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Nicholas Latifi et Lance Stroll, les deux Canadiens masqués à Spielberg

Nicholas Latifi et Lance Stroll

Nicholas Latifi et Lance Stroll

Photo : Getty Images / JOE KLAMAR

La F1 tente de recommencer à vivre ce week-end en présentant son premier grand prix de la saison, en Autriche, dans des conditions sanitaires strictes. Il y aura cette saison deux pilotes canadiens avec l'arrivée de Nicholas Latifi avec Williams.

Dire que Nicholas Latifi a trouvé le temps long en confinement est un euphémisme.

Déjà que le Torontois avait dû faire quatre ans de F2 avant de pouvoir obtenir un volant en F1, voici qu'au moment où il allait entrer en piste à Melbourne, en Australie, en mars, le coronavirus a obligé la planète à se mettre en mode confinement pour combattre la pandémie.

Encore des mois à attendre sans savoir quand son tour viendrait de pouvoir rouler en grand prix.

Ça a été une très longue attente avant qu’on en arrive à cette première course, a admis Latifi à Radio-Canada Sports.

Nicholas Latifi répond à une question et lève le bras droit.

Nicholas Latifi en Autriche

Photo : Williams F1

Il y avait eu déjà un compte à rebours et beaucoup d’émotions à gérer avant le Grand Prix d’Australie, mais il a fallu mettre tout ça de côté et attendre encore plusieurs mois. Ce n’était pas idéal au début, car on ne savait pas si on aurait une saison. Et les premières semaines du confinement m’ont paru très longues.

Depuis la fin juin, tout va beaucoup plus vite, les usines ont rouvert leurs portes, et ce délai m’a donné le temps de me préparer encore mieux. Enfin, j’ai droit ce week-end à une deuxième chance de faire mes débuts comme pilote de course.

Pour le moment, Latifi dit ne pas ressentir de nervosité, car il a déjà fait des essais libres en F1, notamment au Grand Prix du Canada. Mais pour les qualifications et pour la course, quelques papillons (chers à Virginia Williams, épouse de Frank Williams) pourraient batifoler dans son ventre.

Le paddock du Grand Prix d'Autriche est très différent. Pas de super structures multicolores, toutes plus ostentatoires les unes que les autres. Les conditions sont presque spartiates. La zone hospitalité ressemble à celle de Montréal, avec ses cabines standardisées pour chaque équipe.

Le paddock du Grand Prix d'Autriche à Spielberg

Le paddock du Grand Prix d'Autriche à Spielberg

Photo : Getty Images / Peter Fox

Lance Stroll connaît bien le circuit de Spielberg. Il a gagné sur ce circuit en F3, avant de faire le saut en F1. Mais s'il reconnaît la piste, il ne reconnaît pas le paddock.

C’est différent ici, a lancé le Québécois dans une rencontre de presse jeudi pour les médias canadiens.

On porte tous des masques. Il n’y a pas de public. Je pense que la F1 fait ce qu’elle peut pour se protéger du virus, mais on va voir ce qui arrive dans les prochaines semaines. Tout le monde doit faire des tests aux cinq jours pour voir si des gens sont positifs. On fait vraiment ce qu’on peut pour rester en sécurité.

Vous le savez, en F1, tout est méticuleusement préparé, ordonné, tout se fait dans un synchronisme parfait, rappelle Nicholas Latifi.

Et là, on a jeté une bombe dans notre routine opérationnelle. C’est certain que ces nouvelles normes seront difficiles à gérer dans les premières courses. Il va falloir s’habituer à cette nouvelle façon de travailler. Il faudra s’adapter, et la réussite en F1 vient de la capacité à s’adapter.

On le fait tout le temps, et on va réussir à s’adapter, affirme le Torontois. En espérant qu’au niveau sanitaire, les choses aillent mieux dans les mois à venir.

Nicholas Latifi roule devant Lance Stroll. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Nicholas Latifi devant Lance Stroll

Photo : Getty Images / DARKO BANDIC

Si sur le plan sanitaire, les deux Canadiens sont à la même enseigne, sur le plan sportif, Lance a (au moins) trois longueurs d'avance sur Nicholas.

Après trois ans à apprivoiser la F1, au sein de deux équipes qui ne lui ont pas offert les voitures les plus performantes, Lance Stroll a enfin une voiture, la RP20, capable de s'exprimer en piste. C'était en tout cas le sentiment lors des essais présaison à Barcelone en février. Mais après, on a démonté les voitures et les usines ont fermé pendant deux mois.

Ce n'est que depuis le 27 mai que l'équipe Racing Point s'est remise en marche. Tout le programme de développement de la voiture a été perturbé.

Tout le monde était en lock down (fermeture forcée) pour quelque mois, dit Stroll. Alors, on n’a pas eu de temps pour faire du développement sur la voiture depuis Barcelone. C’est sûr qu’on va faire ce qu’on peut dans les prochaines courses pour améliorer la voiture durant l’année.

Il y a bien sûr tout le temps des imprévus, mais c’est sûr qu’avec cette voiture, on est compétitifs, reconnaît-il. On l’a vu à Barcelone. Maintenant, en Autriche, on veut marquer de bons points, si c’est possible.

Le circuit de Spielberg ne pardonne pas. Il est très court. Un tour se négocie en une peu plus d'une minute. La position de tête de 2019 a été enregistrée en 63 secondes par Charles Leclerc dans une Ferrari.

La rouille, l'ennemie du week-end

Les équipes devront trouver les bons réglages et les pilotes ne devront pas faire d'erreur. Une lourde tâche après l'arrêt forcé du printemps.

Ce n’est pas facile d’embarquer dans la voiture après une si longue pause, affirme Nicholas Latifi. Il faut retrouver ses repères, car dans une F1, c’est un choc pour le corps de retrouver la vitesse pure, les forces G, les freinages appuyés. Et tout ce qui fait que la F1 est la voiture la plus performante qui existe.

Et ce sera encore plus difficile pour l'équipe Williams, qui n'a pu faire tourner ses pilotes en privé, ce qu'ont fait la grande majorité des équipes, notamment Racing Point.

Lance Stroll a fait 100 km dans la RP20 le 17 juin à Silverstone.

Lance Stroll sort du garage au circuit de Silverstone.

Lance Stroll sort du garage au circuit de Silverstone.

Photo : Racing Point / Glenn Dunbar

Si les lettres de l'entreprise autrichienne BWT (Best Water Technology) se démarquent bien sur le fond rose de la voiture, les lettres de l'entreprise canadienne de produits alimentaires SOFINA ont trouvé leur place sur les pontons de la Williams FW43.

C'est l'entreprise de Michael Latifi, le père de Nicholas. SOFINA est le distributeur exclusif au Canada de la marque de café Lavazza, qui est un des commanditaires personnels du pilote de 25 ans.

Après la famille Stroll, c'est au tour de la famille Latifi de soutenir financièrement l'équipe Williams, qui en a bien besoin, en échange d'un volant.

Selon motorsport.com, Michael Latifi aurait consenti une marge de crédit à Williams de plus de 50 millions de dollars, et il a refait un prêt à Williams en avril 2020 quand l'équipe a mis tous ses avoirs en garantie pour obtenir des liquidités.

L'équipe est aujourd'hui en vente, et Michael Latifi fait partie des trois candidats au rachat.

Pour être honnête, tout le côté affaires de l’équipe ne me regarde pas, lance Nicholas Latifi. Mon travail, c’est de piloter et d’offrir la meilleure performance possible sur la piste.

Je ne peux pas entrer dans le détail des ententes, mais ce que je peux vous dire, c'est que pour mes commanditaires personnels et pour l’investissement de mon père dans l’équipe, rien n’a changé par rapport aux ententes initiales.

La FW43 de l'équipe Williams pour la saison 2020

La FW43 de l'équipe Williams pour la saison 2020

Photo : Williams F1

Les ambitions de Michael Latifi

C’est vrai que le nom de SOFINA est écrit en gros sur les pontons. Mais comme un commanditaire est parti, il y a maintenant plus de place sur la voiture pour les autres, affirme candidement le pilote canadien.

L'entreprise de télécommunications ROXiT a en effet déserté Williams à la fin mai, obligeant la famille à mettre l'équipe en vente. Pourrait-on avoir une deuxième équipe canadienne en F1 dans un avenir proche?

Je n’ai pas parlé de ce sujet-là avec mon père. Je ne sais pas ce qu’il en pense, et ce n’est pas à moi d’émettre une hypothèse sur ce que veut faire mon père, dit Nicholas Latifi. C’est vrai qu’il y a des rumeurs, mais pour le moment, ce que je peux vous dire, c’est que ce sont les mêmes ententes qu’au début. Si ça se concrétise, ce sera une décision purement d’affaires, comme ce qu’il a fait avec McLaren.

Michael Latifi a acheté en mai 2018 10 % des parts du groupe McLaren pour une somme estimée à 328 millions de dollars canadiens.

Les dollars canadiens circulent bien en F1 ces temps-ci. Du côté de Racing Point, ils ont permis à Lawrence Stroll de bâtir une équipe, de faire construire une nouvelle usine (prévue en 2022), d'acquérir le constructeur britannique Aston Martin et de le ramener en F1 en 2021.

Très bien servie techniquement par Mercedes-Benz, Racing Point pourrait avoir comme prochain objectif d'engager les meilleurs pilotes du moment. Pour garantir des résultats et un retour sur les investissements importants des deux dernières années.

L'occasion idéale

Dans ce contexte, Lance Stroll doit profiter de la RP20, très largement inspirée de la Mercedes-Benz W10 de la saison dernière, pour montrer qu'il peut être un pilote polyvalent, rusé et fiable en course (on le sait déjà) et rapide et précis en qualifications (on ne le sait pas encore...).

Oui, la qualification, c’est un endroit où je dois travailler. Mais on n'avait pas la voiture la plus compétitive l’année passée en termes de vitesse, rappelle le Québécois. C’est un sport où c’est important, voiture et pilote. Mais je veux m’améliorer en général, il y a tout le temps des choses à améliorer. C’est une autre année en F1, c’est une autre opportunité. Je vais essayer de tirer le plus possible de cette opportunité.

Lors des essais présaison, la RP20 de Racing Point a fait tourner des têtes, car elle ressemblait à s'y méprendre à la Mercedes-Benz W10 de 2019. À tel point que les mauvaises langues l'ont appelée la Mercedes rose. Et la RP20 s'est avérée très rapide et très maniable.

En configuration de qualifications, Racing Point a fini à 1,4 s de Mercedes-Benz, et en configuration de course, à 1,5 s.

Lance Stroll dans la RP20 (en haut) et Lewis Hamilton dans la W10

Lance Stroll dans la RP20 (en haut) et Lewis Hamilton dans la W10

Photo : Getty Images / Rudy Carezzevoli / Charles Coates

Mercedes-Benz sera encore la référence en 2020 avec la W11.

Lewis Hamilton veut égaler le record de sept titres de Michael Schumacher, et l'équipe fera tout pour l'aider. Le Britannique veut aussi rejoindre Schumacher pour le nombre de courses gagnées, il lui en manque 8 pour atteindre le total impressionnant de 91 de l'Allemand.

Racing Point peut-elle cette année passer devant McLaren et embêter Ferrari et Red Bull? Les équipes de pointe ont travaillé en usine pour développer leurs voitures depuis la mi-mars. Ce que ne semble pas avoir fait (ou peu) Racing Point.

Et les pilotes de Mercedes-Benz ont pu tourner pendant deux jours à leur guise dans la W09, la voiture de 2018 championne du monde (le règlement interdit les essais privés dans la voiture de l'année en cours et de l'année d'avant).

Apprendre en attendant mieux

Du côté de Williams, on ne s'attend pas à des miracles. L'équipe s'est battue durant le confinement pour survivre. Elle a dû emprunter de l'argent qu'elle aura du mal à rembourser à court et à moyen terme. Le budget est très léger, les espoirs pour la saison le sont aussi.

C’est clair qu’on aurait profité d’une journée d’essais comme les autres ont fait, mentionne Nicholas Latifi.

On ne sait pas encore où nous nous situons. Nous avons fait un pas en avant cet hiver, c’est sûr. Mais pour ce qui est de la performance en qualifications, où tout le monde va à fond, et en course, où tout le monde pousse, c’est difficile de prévoir quoi que ce soit avant quelques courses. Alors, nous pourrons nous fixer des objectifs plus réalistes.

Cette saison servira à son apprentissage.

À chaque présence en piste, je vais apprendre beaucoup, donc je dois y aller par étape, ne pas me compliquer la vie, et bloquer beaucoup de choses, explique-t-il. C’est en quelque sorte une bénédiction pour moi ce qui arrive. Car à Spielberg, il y a beaucoup moins de monde, pas de public, pas de commanditaires, moins de représentants des médias. Toutes ces obligations prennent beaucoup de temps et d’énergie. Donc, ce huis clos va m’aider.

Beau joueur, Lance Stroll salue l'arrivée de son compatriote, d'autant qu'il ne devrait pas trop l'embêter en course.

Je le connais du karting. On courait ensemble quand j’étais jeune, c’est un petit monde. C’est bien de voir un autre Canadien en F1, et je lui souhaite le meilleur, conclut Stroll.

Lance Stroll roule sur le circuit Gilles-Villeneuve.

Lance Stroll sur le circuit Gilles-Villeneuve en 2019

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Rendez-vous à Montréal

Lance Stroll et Nicholas Latifi attendent impatiemment de savoir si le Grand Prix du Canada sera au programme de la deuxième moitié de la saison, en octobre. Tous les nœuds entourant le financement conjoint des trois ordres de gouvernement (fédéral, provincial et municipal) n'ont pas été dénoués.

Ce qui rend ce moment encore plus important pour moi, c’est que toute ma carrière automobile, je l’ai vécue en Europe, fait remarquer Latifi. Alors que les pilotes européens peuvent courir à domicile souvent, moi, je ne l’ai jamais fait.

Je souhaite qu’il y ait un Grand Prix du Canada en octobre, et qu’il y ait du public dans les gradins, car disputer mon grand prix national sans public, ce serait vraiment dommage, conclut-il.

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