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Souvenirs olympiques : la médaille d'or que le Canada ne pouvait perdre

Les hockeyeurs célèbrent sur la glace la conquête de la médaille d'or olympique aux Jeux de Vancouver en 2010.

De gauche à droite, Patrice Bergeron, Ryan Getzlaf, Rick Nash et Sidney Crosby

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Alexandre Gascon

À l'occasion du cinquième épisode de Souvenirs olympiques diffusé samedi soir à 18 h 30 (HAE) sur ICI Télé, nous revenons sur la conquête de la médaille d’or de l’équipe canadienne de hockey masculin aux Jeux de Vancouver en 2010. Grand complice de Sidney Crosby sur la scène internationale, Patrice Bergeron y a remporté la première de ses deux médailles d’or olympiques. Il a bien voulu plonger dans le passé à la demande de Radio-Canada Sports.


Q. De façon générale, quand tu repenses aux Olympiques de 2010, qu’est-ce qui te vient en tête?

R. C’est l’expérience en tant que telle. On sait très bien que les Olympiques, c’est déjà quelque chose de gros que je regardais avec des yeux de partisans quand j’étais petit. C’était exceptionnel de voir les athlètes y participer. De faire partie de cette expérience-là, c’est sûr que c’était quelque chose dont j’étais très fier.


Q. Les Jeux étaient au Canada. La pression devait être immense. Comment l’avez-vous ressentie?

R. C’est vrai qu’au début, on le sentait un petit peu au niveau des joueurs. Pas que c’était quelque chose qu’on se disait ou dont on parlait, mais il y avait une certaine nervosité. C’est les Olympiques à la maison, tu voulais rendre le pays fier. On a eu une grosse discussion. On avait perdu contre les États-Unis en ronde préliminaire et c’est Steve Yzerman [directeur général de l’équipe canadienne, NDLR] qui a parlé.

Il nous a fait comprendre que quand on est plongés là-dedans, on pense que c’est gros. Tu penses que le monde arrête de tourner. Mais en fait, quand tu regardes au sens large, ça reste un sport, ça reste un jeu. C’est comme ça qu’il faut qu’on approche les choses. On a tellement de grosses attentes en tant qu’équipe que les attentes extérieures ne devraient pas être différentes, ou changer ou en ajouter sur nos épaules. On a déjà les attentes de vouloir gagner nous-mêmes. C’est comme ça qu’il le disait.


Q. Il y avait eu cette défaite contre les États-Unis au tour préliminaire, la victoire en tirs de barrage contre la Suisse. Le tour avait-il été plus difficile que prévu?

R. C’est vrai qu’on avait perdu contre les États-Unis, mais on avait quand même battu la Norvège avec un bon score. C’était plus le match contre les États-Unis. Vu qu’on a perdu le match, ça changeait vraiment notre parcours parce qu’on devait jouer contre la Russie après. Si on avait gagné ce match-là, on aurait joué contre une équipe, sur papier, qui aurait été plus facile à affronter. Même si on sait très bien qu’il n’y a pas d’équipe facile à affronter, surtout aux Olympiques. On s’était compliqué la vie.


Q. La victoire impressionnante contre les Russes (7-3, en quarts de finale) a-t-elle été un moment décisif?

R. Je pense que oui. Le match des États-Unis nous a un peu fouettés aussi. Il nous a montré qu’on se devait de jouer et d’arrêter de se poser 56 000 questions et juste utiliser notre talent et aller de l’avant.

Le match contre la Russie a été un point tournant parce qu’on savait qu’il n’y avait plus de lendemain rendu là. Il fallait gagner absolument et on a vu vraiment la différence. Tout le monde a augmenté son niveau de jeu et ça a fait une grosse différence.


Q. Comment aviez-vous abordé la demi-finale contre la Slovaquie, adversaire moins fort en théorie?

R. La Slovaquie jouait tout un tournoi, elle était un peu en mission. Elle jouait du jeu fermé, du jeu intelligent, elle avait aussi de très bons joueurs.

Ça a été un match très serré. C’est ça qui arrive aux Olympiques.

Sur papier tu te dis : on est censés gagner, par contre, l’enjeu est tellement grand que tout le monde se donne corps et âme pour chaque match et ça devient des grandes batailles de tranchées. Ça a été extrêmement serré, mais on a réussi à la fin à aller le chercher.


Q. Et vous passez en grande finale, à domicile, contre les Américains qui vous avaient battus au début du tournoi. Y avait-il un sentiment de revanche?

R. Oui, mais surtout de travail pas accompli, de devoir inachevé. L’enjeu, encore une fois. Là, tu es rendu à la fin. Tu travailles tellement fort pour t’y rendre. C’était tout ça mis ensemble.

On savait que ce n’était pas une tâche facile, mais on avait confiance en nos moyens. Ils ont égalisé en fin de match. On le voit souvent quand tu te fais égaliser en fin de match, tu perds un peu le momentum, ton jeu descend. C’est l’expérience des plus vieux qui nous a vraiment aidés. On est rentrés dans le vestiaire avant la prolongation. Et on s’est dit que si on nous avait dit au début du tournoi qu’on se rendrait en prolongation en finale, on aurait tous été extrêmement contents d’être là, maintenant, il s’agit juste d’aller jouer et de se faire confiance. De ne pas commencer à se stresser parce qu’on a perdu l’avance à la fin du match.


Q. Réussir à revenir en force après le but crève-cœur de Zach Parisé en fin de match, était-ce votre plus grand défi?

R. C’est pas juste ça. Si je reviens en arrière, je pense au tour préliminaire, au match contre la Slovaquie, ça n’a pas été une tâche facile. Il y a toujours eu beaucoup de confiance en l’équipe dans le vestiaire. Il y avait beaucoup de leaders dans l’équipe, c’était quasiment juste des leaders en fait.

J’ai senti qu’on était en contrôle malgré tout. Malgré toute la pression, malgré les embûches, j’ai toujours eu le sentiment que c’était en contrôle, qu’on savait où on s’en allait et qu’on allait trouver un moyen. Ça a été la même chose en prolongation. J’ai appris beaucoup de ça. C’était des beaux moments et ça m’a permis de grandir en tant que joueur, en tant que personne.


Q. Quelle image te reste en tête aujourd’hui?

R. C’est sûr que c’est le but de Crosby [en prolongation, NDLR]. Je m’en souviens encore. Iggy (Iginla) a fait une espèce de chip pour donner la rondelle à Sid. L’angle que j’avais, je m’en rappelle encore, j’ai vu la rondelle aller entre les jambes. Ça, ce moment-là, c’est sûr que c’est le fait saillant de ce souvenir de 2010.


Q. Tu étais perçu comme un joueur défensif à ce moment de ta carrière. Est-ce que ta complicité avec Crosby a facilité ta sélection à ton avis?

R. C’est une bonne question. Ils prennent tout en considération. J’avais de l’expérience internationale aussi à ce moment-là. J’en ai encore plus maintenant. À l’époque, ils ont considéré ça aussi. Ils savaient que je pouvais jouer au centre ou à l’aile.

C’était des décisions tellement difficiles, il y a tellement de joueurs qui le méritent que tu es juste reconnaissant. Ton rôle, tu l’acceptes. J’étais le 13e attaquant. Je prenais des mises au jeu en zone défensive et je jouais en désavantage numérique. J’étais le quatrième joueur du quatrième trio.


Q. Quel joueur de ton équipe t’a le plus impressionné?

R. Doughty venait juste d’arriver. Il avait 20 ans quand il jouait avec nous et il avait eu un gros, gros, gros tournoi. C’était sa confiance sur la patinoire avec la rondelle. Mais c’est dur de nommer une personne. Le leadership des plus vieux, d’Iginla, de Pronger, de Niedermayer, ça a été des choses qui m’ont aidé beaucoup personnellement. Ils le savent peut-être même pas, mais tu apprends toujours des gens comme ça. Moi, il ne faut pas se le cacher, mon rôle était plus petit. Évidemment, qu’on accepte avec beaucoup de joie, j’étais vraiment content d’être là. Mais comme j’avais un plus petit rôle, j’étais là pour ça. J’ai pu apprendre beaucoup. Ça m’a donné beaucoup de bagage et d’expérience.


Q. Où se classe ce moment parmi tous les autres succès que tu as connus?

R. Difficile à dire. J’ai grandi en ayant le rêve de jouer dans la Ligue nationale. Gagner la Coupe Stanley, je vais avoir de la misère à dire que ce n’est pas ça mon plus beau souvenir, mon plus bel exploit dans ma carrière.

Il reste que les Olympiques, c’est certainement le deuxième. C’est dur de les comparer. D’être au pays, c’était un élément de plus. Tu as senti aussitôt dans l’édifice, dans la ville, dans le pays au complet, c’était vraiment spécial comme célébration.

Et ma famille était là aussi. J’ai aussi des souvenirs inoubliables de 2014. C’est sûr que c’est dans mon top 3.


Q. Est-ce que la présence des joueurs aux Olympiques devrait faire partie de la prochaine convention collective à ton avis?

R. Pour avoir vécu l’expérience, je serais vraiment égoïste de dire que ce n’est pas important. Je voudrais que d’autres joueurs puissent vivre cette expérience-là. D’avoir l’opportunité d’y aller, je pense que c’est important.

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