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Luguentz Dort n’a jamais cessé de croire qu’il avait sa place dans la NBA

Luguentz Dort

Luguentz Dort dans l'uniforme du Thunder d'Oklahoma City

Photo : Getty Images / Matthew Stockman

Olivier Paradis-Lemieux

Le repêchage de la NBA en juin 2019 n’était pas encore tout à fait terminé que Luguentz Dort avait déjà quitté son siège du Barclays Center de Brooklyn, visiblement secoué d’avoir été ignoré lors de l’encan annuel. Un an plus tard, presque jour pour jour, il a apposé sa signature au bas d’un contrat de quatre saisons avec le Thunder d’Oklahoma City. Il fallait seulement continuer d’y croire.

Ça fait vraiment du bien. C'est un soulagement. Quand je pense à tout le travail, tout le temps que j'ai mis. J'ai travaillé vraiment fort pour arriver à ce point-là. Depuis le repêchage que je pensais à ça. J'avais une bonne mentalité, j'avais un but, c'était ça. Ça m'a vraiment touché, je suis vraiment content de voir qu'ils me font confiance pour les prochaines années, nous raconte au téléphone Luguentz Dort, depuis Oklahoma City.

Ma mère, ma famille, ç'a été mon soutien numéro un. C'est sûr que ma mère, tout ce que je peux lui donner, je lui donnerai. Ils m'ont vu quand j'étais vraiment down, après tout ce qu'il s'est passé. Puis, ils m’ont vraiment soutenu pour m'aider à remonter.

Luguentz Dort

Le Montréalais avait pris un risque en quittant l’Université Arizona State après sa première saison. S’il n’était pas repêché, il ne pouvait retourner dans la NCAA. Certains experts le voyaient au premier tour, et plusieurs équipes avaient démontré de l’intérêt. Mais le soir venu, il avait glissé hors des deux tours du repêchage.

Il n’était pas totalement reparti bredouille de New York.

Il s’était entendu avec le Thunder sur un contrat à deux volets, valant au maximum un peu moins de 400 000 $, qui lui permettait de jouer dans la G-League, la ligue de développement de la NBA, tout en pouvant être activé par le Thunder lors de 45 journées – d’entraînement ou de matchs – dans la grande ligue.

Le salaire était évidemment moindre que les 5,4 millions de dollars qu’il gagnera pour le reste de la saison, qui reprendra à la fin du mois de juillet à Orlando, et pour les trois prochaines. Mais en demeurant dans le giron d’une équipe de la NBA, il pouvait obtenir l’occasion de se faire valoir, à un moment ou à un autre.

Ça m'a donné la chance de me montrer et de me démarquer. Juste le fait que le rôle que j'avais dans la G-League n'était pas celui que j'ai avec le Thunder. J'étais capable de leur montrer quel genre de joueur je peux être. J'ai été capable de montrer le vrai Luguentz Dort, quelque chose que je peux faire avec une équipe qui me donne plus de liberté.

Luguentz Dort

En décembre, il a obtenu une première occasion de se faire valoir dans la NBA, et il a mené le Blue, l’équipe-école du Thunder, pour les points marqués avec 19,5 par match. Puis, après un retour dans la G-League au tournant de l’année 2020, des blessures à de nombreux joueurs du Thunder lui ont ouvert une porte dans laquelle il a su s’engouffrer avec brio.

En quelques semaines, le garde recrue non repêché est devenu un favori de la foule à Oklahoma City, tandis que ses coéquipiers démontrent avec régularité leur malin plaisir de voir la pépite de Montréal-Nord éclore de la sorte. Ils étaient d’ailleurs les premiers, ou presque, à le féliciter jeudi quand il est devenu de plein droit l’un des leurs.

J'ai signé durant la matinée, et après ça, on jouait des cinq contre cinq dans le gym. Ils avaient appris la nouvelle et ils étaient vraiment contents pour moi, raconte-t-il. Ils ont juste vraiment vu d'où j’étais quand ils m'ont vu pour la première fois et où je suis en ce moment. Ils m'ont vraiment vu grandir. Les joueurs qui n'étaient pas là m'ont envoyé des textos, dans notre conversation de groupe. Ça m'a vraiment touché.

C’est que l’équipe, doit-on ajouter, ne perd presque plus depuis qu’il a intégré avec régularité le cinq partant du Thunder. Luguentz Dort a amorcé les 21 derniers matchs de l’équipe avant l’interruption de la saison pour une fiche de 16 victoires et 5 défaites, et les voilà déjà qualifiés pour les éliminatoires avant la reprise à Orlando.

Or, dans la NBA, un joueur ne peut participer aux séries s’il possède un contrat à deux volets. Il doit impérativement être converti si l’équipe souhaite l’inclure dans sa formation d’après-saison. Les négociations ont donc commencé entre le clan Dort et le Thunder avant la suspension de la saison en mars, mais la pandémie mondiale a mis le processus en suspens pendant des mois.

Luguentz Dort est revenu auprès de ses proches à Montréal-Nord une fois qu’il est devenu évident que la saison ne recommencerait pas de sitôt. Toujours prêt à redonner à sa communauté, on l’a notamment vu enregistrer une vidéo dans laquelle il s’adressait aux jeunes de son quartier afin qu’ils respectent les mesures de santé publique en plus de prendre part à des événements caritatifs.

Loin d’Oklahoma City, mais jamais coupé de son équipe, il a continué d’user de patience pendant que la reprise s’organisait. Et elle n’allait pas se passer sans lui. En quelques mois dans la NBA, le jeune garde de 21 ans a prouvé sa valeur et le Thunder, sur une lancée, a convenu qu’il était devenu indispensable à ses succès et que son développement ne se ferait plus que dans la grande ligue.

J'apporte vraiment beaucoup d'énergie. Dans une équipe de basket, quand un joueur a beaucoup d'énergie et d'intensité, tous les autres joueurs vont suivre. Le fait que j'ai cette mentalité, vraiment forte, d'avoir beaucoup d'énergie et d'intensité, et de donner mon 100 %, je sens que ç'a aidé notre équipe , affirme-t-il afin d’expliquer son apport au Thunder.

Tout ça, sans s’entraîner, ou presque, avec ses coéquipiers pendant la saison. Pour maximiser le nombre de matchs qu’il pouvait disputer avec le Thunder avant de décider s’ils allaient convertir son contrat à deux volets, Oklahoma City a pris le pari que l’entraînement en solitaire et des séances vidéo lui permettraient d’être prêt pour les rencontres.

C'est vrai que le manque de pratique était dur, avoue-t-il, mais même moi, je préférais garder mes journées pour jouer un vrai match plutôt que pour pratiquer.

Il essaie de récupérer un ballon libre.

Luguentz Dort plonge pour récupérer un ballon dans un match du Thunder contre les Timberwolves du Minnesota.

Photo : Alonzo Adams-USA TODAY Sports

Avec le Thunder, Luguentz Dort n’a pas à porter les succès offensifs de l’équipe sur ses épaules comme avec le Blue ou les Sun Devils d’Arizona State. Même s’il contribue davantage lors de certains matchs à la récolte offensive de son équipe (pour un sommet de 23 points, mais une moyenne de 6,2 par rencontre), c’est réellement du côté défensif qu’il fait sa marque jusqu’à maintenant dans la NBA.

Ils ont vu ma capacité de bien jouer, surtout en défense, et c'était quelque chose qu'ils voulaient que je fasse à un haut niveau. Sans prendre de pause, être toujours en mode défensif. Ça, c'est quelque chose que j'ai toujours eu. C'est dur de m'adapter, mais c'est quelque chose que j'ai toujours été capable de faire. Ça m'a donné beaucoup d'opportunités pour montrer le reste de mon jeu. D'être capable de réussir des trois points, de partir en transition. Mais le focus principal, c'était de créer de l'espace et de bien jouer en défense.

Luguentz Dort

L’une de ses assignations les plus marquantes a été face à James Harden, joueur le plus utile de la NBA en 2017-2018, marqueur le plus prolifique de sa génération, et ancien, comme lui, des Sun Devils d’Arizona State. Et ce, lors de son premier match comme partant dans la NBA

Quand on m'assigne un joueur, je regarde les vidéos de quels sont ses points forts et ses points faibles. Je les étudie avant de les jouer. Avant le match, quand j'y pense, c'est wow, [James Harden], c'est un des meilleurs joueurs de la NBA que j'ai à garder ce soir, mais à la fin de journée, c'est du basketball. On est tous dans la même ligue, donc il ne faut pas voir quelqu’un vraiment gros. Sur le terrain, moi et toi, on est pareils, on va jouer du basketball. Ça m'aide à être vraiment concentré et ça me pousse. Je veux montrer que j'ai ma place aussi , dit-il.

Un joueur prend une faute sur un autre.

Luguentz Dort a été le premier défenseur du Thunder face à James Harden lorsqu'Oklahoma City a affronté Houston, le 20 janvier dernier.

Photo : Reuters / Thomas Shea

Harden a connu l’un de ses pires matchs au tir, marquant certes 29 points, mais en 29 tentatives laborieuses et un horrible 1 en 17 de la ligne de 3 points, le pire résultat de sa carrière au-delà de l’arc. Et Luguentz Dort n’est pas ressorti du cinq partant.

Au début de la saison, après le départ de Paul George et Russell Westbrook, et le virage jeunesse de l’équipe –  malgré l’arrivée de Chris Paul – peu d’observateurs voyaient le Thunder dans les séries. Et même si les deux équipes de Los Angeles demeurent favorites dans l’Ouest, Luguentz Dort n’en démord pas sur les chances son équipe de continuer à créer, comme lui, la surprise.

Juste de voir ce qu'on pensait de nous au début de la saison et on a vraiment prouvé à tout le monde notre calibre et ce dont on est capable. Je sens qu'on n'a pas fini. Notre mentalité, c'est d'être prêt et de gagner tout. C'est quelque chose qu'on va toujours viser. Les deux dernières semaines qu'on était ici, avec la dynamique qu'on a, je crois qu'on a vraiment une bonne chance.

Luguentz Dort

Ce Thunder est une équipe hétéroclite à l’image d’une ligue qui s’internationalise de plus en plus chaque année : la légende américaine Chris Paul, l’un des meilleurs meneurs de jeu de l’histoire, la vedette montante canadienne Shai Gilgeous-Alexander, l’ailier fort italien et excellent tireur Danilo Gallinari, le centre néo-zélandais, le rugueux, mais pince-sans-rire, Steven Adams, le 6e homme, le dynamique Allemand Dennis Schröder.

Et le moteur de leurs succès en défense?

Un jeune Montréalais du nom de Luguentz Dort.

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