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Les Japonais veulent-ils encore des Jeux olympiques?

Des visiteurs qui portent des masques se promènent parmi les anneaux olympiques dans le musée olympique de Tokyo.

Les Jeux olympiques de Tokyo doivent s'amorcer en juillet 2021

Photo : Associated Press / Jae C. Hong

Un récent sondage mené au Japon montre que plus de la majorité de la population est défavorable à la tenue des Jeux de Tokyo en 2021. Ce coup de sonde intervient à quelques jours des élections pour le poste de gouverneur de Tokyo.

La gouverneure sortante, Yuriko Koike, fervente défenderesse de la tenue des Jeux, est actuellement en tête dans les intentions de vote. Va-t-elle perdre son poste devant la méfiance des Tokyoïtes? Serait-ce la fin du rêve olympique? Radio-Canada Sports en a parlé à deux experts : le professeur en sciences politiques à l’Université Temple de Tokyo, Benoît Hardy-Chartrand, qui est aussi chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, et le consultant et spécialiste olympique Armand De Rendinger.

Je n’aimerais pas être dans la peau de Koike à la suite de sa réélection probable... La réponse de Benoît Hardy-Chartrand est on ne peut plus directe. La gouverneure de Tokyo est en bonne position pour renouveler son mandat. La suite, elle, risque d’être plus problématique.

Elle va faire face à d’énormes pressions par divers groupes d’intérêts qui veulent le report des Jeux ou tout simplement les annuler, explique-t-il. De la part aussi du gouvernement central, qui veut à tout prix tenir les Jeux l’an prochain. En ce moment, elle marche main dans la main avec le gouvernement central. Et quand elle faisait de la politique au niveau national, elle était du même parti que Shinzo Abe. Donc, difficile qu’elle change à court terme son fusil d’épaule quant à la tenue des Jeux olympiques de 2021.

Armand De Rendinger, lui, pense que la gouverneure de Tokyo va être rapidement prise entre l’arbre et l’écorce

Aujourd‘hui, les sondages sont assez favorables à la gouverneure sortante. Mais même si elle dit qu’elle est favorable aux Jeux, elle dit aussi qu’il faut estimer les coûts pour savoir si on est favorable à un report ou à une suppression. Elle va avoir beaucoup de pression, mais elle est habituée à vivre avec. Mais elle ne peut pas se permettre d’embarquer le Japon, et Tokyo en particulier, dans une opération où on ne voit pas suffisamment clair à court terme quant au maintien ou à l’annulation des Jeux olympiques. Et tout cela va se jouer dans les trois mois qui viennent.

Au-delà de cette élection, le peuple japonais, lui, semble moins enthousiaste à accueillir les Jeux. Les raisons sanitaires et la situation économique du pays en récession peuvent être des facteurs déterminants pour leur annulation, comme l’explique le spécialiste olympique Armand De Rendinger.

Les résultats de ce récent sondage ne me surprennent pas, dit-il. Il y avait ces derniers temps une tendance qui allait de plus en plus vers un refus d’organiser les Jeux. Les Japonais n’ont plus la même fébrilité que lorsqu’ils ont vu les Jeux leur être attribués. Deux raisons. Tout d’abord la question sanitaire : on ne sait pas quand la pandémie va prendre fin et quand un vaccin sera trouvé. Et les Japonais n’aiment pas rester dans le brouillard. Donc un doute qui se transforme en véritable épée de Damoclès, et les Japonais n’aiment pas cette situation.

Maintenant, la question économique. Les Tokyoïtes se sont aperçus que le report des Jeux d’une année représentait un coût important au niveau économique et qu’ils auront à le supporter. Un report qui se chiffre maintenant à plusieurs milliards.

Un désenchantement

Benoît Hardy-Chartrand abonde dans le même sens et parle même de désenchantement pour les Japonais.

On sent tout de même dans la population que l’enthousiasme et l’effervescence du début de l’année se sont plutôt évaporés. Je le vois au quotidien à l’université et même dans mes discussions avec les Japonais de la rue. Et même s’il devait y avoir un vaccin d’ici juillet 2021, il y a de fortes chances que les spectateurs ne soient pas au rendez-vous et qu’il y ait moins de spectateurs étrangers qui étaient prévus au départ.

Et puis il y a les réactions en chaîne qui sont arrivées après le report des Jeux. L’explosion des coûts est bien réelle. Il y a même un sondage qui est paru au mois de mai qui montre que 65 % des commanditaires des Jeux n’étaient pas certains de poursuivre leur entente jusqu’en 2021. Si même une portion de ce 65 % continuait, il serait difficile au comité organisateur de combler le déficit. Tous ces éléments commencent à ressembler à une recette difficile à avaler pour la population.

Le Comité international olympique et le comité organisateur songent déjà à des Jeux simplifiés et optimisés, sans dévoiler leur véritable plan. Il n’est pas certain que ce flou artistique plaise aux Japonais, habitués à plus de rigueur, comme l’explique Benoît Hardy-Chartrand.

C’est un immense casse-tête pour tout le monde ici. Est-ce que le gouvernement et le comité organisateur auront le temps de placer toutes les pièces de puzzle d’ici l’an prochain? Les Japonais, tout ce qu’ils entreprennent, ils veulent le faire à la perfection. Tenir les Jeux olympiques dans un an va être difficile à faire de la façon dont les Japonais voulaient le faire au début. Et ne pas le faire avec la perfection habituelle est presque impensable pour eux.

J’ai confiance dans leur capacité, leur force de travail, l’ambition et la volonté de faire de ces Jeux une réussite, s’ils ont lieu. Mais il y a énormément d’obstacles qui se dressent devant le comité organisateur, le gouvernement et le peuple japonais. Même s’il n’y avait pas de pandémie, il faut rappeler que les Jeux auront lieu dans la période des grandes chaleurs avec une capacité réduite au niveau des infrastructures hôtelières, des transports. Donc, effectivement, c’est un véritable casse-tête de conjuguer avec tous ces facteurs.

Des décisions importantes devront être prises rapidement face aux incertitudes actuelles. La récente publication du Conseil national de sécurité du Japon n’est pas vraiment rassurante : 129 pays figurent sur la liste des interdictions d'entrée au pays.

Le cirque olympique n’a pas encore dressé son chapiteau dans la capitale nippone. La seule certitude aujourd’hui, c’est que si les Jeux ont lieu, ils seront uniques en leur genre.

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