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Jordan Steen et la malédiction familiale des premiers JO

Jordan Steen, vêtu d'un t-shirt noir, regarde la caméra.

Jordan Steen

Photo : Comité olympique canadien

Le lutteur ontarien Jordan Steen s'entraîne avec un but en tête : aller aux Jeux olympiques. Il a obtenu son billet pour Tokyo en mars à Ottawa et pourra poursuivre la tradition familiale, en espérant casser la malédiction qui la poursuit depuis 1956.

Il faut savoir que Jordan est le fils de Dave Steen, médaillé de bronze en décathlon aux Jeux de 1988 à Séoul et d'Andrea Page, demi-finaliste au 400 m haies des Jeux de 1984 à Los Angeles.

Les Jeux olympiques, on connaît chez les Steen.

Jordan a obtenu son billet lors du tournoi panaméricain de qualification, présenté à Ottawa dans une ambiance tendue en raison du virus qui avait déjà atteint le Canada, et qui avait obligé les organisateurs à présenter les combats à huis clos.

Seuls les entraîneurs et la famille immédiate pouvaient être dans la salle.

Mes parents étaient là, et c’était vraiment super de me qualifier devant eux, explique-t-il à Radio-Canada Sports. De me joindre à eux comme athlète olympique, c’était vraiment extraordinaire. Ils ne m'ont jamais poussé à faire du sport, mais je voulais voir jusqu'où je pouvais aller.

Maintenant que je suis qualifié, je me dis que c’est très spécial de poursuivre la tradition familiale. Je suis heureux, et ils sont heureux, alors ça ajoute à mon bonheur. C’est comme le glaçage sur le gâteau.

Jordan Steen sourit, entouré de ses parents.

Jordan Steen entouré de ses parents, Dave et Andrea, à Ottawa le jour de sa qualification

Photo : Jordan Steen

Vers Montréal, vers le monde olympique

Malgré les exploits de ses parents sur la piste, l'athlétisme n'a jamais attiré Jordan. Il a rapidement préféré les sports de combat. Il a essayé la boxe et le jiu-jitsu avant de passer à la lutte, qu'il a découverte à l'école secondaire, dans sa ville natale de Tecumseh.

D'abord tenté par les arts martiaux mixtes (MMA), il a vu une porte s'ouvrir en lutte olympique quand il a suivi Guivi (Gia) Sissaouri, médaillé d'argent en 1996 aux Jeux du centenaire, pour un stage à Montréal.

Deux lutteurs se font face.

Guivi (Gia) Sissaouri aux Jeux de 2000

Photo : Comité olympique canadien

Jordan Steen s'entraîne depuis au Montréal Wrestling Club, du YM-YWHA, sous l'étroite supervision de son entraîneur David Zilberman.

Quand, plus jeune, j’ai compris quelle était la valeur d’une médaille olympique, j’ai décidé que je voulais être moi aussi un athlète et que je voulais représenter mon pays, le Canada, au plus haut niveau, se souvient-il. Quand je me suis installé à Montréal, j’ai vu qu’il y avait la possibilité d’avoir une place au sein de l’équipe nationale de lutte. Je me suis dit : "C’est la chose la plus cool qui pourrait m’arriver."

Le lien est fort entre Jordan Steen et ses parents. Dès qu'il a pu comprendre ce que représentait cette grosse médaille couleur bronze qu'il voyait à la maison, il a voulu aller aux Jeux olympiques.

La malédiction des Steen

La tradition olympique dans la famille Steen traîne toutefois une malédiction qui les poursuit depuis 1956.

En effet, le grand-père de Jordan, Don Steen, s'était qualifié pour ses premiers Jeux en 1956 et devait aller à Melbourne.

Don Steen, spécialiste du décathlon, tient un javelot dans sa main droite, et regarde au loin.

Don Steen, spécialiste du décathlon, admis au Temple de la renommée des sports de la Colombie-Britannique en 2003

Photo : BC Sports Hall of fame

Il avait atteint les standards dans l'épreuve du décathlon. Mais des compressions budgétaires dans le programme olympique canadien ont entraîné une réduction de la taille de l'équipe olympique. Don Steen a été rayé de l'équipe et privé de Jeux.

Puis, le grand-oncle de Jordan s'était qualifié au lancer du poids pour ses premiers Jeux en 1964 à Tokyo. Mais il a attrapé la mononucléose à deux semaines du départ et il a été exclu de l'équipe olympique.

Portrait de David Steen, sérieux

David Steen

Photo : University of Oregon

Enfin, son père Dave s'était qualifié pour ses premiers Jeux en 1980, en Russie, après avoir réussi les standards en décathlon.

Cette fois, ce n'est ni l'argent ni la maladie, mais la politique qui l'a privé de son rêve. En effet, pour protester contre l'invasion de l’Afghanistan par l'Union soviétique en 1979, le président des États-Unis Jimmy Carter a pris la décision difficile de boycotter les Jeux de Moscou.

Jean Ducharme annonce à Radio-Canada le 22 avril 1980 la décision du Canada de boycotter les Jeux olympiques de Moscou.

Jean Ducharme annonce à Radio-Canada le 22 avril 1980 la décision du Canada de boycotter les Jeux olympiques de Moscou.

Photo : Société Radio-Canada

Le Canada, le Japon, la Corée du Sud et l'Allemagne de l'Ouest se sont alignés sur les positions américaines, quoique le gouvernement Trudeau l'a fait avec réticence. Par ailleurs, 29 pays musulmans se sont associés à ce boycottage, considérant l'attaque contre l'Afghanistan comme une attaque contre l'Islam.

Maintenant, c'est au tour de Jordan de voir sa première expérience olympique se compliquer avec la pandémie qui sévit. Cela a obligé le Japon et le CIO à reporter les Jeux de Tokyo à 2021, sans garantie qu'ils auront lieu si un vaccin n'est pas trouvé d'ici là.

C’est comme une malédiction familiale, admet Jordan Steen. On a ri pas mal entre nous. C’est maintenant à mon tour de vivre ça. Alors j’espère que les Jeux auront lieu, et que je pourrai mettre fin à cette malédiction. J’espère participer à mes premiers Jeux en 2021. J’espère qu’ils ne me glisseront pas des mains, comme c’est arrivé à mon père, à mon grand-père et à mon grand-oncle.

La bénédiction du virus

Jordan Steen aurait pu participer aux Jeux de 2016, mais une blessure dans un combat de qualification l'en a empêché. Pour l'instant, il veut voir le bon côté de ce qui lui arrive.

Cette pandémie, c’est finalement une bénédiction pour moi, car pendant quatre ans, mon objectif a été de me qualifier. Et avec des Jeux en 2020, j’aurais eu seulement quatre mois pour changer d’objectif et me préparer à vivre des Jeux olympiques, affirme-t-il.

Agenouillé, Jordan Steen prend la jambe de son adversaire.

Jordan Steen à Ottawa en 2020

Photo : Lutte Canada / UWW

Là, j’ai un an de plus pour me préparer, note le lutteur de 28 ans. Je sais que j’y vais, je n’ai plus à me préoccuper de ça. Maintenant, je peux me concentrer à trouver le moyen de remporter une médaille.

L'objectif est ambitieux.

Le père de Jordan Steen, Dave, a dû attendre à ses troisièmes pour monter sur le podium. Après le rendez-vous manqué de Moscou, il a participé aux Jeux de 1984 à Los Angeles, où il a fini 8e du décathlon, et aux Jeux de 1988 à Séoul, où il a atteint la troisième marche du podium.

Dave Steen tient sa médaille de bronze de la main droite et des fleurs et une boîte de la main gauche.

Dave Steen avec sa médaille de bronze aux Jeux olympiques de 1988

Photo : Canadian Sports Hall of fame

Le champion olympique, l'Allemand de l'Est Christian Schenck, a admis en 2018 dans une autobiographie qu'il était dopé à Séoul. Après un délai de 10 ans, il y a prescription et le CIO ne peut revoir le résultat d'une compétition à la suite d'un aveu ou d'une enquête.

Dave Steen savait que Schenck était dopé et dit avoir fait la paix depuis longtemps avec cette histoire.

Jordan Steen sait que les Jeux de 2024 arriveront plus vite que prévu, car si Tokyo présente des Jeux en 2021, il n'y aura que trois ans dans ce cycle olympique, au lieu de quatre.

Jordan Steen (à gauche) et son entraîneur David Zilberman regardent la caméra, debout dans un escalier.

Jordan Steen (à gauche) et son entraîneur David Zilberman

Photo : David Zilberman

Or, un lutteur arrive à maturité de 28 à 32 ans.

C'est vrai, et moi qui ne savait pas si j'allais m'embarquer dans un autre cycle, ça va peut-être me tenter. Mais bon, j'ai déjà 28 ans, rappelle-t-il. Mon père a été plus précoce que moi pour ce qui est des résultats. Il a fait partie de l’équipe olympique dès l’âge de 20 ans. Moi, ça m’a pris un plus de temps.

Garder la tête froide

Même si les athlètes se côtoient toute l'année, ils savent que sur la scène olympique, les premiers rôles ne sont pas forcément réservés aux meilleurs du monde. Dave et Jordan Steen en ont beaucoup parlé.

À ses premiers Jeux, mon père était juste content d’être là. Et il m’a dit qu’il était tellement impressionné qu’il en était intimidé, rapporte-t-il. Il n’a pas réussi une très bonne performance. Aux Jeux suivants, il savait plus à quoi s’en tenir.

Deux hommes en rouge sourient.

Jordan Steen et son père, Dave Steen

Photo : Lutte Canada / Jordan Steen

Les adversaires que j’affronterai ce jour-là, je les connais parfaitement, je les affronte toute l’année, et ce ne sera pas différent à ce niveau-là, se dit-il pour se rassurer. Ce n’est pas parce que le nom de la compétition est différent que les adversaires seront différents.

Pour l'instant, ce qui fait peur, c'est la possibilité que ces Jeux de Tokyo soient purement et simplement annulés, si le virus se promène encore d'un continent à l'autre dans un an, avant l'arrivée d'un vaccin.

Si les Jeux devaient être annulés, ce serait terriblement décevant. Et rien que d’y penser, je sens le stress qui monte, admet candidement Jordan Steen. Je ne peux pas commencer à penser à ce qui pourrait arriver dans un an, car ça va me rendre fou. Je dois me concentrer uniquement sur ce que je peux contrôler, et c’est ma préparation et ma forme physique.

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