•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Internationaux des É.-U. : Gabriela Dabrowski s’inquiète de la sécurité des joueurs

Gabriela Dabrowski

Gabriela Dabrowski

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Diane Sauvé

Si le tournoi du grand chelem avait lieu cette semaine à New York, la Canadienne et spécialiste du double sait très bien ce qu’elle ferait.

Présentement, non. Je n'irais pas.

C’est ce que la septième joueuse mondiale en double a déclaré à Radio-Canada Sports lors d’un entretien, depuis Boston, lundi.

Et celle qui a longuement fustigé le maintien de l’événement sur les réseaux sociaux n’a aucune idée si elle se présentera à Flushing Meadows à l’ouverture prévue le 31 août.

La joueuse de 28 ans considère qu’il y a trop de questions sans réponse, trop d’avis contraires au sujet du coronavirus et de ses conséquences ainsi que des éclosions un peu partout.

La bulle serait impossible à maintenir, selon elle. Et si le joueur est contaminé, il pourrait devoir rester confiné plus longtemps que deux semaines.

Je ne sais même pas si c’est sécuritaire, car nous voyons maintenant tant de jeunes contracter le virus. Et j’aimerais bien voir des études sur les effets sur nous. Vous vous imaginez si l’un de nous est contaminé, puis se retrouve avec des problèmes pulmonaires ou cardiaques par la suite? Ce serait catastrophique.

Qu’est-ce qui est mieux : attendre que la situation mondiale se calme ou essayer de jouer à tout prix?

Gabriela Dabrowski, septième joueuse mondiale en double

Santé et format réduit

En plus des questions sanitaires, Gabriela Dabrowski condamne le format adopté par les Internationaux des États-Unis pour son édition 2020 : une formule sans qualification, un tableau réduit de moitié en double et pas de tournoi en double mixte.

Gabriela Dabrowski en double à Roland-Garros

Gabriela Dabrowski en double à Roland-Garros

Photo : Getty Images / Clive Mason

Tout ça me laisse un goût amer, avait écrit sur Twitter la détentrice de deux titres du grand chelem en double mixte aux Internationaux de France en 2017 et d’Australie en 2018.

Ce sont des préoccupations déjà partagées par plusieurs athlètes.

Dabrowski, membre du Conseil des joueuses de la WTA, raconte comment s’est déroulée leur réunion avec les dirigeants des Internationaux des États-Unis il y a plusieurs semaines.

Les dirigeants étaient surpris de voir que nous avions peu de questions à poser. C’est parce que nous étions sous le choc. Tout semblait décidé d’avance. Il ne s’agissait pas d’une conversation pour avoir le pouls des joueurs. Les décisions étaient déjà prises pour nous.

Gabriela Dabrowski

Gabriela Dabrowski reproche aussi la façon de faire des hautes instances à Flushing Meadows dans le dossier du tournoi en fauteuil roulant réintégré la semaine dernière après les critiques notamment du champion australien Dylan Alcott, mais aussi de Roger Federer, Novak Djokovic et Andy Murray.

Parce que ça paraît mal dans les médias, on a vite changé les choses. Ils ont peur des contrecoups. Mais les craintes des autres joueurs qui se sont exprimés sont aussi légitimes quand on pense au climat global actuel.

La joueuse originaire d’Ottawa aurait aimé qu’on essaie plus fort de sauver les qualifications. Encore une façon, pour elle, de creuser l’énorme fossé entre l’élite et les très bons joueurs. Un tournoi majeur donne plus de points. Et les meilleurs pourront donc améliorer leur classement plus facilement que les autres.

Elle aurait bien vu un tournoi qualificatif présenté dans une autre ville avec les gagnants rapatriés à New York pour le tournoi du tableau principal. La bulle n'aurait pas été bien plus grosse, selon elle.

Il est intéressant aussi de constater que le nombre d'accompagnateurs permis par joueur aux Internationaux des États-Unis a augmenté après que certaines vedettes, comme Djokovic, eurent critiqué la chose.

À ce compte-là, ça me dit que ce n’est plus une question de nombre, car vous amenez plus de gens dans la bulle. Ça n’a pas de sens. J'aimerais bien qu’on m'explique parce que je ne comprends pas.

Gabriela Dabrowski

Univers bien différent

L’univers du tennis est composé de plusieurs planètes. Il y a l’élite, les 100 meilleurs joueurs du monde, puis les autres. Il y a aussi la planète du double dont fait partie Gabriela Dabrowski. Les conditions sont bien différentes.

Les joueurs de double n’ont pas d’équipe. Dans mon cas, j’ai un entraîneur quelques semaines seulement par année, au besoin. Et si j’ai un préparateur physique, je le partage avec quatre ou cinq autres joueurs. C’est tout ce que je peux me permettre financièrement.

Et pour vivre décemment, explique la Canadienne, un joueur de double doit gagner beaucoup plus souvent qu’en simple.

Elles sont debout et présentent leurs trophées.

Yifan Xu et Gabriela Dabrowski, finalistes du double à Wimbledon en 2018

Photo : Reuters / Hannah Mckay

Elle veut donner une voix aux spécialistes du double à titre de membre du Conseil des joueuses pour augmenter la visibilité du sport et pour changer les structures. Déjà, il était question d’organiser des cliniques, des journées avec les médias. Mais tout est stoppé à cause de la pandémie.

À l’image de son compatriote Vasek Pospisil, Gabriela Dabrowski milite aussi pour que plus de joueurs puissent profiter des bourses en tournois.

Je ne veux pas voir les gagnants de tournois toucher un demi-million ou un million de plus. Je veux que cet argent aille aux joueurs sortis aux premier, deuxième ou troisième tours. Ça rendra le tennis viable pour plusieurs joueurs. C’est une question de santé mentale. Tu ne luttes pas constamment pour ta survie financière.

Gabriela Dabrowski

Du tennis, pas de la F1

La spécialiste du double déplore le fait que le tennis n’ait pas saisi l’occasion, avec la pandémie, pour se réinventer. Oui, elle aime l’idée de Patrick Mouratoglou et son format condensé de l’Ultimate Tennis Showdown, mais elle en veut plus.

Si le tennis est un sport planétaire, il devient aussi très coûteux avec les nombreux voyages. Dabrowski aimerait ramener ça à une échelle plus humaine.

Si nous pouvions mettre sur pied plus de circuits locaux, d'événements régionaux qui pourraient réduire les coûts pour plusieurs. J’ai entendu cette analogie l'an dernier. "Nous voulons que le tennis ressemble davantage au soccer et moins à la formule 1."

Gabriela Dabrowski, septième joueuse mondiale en double

Et c’est parce qu’elle ne pouvait pas se permettre un entraîneur en simple que Gabriela Dabrowski s’est tournée vers le double il y a quelques années. Encore une fois, l’argent a parlé.

Mes parents avaient dépensé toutes leurs économies pour moi. Je devais trouver une solution. La fédération ne m’a pas aidée. Et je ne pouvais pas payer un entraîneur pour hausser mon niveau de jeu.

Son virage a connu une suite heureuse. Mais le double est rarement l’objectif premier quand on joue au tennis. L'orgueil en a pris pour son rhume.

Je n’étais pas différente des autres : le simple était ma priorité. Mais pour rester dans le sport et en vivre financièrement, j’ai dû ravaler ma fierté et faire le changement.

Gabriela Dabrowski

La Canadienne se dit très fière de sa décision. On le serait à moins. Rares sont celles qui peuvent se vanter d’être à la fois athlète olympique et lauréate de deux titres du grand chelem. Mais encore là, ce n'est pas le Pérou.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Tennis

Sports