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chronique

Montréal 1976 : ma première cérémonie olympique

La cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Montréal

La cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Montréal

Photo : La Presse canadienne

Marie-José Turcotte

Notre émission Souvenirs olympiques, consacrée à Nadia Comaneci et aux Jeux de Montréal, présentée samedi, m’a fait revivre une tonne d’émotions. Je me souviens encore de ma fébrilité, pendant la cérémonie d’ouverture de ces Jeux, alors que j’étais assise dans le stade avec plus de 75 000 spectateurs.

Et attention, ce n’était pas n’importe quoi, voici ce qu’avait rapporté à l’époque le journal Dimanche-Matin :

Cette cérémonie haute en couleur a dépassé en déploiement tout ce qu’on avait vu comme spectacle dans le passé à Montréal, y compris l’ouverture de l’Expo 67.

Oui, c’était grandiose! Je partage avec vous un des beaux moments de ma vie, rien de moins!

Les joies du sport

Quand Montréal a obtenu les Jeux en 1970, j’étais une jeune ado sportive. Je venais de découvrir l’athlétisme, c’était ma passion. Après mon premier podium, réalisé au parc de ma municipalité, j’avais dit à ma mère : Tu vas voir le mur de ma chambre, je vais le remplir de médailles. Le saut en hauteur était devenu mon guide.

L’hiver, avec le club Montréal International, on s’entraînait au Centre Pierre-Charbonneau, à l’ombre du futur stade. À chaque pause, je m’organisais pour m’arrêter près d’une fenêtre. J’aimais voir monter cette structure de béton qui un jour allait accueillir le monde pour la plus grande manifestation sportive, chez moi, dans ma cour.

Et par cette ouverture, je rêvais... je n’étais pas très originale : je me voyais en train de fracasser le record du monde et je me retrouvais évidemment sur la marche qui donnait accès à l’or.

J’étais jeune!

J’avais un certain potentiel et j’ai accédé à l’équipe nationale junior. Et même si j’étais toujours d’âge junior, l’année 1976 a aussi marqué le moment où j’ai mis fin à ma courte carrière athlétique. Je n’ai donc jamais fait les Jeux comme athlète.

Je ne savais pas à ce moment-là que j’en ferais une quinzaine comme animatrice!

Ce que je peux dire aujourd’hui, c’est que sans mon enthousiasme pour l'athlétisme, sans les Jeux de Montréal, qui ont multiplié au moins par 1000 mon intérêt pour l’olympisme, je suis convaincue que je n’aurais pas fait la même carrière.

La reine à Montréal

La cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Montréal a donc été la première que j’ai vécu de l’intérieur. Mon père, qui connaissait mon immense intérêt pour les Jeux avait réussi, je ne sais comment, à me trouver un billet. J’avais l'innocence et la naïveté de mon âge, tout ça me semblait naturel. Aujourd’hui, chaque fois que je repense à ce geste, je sens tout l’amour qu’il me portait.

La reine Élisabeth II dans la loge des dignitaires lors de la cérémonie d'ouverture des JO de Montréal. À ses côtés, lord Killanin, président du CIO (3e à partir de la gauche) et le prince Philippe.

La reine Élisabeth II dans la loge des dignitaires lors de la cérémonie d'ouverture des JO de Montréal. À ses côtés, lord Killanin, président du CIO (3e à partir de la gauche) et le prince Philippe.

Photo : La Presse canadienne / HAYES

Une fois dans le stade, lors de cet après-midi du 17 juillet, dès 15 h quand j’ai entendu l’annonceur maison déclarer : Mesdames, messieurs, Sa Majesté la reine. Ladies and gentlemen, Her Majesty the Queen, je me suis dit : Wow, je suis vraiment là, en personne.

J’étais terriblement énervée, pour plusieurs raisons. Je venais de commencer mes études à l’Université de Montréal, en histoire. Tout ce qui touchait aux phénomènes de société m’intéressait au plus haut point.

Un contexte social effervescent

Si l’on se remet dans le contexte, la situation politique au Québec était tout sauf ennuyante. On sortait de la Révolution tranquille. On avait assisté à la crise d’Octobre en 1970. Le premier ministre canadien, Pierre Elliott Trudeau, avait répondu à leurs actes par la loi de mesures de guerre. L’armée était dans les rues de Montréal. L’indépendance du Québec, le nationalisme étaient à l’avant-scène.

Quelques semaines avant les JO, le 23 juin 1976, 300 000 Québécois étaient sur la montagne pour chanter en français la fierté d’un peuple et célébrer la Saint-Jean. Quelques mois après les JO, le 15 novembre, le Parti québécois de René Lévesque allait devenir le premier parti souverainiste à prendre le pouvoir.

Ça brassait!

Et qui allait ouvrir ces Jeux? La reine Élisabeth II, symbole de notre passé de colonisé, et l’image parfaite d’un pays qui n’est pas autonome.

Alors, les rumeurs étaient folles, il a été question d’un complot pour assassiner la représentante de la couronne, également de la présence de terroristes à Montréal. De mon siège, j’avais en face de moi, de l’autre côté du stade, la loge des dignitaires. Vous dire combien de fois j’ai regardé le petit chapeau rose de la souveraine, pour m’assurer qu’elle était toujours vivante... ouf, stressant!

Place au spectacle

Mes autres émois étaient reliés à la chose sportive.

Quand le Canada a fait son entrée dans le stade, plus de 75 000 personnes ont réagi spontanément et avec ferveur. Mes yeux se sont rapidement embués. J’avais rêvé d’être là, je pouvais mettre des noms sur ces athlètes qui défilaient. Les sauteurs en hauteur Robert Forget, Claude Ferragne, qui étaient des espoirs de médailles, les lanceurs Lucette Moreau, Bruno Pauletto, tous des gens avec qui je m’étais entraînée. Et, bien sûr, Debbie Brill, la meilleure sauteuse en hauteur au pays, Diane Jones, une pentathlonienne accomplie, des femmes contre qui j'avais compétitionné. Même la porte-drapeau venait de mon sport : Abigail Hoffman, coureuse de 800 m, qui a connu une grande carrière internationale. C’était ses quatrièmes et derniers Jeux.

La cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Montréal le 17 juillet 1976

La cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Montréal le 17 juillet 1976

Photo : Radio-Canada

Ce n’est que plus tard que j’ai su que j’avais assisté à un morceau d’histoire. C’était la première fois qu’une femme menait la délégation canadienne lors d’une cérémonie d’ouverture.

L’autre grand moment a été l’entrée de la flamme... la clameur s’est élevée en crescendo au passage des deux adolescents Sandra Henderson et Stéphane Préfontaine. Sur le moment, dans mes émotions, j’ai trouvé ça cute. Mais avec les années, j’ai réalisé à quel point nous sommes distincts.

Normalement, le dernier relayeur est soit un athlète émérite ou une personnalité qui a joué un rôle important pour le pays hôte. Les membres du comité organisateur de Montréal avaient plutôt choisi la symbolique.

Les deux porteurs par leur âge montraient que nous étions tournés vers l’avenir. Une fille, un garçon pour tenter de refléter l’égalité entre les sexes. Une anglophone et un francophone pour démontrer la dualité canadienne, à l’image de cette équipe qui allait nous représenter.

Et ce n’était que le prélude.

Pendant deux semaines Montréal, ma ville, comme le disait le maire de l'époque, Jean Drapeau, allait être le théâtre d’une manifestation athlétique hors de l’ordinaire.

Sandra Henderson et Stephane Préfontaine allument la vasque olympique.

Sandra Henderson et Stéphane Préfontaine allument la vasque olympique des Jeux olympiques de Montréal.

Photo : La Presse canadienne / PC

Quand je suis sortie de cette cérémonie d’ouverture, j’étais émotive et toute mêlée... c’était tellement plus beau, plus grandiose que ce que j’avais imaginé. J’avais senti dans mes fibres jusqu’à quel point le sport pouvait être rassembleur. Dans un pays divisé politiquement, on avait pu marier tous les symboles de notre dualité et faire l’unanimité... au moins pour un après-midi.

J’étais tellement perturbée que j’ai décidé de marcher, jusque chez moi. J’habitais chez mes parents, à Saint-Léonard, une bonne trotte. Je me revois traverser le parc Maisonneuve, dans une jolie robe polo rouge et blanche, empruntée à ma grande sœur, mon humeur oscillant entre le bonheur d’avoir vécu un moment magique et la nostalgie de cette vie d’athlète.

Je venais d’assister en direct à tout ce qui m’avait animée pendant mes années de jeunesse.

Est-ce que j’étais passée à côté de quelque chose?

Pas à pas, j’ai senti la paix se faire en moi. En arrivant à la maison, j’avais compris d’instinct que j’avais fait le bon choix, que j’étais rendue ailleurs, mais que le chemin que j’avais parcouru avait été intense et formateur. Que tous ces acquis j’allais les garder pour toujours. La détermination, la concentration hors du commun que l’on est capable d'atteindre dans les moments d’intensité. Apprivoiser la valeur du travail pour obtenir un résultat. Toutes ces qualités ne me quitteraient pas parce que je disais au revoir à la compétition.

Encore aujourd’hui, après toutes ses années, ça me sert.

Avant une cérémonie d’ouverture, par exemple, quand le trac me prend et que je suis convaincue que je vais tout oublier, que je vais perdre mes moyens, je pars dans ma bulle d’athlète. Je focalise à 100 % sur ce que je dois accomplir. Quand la lumière scintille, je suis dans le même état que si je m’apprêtais à prendre mon élan pour aller battre le record du monde au saut en hauteur, il y a moi et la barre... Dans ce cas-ci, il y a moi, mes collègues et la cérémonie... et quelques heures de plaisir en perspective.

C’est fou comme lorsqu’on est jeune, on n’a pas conscience que toutes nos expériences vont nous bâtir, nous façonner pour le reste de nos jours.

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