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chronique

Copie brouillon de la F1 à Spielberg, les Canadiens passent le test

Nicholas Latifi roule devant Lance Stroll.

Nicholas Latifi devant Lance Stroll

Photo : Getty Images / DARKO BANDIC

Que l’équipe Racing Point soit déçue du résultat d’ensemble du premier Grand Prix en Autriche est une excellente nouvelle.

Cela prouve que l’équipe s’est fixé des objectifs beaucoup plus élevés cette saison, avec la RP20, très fortement inspirée de la Mercedes-Benz W10 de 2019.

Les performances des deux pilotes en qualification ne calmeront pas la grogne des concurrents qui croient que Racing Point a simplement copié l'équipe allemande.

Lance Stroll est dans un virage.

Lance Stroll en Autriche

Photo : Getty Images / Pool

Comme le dit l’ancien pilote de F1 Martin Brundle, aujourd’hui analyste avisé à la télévision britannique : La décision de Racing Point est contestable d’un point de vue éthique, mais j’aurais fait la même chose, dans les limites de la réglementation, pour avoir une meilleure voiture. Et c'est ce qu’ont très bien compris les ingénieurs de Racing Point.

Lance Stroll peut regretter d’avoir eu un problème de moteur pendant la course qui l’a forcé à abandonner, mais il a fait ce qu'il avait à faire.

À la lumière des essais libres, il devait absolument offrir une belle performance en qualification, son gros point faible en 2019.

Et c’est exactement ce qu’il a fait. Il a fini Q1 en 4e place, puis a accédé à Q3. Il n'y était arrivé que deux fois en trois ans, les deux fois à Monza en Italie.

Une fois dans le top 10, en Q3, son équipe l’a fait sortir hors séquence pour qu’il ait une piste libre sur le petit circuit autrichien de 10 virages, mais Stroll a semblé plafonner en performance pure et a fini au 9e rang, ce qui nous a laissés sur notre faim.

On espérait déjà mieux du Québécois.

En course, un problème de capteur l’a privé le moteur de puissance. De sa 9e place au départ, malgré un bon premier tour, il a fait du surplace avant que l’équipe le fasse rentrer aux puits au 22e tour pour abandonner afin de préserver le groupe propulseur.

Les sites spécialisés n’ont pas hésité à donner à Stroll une note de 7 sur 10 pour son travail en qualification.

Son coéquipier Sergio Pérez s’est classé 6e en qualification et en course. Il n’est pas passé loin du podium.

Seule une erreur stratégique lors de la troisième neutralisation de la course l’a privée de pneus frais et d’un podium. Il a donc déjà marqué huit points pour l’équipe.

Sergio Perez sort d'un virage et roule sur un vibreur.

Sergio Pérez dans la RP20 de l'équipe Racing Point

Photo : Racing Point / Steven Tee

Les ingrédients sont là pour que l’équipe canado-britannique connaisse une bonne saison, à moins qu’un concurrent ne conteste la légalité de la voiture, comme l’a encore évoqué Renault à Spielberg.

C’est un vieux débat, celui sur les voitures clientes. Racing Point a pu pousser ça à l’extrême cette année, a expliqué Cyril Abiteboul, patron de l'équipe française dans le paddock jeudi.

Je pense qu’il sera intéressant de voir le temps au tour, a-t-il ajouté. Nous aurons enfin une idée de la compétitivité respective. Et si Racing Point est conforme à la réglementation, alors ils n’ont évidemment rien à craindre.

Il sera intéressant de voir comment Racing Point pourra faire progresser la RP20, sachant qu’il faudra très vite travailler en parallèle sur la voiture de 2021 et sur celle de 2022. Le directeur général Otmar Szafnauer a déjà prévenu que l’équipe ne comptait pas mettre beaucoup d’énergie sur le développement de la RP20.

Lance Stroll sait maintenant qu’il a une voiture qui lui permet de s’exprimer, en qualification (en vitesse pure) et en course. À lui de saisir cette formidable occasion, et dès le week-end prochain, toujours à Spielberg.

Latifi atteint son objectif

Le Torontois Nicholas Latifi a enfin participé à son premier Grand Prix de F1.

La Williams FW43 n’a pas l’efficacité aérodynamique souhaitée, malgré le moteur Mercedes-Benz, et les pilotes souffrent. Autant Latifi que son coéquipier, l’excellent George Russell, qui mérite un bien meilleur volant.

Une voiture de formule 1 vue de côté. Les marques Acronis, Lavazza, Sofina et Ponos y figurent.

Le retrait de son commanditaire principal a contraint l'écurie Williams à revoir la décoration de sa monoplace FW43.

Photo : Courtoisie : Twitter / Williams Racing

Latifi s’était donné un objectif : aller au bout de l’exercice de 71 tours.

Il l’a atteint, malgré une perte de contrôle coûteuse durant les derniers essais libres du samedi matin. Une sortie de piste qui a gâché sa première séance de qualification, et qui aurait pu ébrécher sa confiance.

Nicholas Latifi perd le contrôle de sa Williams et frappe les pneus de protection.

Nicholas Latifi perd le contrôle de sa Williams et frappe les pneus de protection.

Photo : YouTube / Formula One

Latifi a tout de suite pris le blâme. Une erreur stupide, a-t-il dit, pour pouvoir vite tourner la page.

Dans une course à rebondissements parsemée de problèmes mécaniques et d’accrochages, le Torontois a su naviguer, en solitaire puis dans le peloton, pour voir le drapeau à damier.

Il s’en est fallu de peu qu’il ne parte dans le décor, emporté au 69e tour par l’Alpha Tauri de Daniil Kvyat, dont le pneu s’est désintégré en bout de ligne droite.

L'Alpha Tauri de Daniil Kvyat perd son pneu arrière gauche juste devant Nicholas Latifi.

L'Alpha Tauri de Daniil Kvyat perd son pneu arrière gauche juste devant Nicholas Latifi.

Photo : Getty Images / Mark Thompson

Latifi a sauté sur les freins pour l'éviter. À trois tours de l’arrivée, il aurait été mal récompensé pour ses efforts. Il a lui aussi reçu une note de 7 sur 10.

On est d'accord, sa 11e place est circonstancielle. Il la doit aux nombreux abandons. Un abandon de plus, et il aurait été dans les points (il y a un point pour le 10e rang). Ce qui aurait été un cadeau inespéré.

Le doute à l'italienne

Parlant de cadeau inespéré, que penser du podium de Charles Leclerc dans une Ferrari SF1000 très limitée en performance?

Valtteri Bottas et Charles Leclerc (à droite) sur le podium du Grand Prix d'Autriche

Valtteri Bottas et Charles Leclerc (à droite) sur le podium du Grand Prix d'Autriche

Photo : Getty Images / LEONHARD FOEGER

Le résultat en qualification est là pour le confirmer : 10e temps pour Leclerc, 11e pour Sebastian Vettel qui n’a même pas pu participer à Q3. Une gifle au visage de la Scuderia.

Et de l’aveu même du directeur général de l’équipe, Mattia Binotto, ces mauvais résultats sont dus à un déficit du moteur qu'il est impossible de combler.

Il manque une seconde au tour, trois dixièmes dans les virages, sept dixièmes en ligne droite, en vitesse pure, a détaillé M. Binotto dans le paddock de Spielberg.

L’équipe italienne avait déjà constaté ce manque de performance lors des essais à Barcelone, en février, et a donc décidé de changer d’approche aérodynamique. Ferrari prévoit des modifications importantes à la voiture pour la troisième course, en Hongrie.

NDLR : L'équipe Ferrari a annoncé mardi qu'elle apporterait des changements à la SF1000 dès ce week-end en prévision du Grand Prix de Styrie

Dans ces conditions, comment reprocher à Vettel son erreur de jugement au 31e tour? L’Allemand a été sévèrement sermonné pour cette attaque suicide sur Carlos Sainz fils.

Sebastian Vettel, les quatre roues hors piste, tente de négocier le virage.

Sebastian Vettel, les quatre roues hors piste, tente de négocier le virage.

Photo : Getty Images / LEONHARD FOEGER

Avoir annoncé son départ de Ferrari parasite son pilotage, s’est hasardé à dire le directeur sportif de la F1, Ross Brawn, dans le paddock de Spielberg.

L'Allemand avait appris de la bouche de Mattia Binotto, par téléphone, que Ferrari ne voulait plus poursuivre leur collaboration. En l'annonçant, Vettel s'est délivré d'un secret qui l'aurait parasité beaucoup plus.

Ross Brawn rejoint en ce sens les propos de l’ancien pilote de l'écurie italienne Eddie Irvine, qui a toujours prétendu qu’un pilote qui annonce qu'il part doit le faire sur le champ. Comment un pilote qui sait qu’il va quitter son équipe peut-il s’investir à 100 % dans son pilotage et dans sa relation avec son équipe?

Sans aller aussi loin dans l’analyse, il est clair que la situation oblige Vettel à travailler seul dans son coin dans un garage tout acquis à la cause de Charles Leclerc.

Il a déjà dit qu’il ne prendrait pas d’année sabbatique. Son accrochage de Spielberg peut-il nuire à ses chances de rester en F1?

Reste un volant intéressant, celui de Daniel Ricciardo chez Renault. L’équipe française annoncerait mercredi l’identité de son deuxième pilote.

Le nom de l'Espagnol Fernando Alonso refait surface, lui qui a déjà remporté deux titres avec Renault en 2005 et en 2006, en battant à la régulière Ferrari et Michael Schumacher.

Vettel ne semble pas dans la course pour ce volant. Après le départ forcé de Nico Hulkenberg, la F1 pourrait perdre un autre pilote allemand, et non le moindre.

Mercedes-Benz au sommet, mais pas au mieux

Il reste que la F1 a encore une forte consonance allemande grâce au constructeur Mercedes-Benz.

Mercedes-Benz voulait absolument réaliser le doublé dans ce premier Grand Prix de la saison, et si possible offrir une victoire à Lewis Hamilton, mais son coéquipier Valtteri Bottas a fait un sans-faute durant le week-end, tandis que le dimanche n’a pas souri au champion du monde.

Lewis Hamilton dans la ligne des puits du circuit de Spielberg

Lewis Hamilton dans la ligne des puits du circuit de Spielberg

Photo : Getty Images / Peter Fox

Il a d’abord été pénalisé (à 40 minutes du départ) de trois places sur la grille pour avoir gardé le pied au fond en qualification malgré un drapeau jaune localisé (quand son coéquipier est sorti de piste).

Puis, il a été jugé coupable de son accrochage avec Alex Albon au 61e tour du Grand Prix. Albon avait réussi sa manœuvre, un superbe dépassement par l’extérieur dans un virage comme aimait le faire Gilles Villeneuve. Le Thaïlandais avait dépassé la Mercedes-Benz lorsque le Britannique a heurté le pneu arrière droit de la Red Bull. La direction de course n'a pas aimé.

Après leur accrochage à la fin du Grand Prix du Brésil, quand Albon avait déjà un pied sur le podium, voici que Hamilton lui vole à nouveau une occasion de monter sur le podium. Il restait 10 tours à faire à la course.

La direction de course lui a infligé une sanction de 5 s à ajouter à son temps d’arrivée. Il a donc franchi la ligne d’arrivée juste derrière son coéquipier vainqueur, mais le Britannique n’a pas été invité sur le podium. Il a glissé au 4e rang.

La Mercedes-Benz de Lewis Hamilton fait des étincelles en Autriche.

Lewis Hamilton en Autriche

Photo : Getty Images / Mark Thompson

Pour ajouter aux malheurs de Mercedes-Benz à Spielberg, plusieurs de leurs composantes ont subi des défaillances ce week-end, que ce soit le groupe propulseur ou la boîte de vitesses sur ses propres monoplaces ou sur celles de ses équipes clientes.

On verra la capacité de réaction du constructeur allemand qui se prépare à renvoyer ses voitures et ses groupes propulseurs en piste ce week-end.

Chassez le naturel…

Les soucis de Lewis Hamilton et de Mercedes-Benz dans ce premier week-end de la saison illustrent parfaitement ce que la F1 a rendu à Spielberg : une copie brouillonne.

Les pilotes ont fait des erreurs, les voitures ont connu des défaillances mécaniques (capteurs, freins, fuites) et les conditions sanitaires que la F1 voulait strictes n’ont pas été complètement étanches.

Les membres de l'équipe McLaren se félicitent dans les puits.

Les membres de l'équipe McLaren se félicitent dans les puits.

Photo : Getty Images / Peter Fox

Comme on a pu le voir quand la télévision a croqué sur le vif les manifestations de joie du personnel de l’équipe McLaren, trop heureux d'avoir retrouvé le chemin du podium grâce à Lando Norris.

Si, dans les exercices protocolaires, l’effort y était, lorsque la passion de la course a pris le dessus sur la discipline, les équipes ont eu plus de mal à respecter les mesures sanitaires imposées.

La reprise du sport automobile en ces temps de pandémie est pourtant à ce prix.

Il faudra attendre les résultats des tests de détection de la COVID-19 effectués ce week-end pour savoir si la F1 pourra présenter le Grand Prix de Styrie le week-end prochain. Croisons les doigts que la F1 ne soit pas forcée de suspendre à nouveau sa saison.

Le message et le genou

Ils portent tous deux le genou droit au sol.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les pilotes canadiens Lance Stroll (à gauche) et Nicholas Latifi ont posé un genou au sol avant la course pour dénoncer le racisme.

Photo : Getty Images / Mark Thompson

Un dernier mot sur le geste politique des 20 pilotes avant le début de la course.

Ne créons pas de polémique où il n’y en a pas. Ils ont tous revêtu le t-shirt End Racism (mettons fin au racisme), et, de ce fait, ont tous choisi d’appuyer publiquement le mouvement mondial.

Ensuite, que six d’entre eux aient préféré rester debout, ça les regarde. Différences culturelles, ont-ils plaidé. Lance Stroll et Nicholas Latifi ont choisi de mettre un genou au sol.

Lewis Hamilton a convaincu ses pairs de se joindre à lui et a fait passer son message. N’est-ce pas le plus important?

Lewis Hamilton, Sebastian Vettel et Lance Stroll mettent genou au sol pour appuyer le mouvement mondial contre le racisme.

Lewis Hamilton, Sebastian Vettel et Lance Stroll, genou au sol, pour appuyer le mouvement mondial contre le racisme

Photo : Getty Images / Peter Fox

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