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Chronique

Athènes 2004 : seul sur l’Acropole

Il est sur le podium avec sa médaille d'or au cou et coiffé d'une couronne d'olivier.

Benoît Huot a gagné cinq médailles d'or aux Jeux d'Athènes.

Photo : Getty Images / Ker Robertson

J’ai couvert les Jeux paralympiques une seule fois. C’était à Athènes, en 2004. Et l’aventure s’est conclue par un heureux concours de circonstances que je vous raconterai en conclusion.

D’abord, l’histoire de ceux qui ont animé mes 17 jours dans la capitale grecque, sans me laisser seul une seule minute.

Benoît

Athènes 2004, ça a été l’apothéose pour Benoît Huot. Il y a remporté cinq des neuf médailles d’or qui ont ponctué sa carrière paralympique. D’ailleurs, l’émission Souvenirs olympiques lui sera consacrée samedi à 18 h 30 (HAE) sur ICI Télé. On revivra ses conquêtes.

Deux sports occupaient l’essentiel de nos journées à Athènes. Nous n’étions que deux journalistes-descripteurs à couvrir l’ensemble des compétitions. Louis Hardy (que j’ose appeler mon ami) était à l’athlétisme et moi à la natation. J’ai donc suivi Benoît jour après jour.

Dans sa catégorie, la S10, il a gagné les 50, 100 et 400 m style libre et le 100 m papillon. Comme il a aussi remporté l’argent au 100 m dos, vous ne serez pas étonnés d'apprendre que sa cinquième médaille d’or a été celle du 200 m quatre nages individuel.

Il est dans la piscine et sourit après sa victoire.

Benoît Huot, champion paralympique du 50 m libre aux Jeux d'Athènes

Photo : Getty Images / Ker Robertson

Je dirais que Benoît Huot était alors le paranageur le plus complet du monde. Et sa domination n’avait d’égale que son humilité et sa gentillesse.

En entrevues

Après chaque course, et même dans les journées les moins occupées, Benoît ne refusait jamais une entrevue. Radio-Canada était le diffuseur officiel. Avec nous, ça allait pratiquement de soi. Mais je l’ai aussi vu défiler gentiment, en souriant, à tous les micros qu’on lui a tendus. Quel que soit le média, quelle que soit la nation.

Chantal Petitclerc a dévoré la piste, la même année à Athènes, avec cinq médailles d’or elle aussi. Le Canada était bien représenté sur les plateaux et hors des plateaux.

Une découverte

Depuis mes débuts en presse sportive, il y a près de 40 ans, j’en ai vu des compétitions. Je vais peut-être vous étonner, mais si je devais choisir un sport, un seul, pour acheter des abonnements saisonniers, ce serait le rugby en fauteuil roulant.

Lorsqu’il est joué par les meilleurs, ce sport est absolument passionnant. L’aspect tactique, l’utilisation de chaque joueur selon la cote de son handicap, les capacités particulières et le niveau d’habileté est remarquable et très étudié.

Il tient le ballon dans sa main gauche et cherche un coéquipier à qui faire une passe, pendant que deux Américains l'entourent.

Garett Hickling (avec le ballon) lors de la demi-finale contre les Américains aux Jeux d'Athènes

Photo : Getty Images / Milos Bicanski

Des chars d’assaut

Montés sur leur char, Garett Hickling, le capitaine du Canada, Daniel Paradis, Ian Chan, Raymond Lizotte, Fabien Lavoie et Patrice Simard m’ont profondément impressionné à Athènes.

Ils ont gagné leur championnat en demi-finale en battant les Américains, grands favoris du tournoi. Et quand ils ont perdu la finale dans un match serré contre les All Blacks de la Nouvelle-Zélande, j’avoue que j’ai pleuré avec eux.

Un jour, je reverrai un tournoi de ce calibre et de cette intensité.

Petite équipe

Dans mon album souvenir, je compte quelques pièces de collection que je raconterai peut-être un jour dans mes mémoires (édition unique, écrite et rangée dans ma cave, à l’intention de mes enfants qui en utiliseront les pages pour remettre d’aplomb les armoires bancales).

L’un de ces souvenirs personnels remonte à Athènes.

Les budgets de Jeux paralympiques ne sont jamais énormes. Les commanditaires sont timides, les revenus modestes. On couvre donc les Jeux avec de petites équipes. J’ai dit plus haut que Louis Hardy et moi étions les deux journalistes-descripteurs à Athènes pour tous les sports.

André Brisset Des Nos était le réalisateur responsable de la production. Il m’avait fait une belle faveur en me prenant dans son équipe. On travaillait du matin au soir, de 12 à 14 heures par jour, sans congé. C’était mercredi tous les jours. Je ne me plains pas. C’est mon métier.

J’étais arrivé à Athènes après le reste de l’équipe parce que je travaillais à un autre projet la semaine précédente. André était donc venu me prendre à l’aéroport, m’avait conduit à l’hôtel et on avait attaqué dès le lendemain.

Les Jeux ont suivi leur cours et, à la veille de la dernière journée de compétition, constatant que je n’avais rien vu d’autre que les stades et ma chambre d’hôtel, André me dit : Prends la matinée pour toi demain et viens nous rejoindre à midi.

L’Acropole

Trois ou quatre heures de liberté!

J’étais à distance de marche de l’Acropole. Pas d’hésitation. Je me suis levé très tôt pour m’y rendre avant l’ouverture du Parthénon.

Le Parthénon, situé sur l'acropole d'Athènes

Le Parthénon, situé sur l'acropole d'Athènes

Photo : Getty Images/Ivan Bastien

Il y avait une entrée spéciale pour les détenteurs d’une accréditation de média. Bonheur! J’étais le seul à m’y trouver.

À 7 h 30, le soleil se montrait à peine, mais il devait y avoir une centaine de touristes à la porte commune. Quand la mienne s’est ouverte, je me suis lancé, à pas rapides, les deux pieds dans l’Histoire.

Fin seul

Une porte tournante laissait le passage aux touristes et, ce matin-là, elle s’est coincée. Je ne l’ai appris que plus tard.

Ce que j’ai pu constater tout de suite, par contre, et sans vraiment comprendre pourquoi, c’est que j’étais complètement seul au sommet. Avec le soleil sur l’horizon, les ombres étirées, les pierres millénaires, j’avais le Parthénon rien que pour moi.

Ça a duré 10 minutes peut-être. J’ai apprécié ma chance quand la foule est arrivée et qu’il est devenu impossible de bouger sans toucher quelqu’un. Et je n’avais même pas pris de photo!

J’ai ramassé deux petits cailloux pour mes enfants et je suis redescendu vers Athènes que j’ai traversée lentement.

Une douche et une cravate plus tard, j’étais à mon poste, en studio, où je suis resté jusqu’en soirée.

Athènes pour moi, 16 ans plus tard, c’est une chouette équipe, le sourire de Benoît Huot, la maîtrise de Chantal Petitclerc, quelques costauds attachants dans leur fauteuil roulant, une porte tournante qui ne tourne pas rond et 10 minutes de pur bonheur.

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