aux joueuses qui évoluent au niveau universitaire de rejoindre leur club. Mais à cause de la pandémie, les joueuses restent disponibles et pourraient évoluer dans un championnat écourté, mais au moins, on aurait un championnat.

On se sent abandonnées

Quand on parle à Mathieu Chamberland de disparité en ce qui a trait à l'aide financière, le directeur général dit qu’il n’y a pas de réelles différences entre les deux ligues. Il reconnaît tout de même que la division masculine est là depuis plus longtemps.

Geneviève Richard ne comprend pas qu’en période de pandémie il n’y ait pas plus de solidarité. L'étudiante à HEC en gestion d’entreprises estime que ce n‘est pas de cette façon qu’on fidélise un client.

On se sent abandonnées. On n’est pas respectées. Ici, on ne parle pas de professionnels. Le club vit des inscriptions des filles comme des garçons. Alors, pourquoi ils pourraient jouer et pas nous? Quel message on envoie aux jeunes filles que j’entraîne? "Vous, les filles, vous pouvez avoir un championnat dans le récréatif, mais pas l’élite."

Un club, c’est comme une entreprise. Sa réussite vient de la fidélité du client. Mais si tu lui manques de respect, il va aller ailleurs. Et puis, il n’y a pas qu’une question d’argent, il y a aussi un lien humain. Bien sûr qu’une entreprise doit veiller à une saine gestion. Nous, on demande juste un effort durant deux mois. C’est un grand pas en arrière pour le soccer féminin au Québec.

Geneviève Richard

Une gestion patriarcale à changer

À la question de l’existence d’une certaine gestion patriarcale dans certaines ligues, Mathieu Chamberland avoue qu’il reste du travail à faire.

On a encore du chemin à faire pour que le message se rende. On doit absolument améliorer la représentativité féminine à tous les niveaux. Sur les terrains, mais aussi en dehors.

Il parle à la caméra devant un terrain de soccer.

Le directeur général de Soccer Québec, Mathieu Chamberland

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Curieusement, nous avons appris au directeur général que la PLSQ qu’il chapeaute ne comptait qu'une femme sur huit gouverneurs.

Si je pense que le soccer féminin gagnerait à avoir plus de femmes, plus de représentantes féminines dans ses instances décisionnelles, la réponse est oui. Tout le monde y met beaucoup de bonne foi, mais il n’en demeure pas moins qu’il y a très peu de femmes dans les conseils d’administration des clubs et dans celui de la fédération, soutient Géraldine Jacquart.

C’est vrai que l’on est dans un contexte particulier, poursuit-elle. Mais pour la remise en route du championnat féminin, est-ce que l’on a pris la question dans le bon sens? Est-ce que l’on a pensé à la mission des clubs, l’engagement qu’on a envers le soccer féminin et les valeurs qu’on peut véhiculer […] Je ne suis pas certain qu’on ait regardé les choses dans le bon sens. Au lieu de regarder la mission, on aurait dû prendre une décision ferme. On a regardé les enjeux avant de regarder la mission.

Géraldine Jacquart pense à la prochaine étape : aller expliquer la situation aux filles du club.

En tant qu’administrateur de club, il va falloir que je rende des comptes à mes membres. Il va falloir que je leur explique pourquoi les jeunes filles du club ne vont pas pouvoir aller applaudir leurs aînées cet été dans les estrades. Je suis vraiment très mal à l’aise avec ce qu’il se passe, a-t-elle dit la voix étranglée par les sanglots.

Il va falloir que j’explique, à des jeunes filles à qui l’on dit à longueur d’année qu’elles sont importantes pour le club, cette décision-là. Malgré toutes les bonnes raisons qu’il y a derrière, ça reste une décision qui ne me semble pas cohérente.

Géraldine Jacquart

Je voudrais m’excuser auprès des filles du club pour ne pas avoir réussi à mener ce combat-là jusqu’au bout!

Parmi les licenciés à Soccer Québec, plus de 40 % sont des femmes, et dans la tranche d’âge des 12-18 ans, elles sont à égalité. La dernière Coupe du monde féminine en France en 2019 a franchi la barre du milliard de téléspectateurs dans le monde. Des chiffres qui devraient faire réfléchir ceux qui pensent que le ballon rond ne roule pas de la même manière pour les femmes.

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