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Patrick Mouratoglou veut séduire les jeunes avec l’Ultimate Tennis Showdown

Patrick Mouratoglou en compagnie de Serena Williams

Patrick Mouratoglou

Photo : Getty Images / Matthew Stockman

Diane Sauvé

Le Français Patrick Mouratoglou, entraîneur de Serena Williams, vient de lancer un projet ambitieux : une toute nouvelle ligue, l’Ultimate Tennis Showdown (UTS).

Depuis le week-end dernier, l'entraîneur de renom offre une solution de remplacement au format traditionnel du tennis. Cette ligue parallèle a un but bien précis : renouveler l’audience du tennis, la rajeunir. Une question de survie du sport, selon lui.

Il manque au tennis une formule plus séduisante pour les jeunes, explique celui qui possède aussi une académie de tennis. L’expérience se veut donc plus condensée, plus rythmée et plus immersive.


Q. -Vous dites que l’âge moyen de l'amateur de tennis est de 61 ans. Pourtant, on voit beaucoup de jeunes gens et de familles assister aux tournois, comme la Coupe Rogers.

R. Ce chiffre n'est pas celui des gens qui se rendent dans les stades. C'est la moyenne des gens qui regardent le tennis à la télévision. C'est extrêmement important parce que ces audiences-là permettent de vendre du sponsoring (commandites), de vendre de la publicité et font que les télévisions diffusent du tennis. Si demain, la télévision ne diffuse plus de tennis, notre sport va être en danger.

C'est un phénomène général au sport, le vieillissement de l'âge moyen, pour les mêmes raisons, à mon sens. Les sports n'ont pas tellement fait évoluer leur format dans l'ensemble. Et aujourd'hui, la compétition est sévère, notamment chez les jeunes avec le e-sport, avec les jeux vidéo, avec les réseaux sociaux.

Le stade IGA lors de la finale 2019

Le stade IGA lors de la finale 2019

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Chabot

Et donc, je ne pense pas qu'il faille que le tennis change son format tel qu'il est. D'abord, il y a une longue tradition et c'est important de garder cette tradition du tennis.

Mais je trouve intéressant de proposer aussi un deuxième produit qui soit beaucoup plus orienté vers les jeunes. Il faut qu'ils consomment du tennis. S'ils ne consomment pas du tennis, notre sport va petit à petit disparaître.


FORMAT UTS

  • Tournoi à 10 joueurs sur 5 week-ends.
  • Match de 4 quarts de 10 minutes.
  • Le joueur avec le plus de points au bout de 10 minutes remporte le quart.
  • 15 secondes au lieu de 25 pour servir.
  • Chaque joueur dispose de cartes jokers à utiliser pendant le match, soit pour enlever un service au rival, marquer 3 points au lieu d’un seul, etc..
  • Les joueurs ont le droit de s’exprimer en respectant certaines limites, sans risquer un avertissement de l’officiel.
  • Chaque entraîneur pourra intervenir une fois par quart.
  • Les commentateurs parlent aux joueurs aux changements de côté.

Q. - Quand on regarde des extraits, on a l'impression que c'est un mélange de règles de basketball et de jeu vidéo. C'est très rythmé. C'est vraiment l’allure que vous voulez donner?

R. J'ai fait faire des statistiques sur les matchs de tennis pour voir quelle était la durée de jeu réelle. Si je vous le dis, ça va vous faire peur. Le temps joué est en gros entre 8 et 20 % du temps, c'est-à-dire qu'entre 92 et 80 % du temps, on regarde des gens faire leur routine, choisir des balles, s'essuyer le front, marcher. Ce n'est quand même pas très moderne!

Donc, on a imaginé un format beaucoup plus court. D'ailleurs, ce qui marche le mieux aujourd'hui sur le numérique, c'est quoi? Ce sont les séries qui durent 45 minutes. Donc, on s'est dit que la durée d'une heure était une bonne durée, mais qu'il était important que cette heure soit très bien remplie.

Il y a plein de choses qui se jouent au-delà des deux joueurs qui tapent dans une balle. Il y a le coach, les familles et les équipes des joueurs. Simplement, ce monde-là, on ne le montre pas et on s'est dit que c'était vraiment intéressant de le montrer. On rentre dans la tête du joueur parce qu'il nous parle au changement de côté et il nous raconte ce qu'il vit. On rentre dans les stratégies des joueurs puisqu'on entend cette relation avec le coach. Et je trouve que c'est très intéressant du point de vue du jeu, du point de vue de la compréhension, aussi de la psychologie des joueurs.


Q.- Vous avez dit que vous avez choisi des joueurs qui ont des émotions, qui montrent leurs émotions. Est-ce à dire que ceux qui ne montrent pas leurs émotions ne pourront pas être choisis par l'UTS?

R. Non, pas du tout. En fait, ce que je pense essentiel, c'est d'avoir de la diversité et, malheureusement, les règles, et notamment le code de conduite, ont créé l'inverse. Le code de conduite est tellement rigide et les amendes sont tellement importantes qu'en fait, les joueurs se sont autocensurés. Ils ont donc un comportement qui est extrêmement linéaire et qui est quasiment le même pour tous les joueurs.

Imaginez un film où tous les acteurs joueraient le même rôle, tout le monde se comporterait de la même manière. On s'ennuierait terriblement. La vie, elle n'est pas comme ça.

Nick Kyrgios

Nick Kyrgios

Photo : Associated Press / Tim Ireland

Il y a beaucoup de gens qui aiment Nick Kyrgios ou, dans le passé, John McEnroe, qui était peut-être la plus grande star de l'histoire du tennis. Donc, moi, je trouve intéressant d'avoir plein de personnalités différentes. D'avoir un Benoît Paire qui est quelqu'un qui s'exprime énormément et qui est très nerveux, qui va casser des raquettes et qui va vraiment lâcher tout son stress aux yeux de tout le monde. Et à côté de ça, un Félix Auger-Aliassime, par exemple, qui garde beaucoup plus de choses à l'intérieur et qui est beaucoup plus en contrôle.

À l'époque, dans les années 1980, il y avait un Borg, il y avait un McEnroe. Il y avait le feu et la glace. Et c'est ça qui rendait aussi le tennis aussi intéressant.


Q.- Pourtant on a beaucoup enseigné au cours des dernières années le contrôle des émotions pour mieux se détendre et laisser aller la balle. On répète qu’il ne faut pas aller trop haut ni trop bas.

R. C’est effectivement ce qu'on dit. Mais le tennis est bourré de clichés et ça en fait partie. Revenons à ce John Mcenroe. C'est un joueur qui ne jouait jamais aussi bien que quand justement il s'énervait.

On a tous un niveau d'excellence qui est lié à notre gestion de nos émotions et aux fonctions qu'ont nos émotions au sein de nous-mêmes. Et pour chacun, c'est différent.

J'en profite pour dire que j'ai très souvent entendu un cliché qui consiste à dire : Je ne trouve pas ça normal de montrer à l'écran des joueurs qui cassent des raquettes et des mauvais comportements.

Je ne trouve pas ça intelligent comme remarque. Pourquoi? Parce qu'en fait, quel est l'intérêt de montrer à ces enfants un spectacle totalement aseptisé? Qu'est-ce qu'on leur enseigne à travers ça? Absolument rien.

Pourquoi le tennis serait-il le seul lieu au monde qui devrait être inauthentique? Ça n'a pas de sens. Moi, je m'élève complètement contre ça. D'abord, ça n'a pas d'intérêt en matière d'éducation. Et puis, surtout, c'est très ennuyeux.

Il renvoie la balle vers son adversaire du revers.

Roger Federer

Photo : Getty Images / AFP/Timothy A. Clary

Je pense que cette mode est complètement liée à la personnalité de Roger Federer qui a raconté x fois que c'était un joueur très nerveux dans ses jeunes années et qu'en apprenant à se contrôler, il était devenu un champion.

Ce qui est sûrement vrai pour lui. Mais à l'inverse, je peux vous raconter des histoires d'autres joueurs qui étaient très nerveux, qui cassaient des raquettes, qui se comportaient, entre guillemets, mal sur un court et qui étaient extrêmement compétitifs et qui, sous la pression de leur environnement et notamment de leur entraîneur, ont changé leur comportement et n'étaient plus du tout en mesure de gagner un match de tennis puisqu'ils avaient perdu leur feu intérieur.

Je veux que les joueurs expriment leur personnalité et pour certains, ça passe par l'expression de toutes leurs émotions. Pour d'autres, l'intériorisation de leurs émotions.


Q.- Quel bilan faites-vous du premier week-end d’activités de l’Ultimate Tennis Showdown?

R. Les joueurs ont plébiscité ce format et ils ont adoré jouer ce format, ce qui est absolument essentiel. Parce que si les joueurs ne prennent pas beaucoup de plaisir, il n'y a aucune chance qu'ils en donnent au spectateur.

Ce que je trouve très intéressant sur ce format, c'est que le coach va décider d'interrompre le match parce que c'est là, maintenant, un moment essentiel. Ensuite, les entrevues des joueurs aux changements de côté. D'abord, il y a eu de l'émotion. Parfois, on rit, on est surpris.

J'ai eu très peu de mauvais retours, quasiment pas d'ailleurs de la part des joueurs, mais aussi des médias et, évidemment, de l'audience qui est pour moi l'essentiel.

Quand j'autorise le coaching, ce n'est pas pour aider les joueurs, c'est pour que l'audience en profite. C'est pour ça que j'ai imposé l'anglais.


Q.- Comptez-vous apporter des ajustements?

R. J'ai envie d'ajouter plein plein de règles, de les compléter parce que je n'ai pas voulu le faire dès le départ. Donc, j'irai petit à petit, par petites touches.

J'ai envie qu'on aille beaucoup plus dans l'immersion encore parce que je veux offrir ce spectacle-là. Je veux qu'on soit à l'intérieur et pas à l'extérieur, y compris d'un point de vue visuel. Vous verrez qu'à partir de demain (samedi), on va rajouter une caméra beaucoup plus basse, beaucoup plus proche du joueur, qui va permettre de se rendre compte beaucoup mieux de la vitesse de balle, des effets, des trajectoires.


Q.- Vous avez eu des discussions avec l’ATP au sujet de l’UTS. Qu’est-ce qu’on en dit?

R. J'ai discuté avec l'ATP. J'ai discuté aussi avec la WTA. Aujourd'hui, on n'a pas de match féminin, mais c'est un vrai objectif. On ne l'a pas fait simplement parce qu'on était pris par le temps.

Je pense qu'il y a réellement de la place pour les deux circuits parallèles, avec des objectifs différents, des publics différents et que les deux ligues peuvent se nourrir l'une l'autre à terme.

La joueuse fixe la balle qu'elle s'apprête à frapper

Bianca Andreescu

Photo : Getty Images / Al Bello

Je pense qu'il y a un vrai intérêt pour l'ensemble de l'écosystème et de l'industrie du tennis parce que si on arrive à renouveler notre base de fans, notre sport est sauvé pour les 30-40 prochaines années.

On a l'histoire du tennis qu'on doit absolument conserver et un circuit beaucoup plus moderne où on va pouvoir expérimenter et aller chercher tous ces jeunes. Je pense qu'on peut faire des choses fabuleuses.


Q.- Avec l’annonce de la reprise du tennis traditionnel et des Internationaux des États-Unis, vous sentez-vous pressé par le temps pour rallier le plus de gens possible à l’UTS afin de pouvoir poursuivre l'aventure?

R. Oui, bien sûr.

Je poursuivrai (l’aventure) quoiqu'il arrive. Mais c'est clair que si l'UTS est un succès et que le public plébiscite la formule, c'est évident que l'ATP et la WTA auront plus d'intérêt à collaborer et, même d'ailleurs, à ce que ce soit sous leur ombrelle. Je n'ai pas de problème avec ça. Je ne cherche pas du tout à me mettre en concurrence.

C'est sûr que si la formule ne fonctionne pas, ça n'a pas tellement de sens pour personne, d'ailleurs.

Serena William avec son entraîneur Patrick Mouratoglou

Serena William avec son entraîneur Patrick Mouratoglou

Photo : Getty Images / Matthias Hangst


Q.- Patrick, vous êtes entraîneur aussi. Aurez-vous le temps d'entraîner en même temps que l’UTS?

R. Absolument. D'ailleurs, je sors d'une discussion avec Serena pour l'US Open, pour les tournois, pour la tournée américaine. Donc évidemment, je continuerai à entraîner Serena pour, j'espère puisque c'est notre objectif, battre ce fameux record après lequel elle court. Le record de Margaret Court de 24 tournois du grand chelem [Serena en compte 23, NDLR].


Q.- Et comment se porte Serena?

R. Elle va très bien. Je pense que le repos lui a fait beaucoup de bien dans un premier temps parce qu'elle avait une inflammation au genou. Et donc, de toute façon, il fallait qu'elle se repose. Et puis, elle a passé beaucoup de temps en famille, ce qui est évidemment pour elle essentiel.

Serena a tout sur place chez elle pour s'entraîner physiquement. Puis, elle a construit un court avec la même surface qu'à l'US Open, sur lequel elle s'entraîne maintenant.

Elle poursuit son entraînement, elle monte pour être prête pour la prochaine grande échéance que sera l'US Open pour elle et Roland-Garros quasiment juste après. C'est impressionnant, le calendrier de cette fin d'année.

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