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chronique

La LNH, les « villes bulles » et l’art de créer des nouvelles à partir de rien

Gary Bettman

Gary Bettman

Photo : La Presse canadienne

À en croire certaines manchettes par les temps qui courent, des millions d’amateurs n’en peuvent plus de ne pas encore connaître l’identité des deux « villes bulles » où seront présentées les séries éliminatoires de la Coupe Stanley.

Pourtant, l’importance de cette annonce imminente est plutôt négligeable. Elle équivaudra à révéler où seront basés deux studios de télé pendant un peu plus de deux mois.

Puisque les matchs seront présentés à huis clos et que les joueurs et le personnel des équipes seront vraisemblablement tenus à l’écart des populations des villes choisies, les séries éliminatoires de 2020 pourraient être présentées à Anchorage, en Alaska, que ça ne changerait rien à l’expérience que vivront les amateurs et partisans.

Et en ce qui a trait aux retombées économiques dont profiteront les villes sélectionnées, elles seront tout aussi négligeables. Environ 650 chambres d’hôtel seront louées dans chaque ville pendant quelques semaines, puis leur nombre décroîtra au rythme des éliminations des équipes. Qui plus est, ces chambres seront occupées par des gens qui n’auront pas le loisir de circuler et de dépenser leur argent aux quatre coins desdites villes.

À côté de cela, le Tournoi international pee-wee de Québec (qui accueillait quelque 120 équipes l’hiver dernier) génère probablement 20 fois plus de retombées que le feront les séries de la LNH.

***

Cela dit, il reste toujours cinq villes bulles en lice (Las Vegas, Edmonton, Toronto, Los Angeles et Chicago). Et cinq autres ont été éliminées (Pittsburgh, Columbus, Dallas, Minneapolis et Vancouver).

Quand Gary Bettman a révélé qu’il y avait 10 villes candidates au début de juin, plusieurs croyaient que la LNH se donnait une marge de manœuvre pour suivre l’évolution de la pandémie à travers le continent nord-américain. Ainsi, croyait-on, à la dernière minute, les dirigeants de la ligue et l’Association des joueurs allaient pouvoir miser sur les deux destinations les plus sécuritaires pour les joueurs.

Or, le rejet de la candidature de Vancouver ces derniers jours tend à démontrer que les priorités et motivations de la LNH sont bien différentes.

La Colombie-Britannique est l'endroit en Amérique du Nord qui a enregistré le plus faible taux de décès dus à la COVID-19 et qui a le mieux réussi à protéger sa population au cours des trois derniers mois.

Si l’on en juge par les déclarations de la médecin en chef de la province, la Dre Bonnie Henry, la LNH a préféré aller voir ailleurs parce que les autorités de la santé publique provinciale n’étaient pas enclines à assouplir leurs standards, par exemple, en cas de découverte de cas de COVID-19 au sein d’une équipe.

Nous avons offert notre expertise lors des discussions et le fait que la santé des joueurs et de notre province allait être nos priorités si nous recevions les séries de la LNH à Vancouver. Je pense que c’est une attitude positive de notre part et que la LNH aurait dû y percevoir un partenariat positif.

Nous réussissons très bien (en matière de santé publique). Nous avons une approche équilibrée. Mais nous n’allions compromettre la santé de la population sous aucun prétexte et nous l’avons clairement affirmé, a expliqué la Dre Henry durant l’un de ses points de presse quotidiens.

Le Rogers Arena, amphithéâtre des Canucks de Vancouver

Le Rogers Arena, amphithéâtre des Canucks de Vancouver

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

***

Vancouver avait tout à offrir à la LNH :  des hôtels de haut niveau, un climat agréable, un décor enchanteur, une multitude d’arénas modernes et fonctionnels où les équipes peuvent s’entraîner et, surtout, l’environnement le plus sécuritaire qui soit. Mais ce n’était pas ce que recherchait la LNH, semble-t-il.

Pendant ce temps, Las Vegas apparaît toujours comme l’une des villes bulles favorites pour présenter les séries.

Bien sûr, la LNH est désormais un partenaire de choix de la chaîne d’hôtels et casinos MGM depuis que la ligue a décidé de participer activement à l’industrie des paris. Et si Vegas est choisie, ce séjour au Nevada coûtera probablement moins cher aux équipes.

Par ailleurs, la santé publique du Nevada sera sans doute beaucoup moins pointilleuse que celle de la Colombie-Britannique. D’ailleurs, cet État fait partie de ceux dont le taux de contamination remonte dangereusement alors que le déconfinement y est presque complété, que des visiteurs y viennent de partout et que les casinos sont rouverts depuis plus de deux semaines.

Aussi, pendant que Vancouver est rayé de la liste des villes bulles , Los Angeles y apparaît encore. Pourtant, la Californie compte encore près de 150 000 cas actifs de COVID-19 et ce nombre s’accroît de quelque 6000 par jour.

La Californie fait partie des États américains qui sont en train de perdre le contrôle sur la situation. Et quel est l’épicentre de la pandémie en Californie? Eh oui, Los Angeles...

***

Enfin, il est bon de noter que parmi les cinq dernières villes toujours en lice, il n’y en a qu’une seule, Toronto, qui soit établie dans le fuseau horaire de l’Est.

Ce n’est certainement pas à négliger dans un contexte où les séries seront uniquement un grand spectacle télévisuel.

Les réseaux de télé financent le sport professionnel. À ce titre, même quand les stades et amphithéâtres sont pleins, les contraintes et exigences des télédiffuseurs influent sur la quasi-totalité des décisions des dirigeants des grands championnats. Il serait donc très étonnant que Toronto ne soit pas choisie par la LNH.

D’autant plus que Toronto est, aux yeux de la LNH, le cœur de l’industrie médiatique canadienne et que Sportsnet, le plus important partenaire financier de la ligue, y est établi.

***

Ce n’est probablement qu’une question d’heures avant que la LNH finisse par révéler l’identité des deux villes choisies. Et cette annonce, on s’entend, ne changera pas grand-chose dans la vie de qui que ce soit.

Au bout du compte, toutefois, on pourra s’émerveiller devant le savoir-faire des experts de la mise en marché de la ligue.

À partir d’un sujet vide, ils sont parvenus à susciter une couverture médiatique pendant plus de deux mois dans le continent.

Et alors que la LNH n’avait à peu près pas d’avantages ou de retombées économiques à offrir, elle a réussi à créer une compétition entre 10 villes et/ou gouvernements qui avaient sans doute bien d’autres chats à fouetter.

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