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Chronique

Le sport canadien a besoin d’entraîneurs canadiens

Un entraîneur pensif sur les lignes de côté

Kenneth Heiner-Moller

Photo : The Associated Press / Claude Paris

Nul n’est prophète en son pays. On le voit trop souvent dans le monde du sport.

Il y a quelques semaines, Kenneth Heiner-Moller, l’entraîneur de l’équipe canadienne de soccer féminin, annonçait son départ. Il a accepté un poste de directeur du développement des entraîneurs au Danemark, son pays d’origine.

À un an des Jeux, notre équipe féminine perd un deuxième entraîneur de façon inattendue durant ce cycle olympique. John Herdman l'avait quittée il y a deux ans pour prendre la tête de l’équipe masculine canadienne. Ce dernier est resté au pays, pour l’instant du moins…

Le départ soudain de Heiner-Moller soulève un point critique, selon moi, pour le succès à long terme du Canada aux Olympiques : l’importance d’avoir des entraîneurs canadiens.

Au Canada, on rêve très souvent à un sauveur venu d’ailleurs, avec une espèce de pilule magique.

Il y a beaucoup d’entraîneurs étrangers qui travaillent au Canada. Faire une liste exhaustive serait trop long.

Dans des sports comme le cyclisme, le patinage ou le ski, qui dépendent beaucoup de cette expertise internationale, je me dis qu’on ne fait pas bien notre travail. Engager un entraîneur australien ou sud-africain pour créer une équipe nationale de criquet, là, je pourrais comprendre, mais pour le cyclisme? Le ski? Le soccer? Aucune excuse.

Bien sûr, le Canada n’est pas un leader international en soccer, mais c’est quand même le sport le plus pratiqué au pays depuis plusieurs années. Alors, comment est-ce possible que nous dépendions encore à ce jour d’entraîneurs venus d’ailleurs? Ceux-ci ne sont trop souvent que de passage et s’offrent ensuite des jours meilleurs dans leur pays d’origine ou dans des équipes plus prestigieuses.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas allez chercher de l’expertise internationale pour répondre à des besoins à court terme. Pour assurer la pérennité de notre succès, il est primordial de développer notre propre talent, car il n’y a rien pour remplacer la passion qu’un entraîneur ressent pour son propre pays. Rien.

J’ai été moi-même un entraîneur dans un autre pays, le Japon. Je faisais mon métier avec autant de passion que lorsque j’étais ici, mais il était certain qu’un jour, j’allais revenir au Canada, même si j’avais d’excellentes conditions de travail.

Voilà pourquoi j’avais mis en place un système de développement des entraîneurs afin que le Japon soit un jour souverain et arrête de dépendre du reste du monde. Deux de mes anciens athlètes sont devenus des entraîneurs de l’équipe nationale pendant quelques années. Et cela m’a procuré autant de satisfaction que les médailles qu’ils ont gagnées avec moi.

John Herdman est un entraîneur et une personne que je respecte au plus haut point. Certes, il a quitté l’équipe féminine de façon abrupte, mais au moins, il avait un plan pour développer une entraîneuse d’ici, Rhian Wilkinson.

Une joueuse en point de presse derrière un ballon

Rhian Wilkinson lors d'un point de presse

Photo : AFP/Getty Images / ANDY CLARK

Rhian a fait partie de l’équipe nationale de 2003 à 2017. Elle a remporté deux médailles de bronze aux Jeux olympiques en 2012 et en 2016 pour ensuite entreprendre une carrière d’entraîneuse. Dans sa dernière année comme joueuse, John avait déjà mis en branle un plan pour sa transition sur les lignes de côté.

Depuis, Rhian Wilkinson a bâti un système de développement au Canada comme entraîneuse en chef des équipes féminines U-20 et U-17. Certains diront qu’elle est trop jeune, qu’elle manque d’expérience. Mais pour moi, le plus grand risque serait d’aller chercher un autre sauveur international alors que nous avons LA solution dans notre cour.

Il y a des choses qui ne s’enseignent pas lorsqu’on parle d’un entraîneur, comme être un leader qui saura mener une équipe à se dépasser et à croire en son potentiel. Rhian Wilkinson est une meneuse, et plus encore.

Accepterait-elle le défi? Je n’en ai aucune idée. J’espère juste que Soccer Canada va la prendre en considération et qu’on commence une lignée d’entraîneurs et d’entraîneuses canadiens dans ce sport où nous ne devrions plus avoir d’excuses.

Et pour les autres sports qui dépendent encore d’une expertise internationale, il faudrait commencer à penser à plus long terme. Sinon, ce sera un éternel recommencement.

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