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Le sport d'endurance, plus mental que physique?

L'ultramarathonien Dean Karnazes s'entraîne en Californie pendant la pandémie de la COVID-19.

L'ultramarathonien Dean Karnazes

Photo : Getty Images / Ezra Shaw

Christine Roger

L’adepte d’épreuves d’endurance connaît bien la sensation. Des pieds meurtris par les ampoules, des muscles qui veulent exploser, un goût de sang dans la bouche, un cœur qui semble vouloir sortir de la poitrine. Malgré la douleur, il continue d’avancer. À moins que son mental ne décide de flancher.

Pour Patrice Godin, acteur et auteur qui a de nombreuses courses d’endurance en sentier à son actif, il est évident que ce type d’épreuve est beaucoup plus mental que physique.

Tu peux être dans la meilleure forme de ta vie, si tu n’es pas prêt mentalement à 100 %, si tu doutes de toi, ça ne fonctionnera pas. Tu es dans le trouble, assure-t-il.

Quand tu te prépares pour une course de 335 km, tu ne peux pas t’entraîner à l’infini. Tu t’entraînes selon tes capacités et, aussi, selon ton train de vie. Quand tu arrives à l’événement, peu importe ton niveau d’entraînement et la vitesse à laquelle tu cours, à un moment donné, ça dégénère, ça ne va pas bien, ajoute-t-il.

S’il semble impossible d’établir des données définitives qui correspondent à la réalité de chacun, il est évident, autant pour les athlètes que pour les scientifiques, que la solidité du mental est prioritaire pour terminer une épreuve d’endurance.

Jonathan Lasnier, doctorant en sciences de l’activité physique, s’est justement penché,dans son projet de recherche sur l’interaction entre la gestion de la douleur provoquée par l’exercice, la performance et la santé mentale chez des athlètes compétitifs et de haut niveau en endurance.

Auparavant, les modèles utilisés afin d’expliquer cette régulation de la performance étaient uniquement basés sur des mécanismes physiologiques, mais aujourd’hui, tant la psychologie que la physiologie sont jugées essentielles afin d’expliquer la performance dans les sports d’endurance, dit-il.

Le mental peut rapidement devenir le principal ennemi de l’athlète d’endurance. Quand il espérait plus d’une course, quand il sent que le plan de match établi est en train de foutre le camp, quand il commence à se faire dépasser, c’est là que les idées vont se bousculer. Il sera parfois impossible de se sortir de ce cercle vicieux.

Il est couché sur le sol.

Un participant est épuisé après avoir terminé un Ironman, en Suède.

Photo : Getty Images / Charlie Crowhurst

La gestion de la douleur sera aussi, pour plusieurs, le plus grand défi. Tout le monde aura mal lors d’un ultramarathon ou d’un Ironman, du gagnant à celui qui terminera en dernière position. Mais il y a une différence entre la douleur et la souffrance.

Fondamentalement, la douleur n’est qu’un signal d’information et nous avons le pouvoir de décider comment nous percevons et réagissons à ce signal. Nous pouvons décider de lutter contre la douleur et de diriger l’ensemble de notre attention sur celle-ci, ce qui amplifie son intensité perçue et diminue notre tolérance à celle-ci. Ou nous pouvons décider d’accepter la douleur, de rester calmes et de diriger notre attention sur la tâche à accomplir, ce qui diminue son intensité perçue et augmentera notre tolérance à celle-ci.

Jonathan Lasnier, consultant en performance mentale et membre professionnel de l’Association canadienne de psychologie du sport

Les personnes qui n’ont jamais pratiqué ce type de sport tentent souvent de comprendre pourquoi on peut choisir de s’imposer une telle douleur. Selon une récente étude portant sur la psychologie de l’ultramarathonien (Nouvelle fenêtre), ces athlètes s’engageraient dans ce genre d’activité pour justement découvrir leurs limites physiques et mentales.

Il est aussi prouvé que les athlètes possèdent une plus grande tolérance à la douleur que les non-athlètes, mentionne Jonathan Lasnier.

Pour préparer l’aspect physique, un programme d’entraînement strict sera suivi. Mais si l’on sait que l’état d’esprit peut limiter la performance, comment faire pour préparer adéquatement le mental?

Si consulter un spécialiste en performance mentale est conseillé, quelques changements bien simples dans la préparation peuvent faire un monde de différence.

Jonathan Lasnier recommande tout d’abord de diviser l’effort en entraînement et en compétition en segments spécifiques et de faire une liste de ce que vous désirez effectuer lors de chacun des segments.

Résumez vos idées en deux ou trois mots-clés pour chacun des segments. Cette stratégie vous permettra de diriger votre attention sur ce que vous avez à faire dans le moment présent au lieu de la diriger vers la douleur et le futur, suggère-t-il.

Des participants prennent part au marathon des sables, au Pérou.

Le marathon des sables, au Pérou

Photo : afp via getty images / MARTIN BUREAU

Si vous espérez faire une course d’endurance, vous devrez trouver un moyen d’accepter la douleur. Ça fait mal? Bien entendu! Restez calme et continuez!

Quand j’ai couru le Big Foot, qui est de 335 km, j’avais mal, j’avais des ampoules, raconte Patrice Godin. À un moment donné, je me suis dit, tant pis pour la douleur, je vais finir. Le mental a gagné. La douleur, tu ne la sens plus. Ça devient soudainement quelque chose de négligeable.

Pour réussir à mettre cette douleur de côté, Jonathan Lasnier donne quelques pistes de solution à ses athlètes. Encore une fois, l’objectif demeure de contrôler les pensées négatives qui pourraient venir prendre le dessus sur le but à atteindre.

Reconnectez avec les raisons les plus profondes qui vous incitent à prendre part à ce type d’activité. Si ces raisons sont liées à vos valeurs, c’est encore mieux! Utilisez du discours interne motivationnel à la deuxième personne du singulier. Par exemple, répétez : tu es capable, continue.

Ces trucs permettent d’adopter une perspective plus distante face à la douleur et aux autres éléments externes. Soudainement, vous pouvez vous mettre à courir à une intensité plus élevée sans nécessairement avoir l’impression de travailler plus fort.

À l’opposé, lorsqu’un ultramarathonien se met à diriger l’ensemble de son attention sur la douleur ressentie, cela vient amplifier ce signal d’information et ne fait qu’exacerber l’intensité perçue de cette sensation et diminuer sa tolérance à celle-ci. Au bout du compte, cela influence négativement sa performance, illustre Jonathan Lasnier.

Même si la préparation mentale et physique est adéquate, certains événements dérangeants peuvent survenir pendant l’épreuve. Outre les blessures ou les désagréments physiques qui sont monnaie courante, plusieurs adeptes de sports d’endurance ont déjà eu à composer avec des hallucinations.

Les hallucinations arrivent après avoir été longtemps privé de sommeil. En général, à ce moment, le mental a fait la job et il s’agit simplement de poursuivre. Naturellement, les hallucinations peuvent avoir un côté effrayant. Il ne faut surtout pas les prendre au sérieux et, quand on est conscient du phénomène, ça peut être plutôt amusant, reconnaît Patrice Godin.

La résilience et la force mentale sont probablement les deux atouts les plus importants pour une personne qui désire se lancer dans l’univers des épreuves d’endurance. C’est probablement ce qui lui permet de continuer quand sa tête lui répète de ralentir ou d’arrêter.

Et cette capacité à maintenir son fonctionnement, à être flexible et efficace malgré divers défis, sera utile dans toutes les facettes de la vie. Raison de plus pour développer ces aptitudes mentales!

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