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Philippe Lebeault : le sport dans le coeur

Un homme aux cheveux brun bouclés prend la pose torse nu.

Philippe Lebeault

Photo : DANIEL DESMARAIS

La vie du cycliste Philippe Lebeault aurait pu s’arrêter dans une courbe de l’autoroute 15 à Laval, le 12 août 2013. Le menuisier se rendait diriger des employés sur un chantier quand il s’est endormi au volant peu avant 6 heures du matin.

En fait, il n’était pas particulièrement fatigué, c’est plutôt son coeur qui avait cessé de battre.

Il s’est réveillé en panique quand un témoin de l’accident lui a touché la cuisse. Il a été chanceux dans sa mésaventure : sa voiture s’est naturellement rangée en douce sur le côté de la route sans capoter, arrêtée par le garde-fou. Son café ne s’était même pas renversé.

Les ambulanciers voulaient m’emmener à l’hôpital, mais je ne voulais rien savoir, raconte Lebeault. Mes gars m’attendaient sur le chantier, alors je leur ai dit de remorquer mon camion s’ils le voulaient, mais, moi, je devais aller travailler. Ils m’ont fait comprendre que je n’allais pas bien du tout.

Les ambulanciers avaient raison. À son arrivée à l’hôpital, son coeur s’arrête de nouveau. En tout, il fera 7 syncopes en 24 heures, dont une au cours de laquelle il s’écoule près de 20 secondes entre deux battements cardiaques.

Je revois les images de l’équipe de cardiologues autour de moi et je voyais dans leur visage qu’ils ne comprenaient pas ce qui se passait. Si eux ne trouvaient pas de solution, qu’est-ce que j’allais devenir? Je pensais à mes deux filles et à la suite.

Philippe Lebeault

Du jour au lendemain, sa vie était menacée. Il était pourtant en très bonne forme, il faisait beaucoup de sport et s’alimentait bien. Il ne se doutait pas qu’il pouvait souffrir d’une maladie du coeur, même si quelques épisodes étranges avaient piqué sa curiosité.

Un cycliste vêtu de blanc et de gris roule sur une roche en vélo de montagne.

Philippe Lebeault

Photo : DANIEL DESMARAIS

Il m’arrivait parfois, surtout à la fin de l’été quand j’étais particulièrement en forme, de me réveiller sur le plancher de la salle de bain à côté de la toilette sans comprendre pourquoi j’étais là, raconte le menuisier. D’autres fois, j’échappais mes rôties le matin. J’avais des petits black-out, mais je me disais que j’étais juste fatigué.

Un cardiologue expérimenté a finalement trouvé ce qui clochait. Il a identifié un problème électrique au coeur. Il lui a donc installé un stimulateur cardiaque, un pacemaker. À 35 ans, ce sportif émérite allait devoir vivre le reste de sa vie avec cette nouvelle réalité.

Il m’a dit : "Des personnes comme toi, on ne les diagnostique pas normalement, parce qu’on les trouve mortes".

Philippe Lebeault n’a jamais oublié ses paroles. Presque sept ans plus tard, il est plus vivant que jamais. Il s'estime privilégié d’avoir eu une deuxième chance.

Une vie marquée par le sport... et les épreuves

Deux semaines après son accident, Philippe Lebeault remportait un duathlon en forêt à St-Adolphe-d’Howard, dans les Laurentides. Ce résident de Val-David avait reçu la permission des médecins de reprendre ses activités normales, à la surprise de tous.

Je me souviens que l’organisateur de la course était venu me dire qu’il n’était pas sûr que je devais prendre le départ, raconte Lebeault. Il ne voulait pas avoir ma mort sur la conscience. Je lui ai promis que j’allais prendre ça relax. Quand j’ai gagné la course, tous les concurrents me disaient à la blague qu’ils voulaient une petite machine comme la mienne.

Philippe Lebeault

Il faut dire que Philippe Lebeault n’est pas un sportif du dimanche. Il est naturellement très en forme. Il a notamment fait des compétitions de vélo de montagne à l’adolescence. À l’âge adulte, il a remporté plusieurs étapes de la Coupe du Québec, et il se classe encore parmi les premiers de sa catégorie d’âge, même avec son stimulateur cardiaque.

Grand et élancé, il est aussi un rapide coureur qui pratique le ski de fond et la raquette l’hiver. Pendant plusieurs années, il a été entraîneur de vélo de montagne.

Un cycliste, vêtu de blanc et gris, circule dans la forêt sur un vélo de montagne orange.

Philippe Lebeault

Photo : DANIEL DESMARAIS

Il a aussi un grand coeur, au sens propre. Parce qu’il était très en forme, son rythme cardiaque au repos descendait parfois à 28 ou 30 battements par minute, alors que la moyenne se situe plutôt entre 70 et 80.

On dirait que mon coeur était tellement fort qu’il a développé une certaine forme de paresse en vieillissant, c’est du moins l’hypothèse des médecins, avance Lebeault. Comme un moteur, mon coeur étouffait parfois entre deux battements et ça lui prenait un délai pour repartir.

Si ses succès sportifs sont venus sur le tard, c’est qu’il a toujours priorisé sa famille à la compétition. Les épreuves l’ont tenu loin de son plein potentiel sportif.

À 17 ans, son père s’est enlevé la vie. Acculé à la faillite, le propriétaire du célèbre restaurant Les Mouettes devait comparaître par voie de sommation pour avoir mis le feu à son commerce. Les policiers le soupçonnaient d’avoir commis ce geste pour toucher une prime d’assurances.

J’ai eu le meilleur papa du monde jusqu’à sa mort. Quand il s’est suicidé, j’étais un fils de riche, gâté pourri, témoigne Lebeault. J’avais des motoneiges, des bateaux en Floride, et là, je me suis ramassé dans un appartement seul avec ma mère pendant que mon frère était parti sur une dérape. Aujourd’hui, heureusement, il est sobre. Je me suis occupé de ma mère comme je le pouvais. Pour moi, c’est ça la force d’un athlète. C’est quelqu’un qui se relève et qui continue.

De 17 à 25 ans, le vélo n’était plus sa priorité. Il ne sait pas jusqu’où il aurait pu se rendre s’il avait mis toutes ses énergies dans son sport. De ne pas avoir de réponse à sa question ne le dérange pas. Il a fait ce qu’il avait à faire.

C’est important de comprendre que ce n’est pas parce que tu as manqué le bateau d’athlète d’élite au début de la vingtaine qu’il faut s’empêcher de revenir un jour dans le circuit et de refaire du sport. Il ne faut pas se mettre des barrières. On m’en a tellement mis. Je suis dyslexique, je souffre du trouble du déficit de l’attention et on m’a souvent dit que je ne ferais rien de bon dans la vie. J’en ai mangé des claques, je me suis relevé et j’ai continué d’avancer.

Philippe Lebeault

Aujourd’hui, Lebeault accumule les contrats importants en menuiserie en plus de mener conjointement ses vies de sportif et de père de deux filles de 15 et 11 ans.

Apprendre à vivre avec son stimulateur

Chaque matin, en sortant de la douche, Philippe Lebeault regarde son stimulateur, qu’on devine sous sa peau, dans le miroir et joue un peu avec. Ça lui rappelle ce qui lui est arrivé. Dans une vie occupée, c’est un rappel de l’importance de l’équilibre.

Son accident a remis les choses en perspectives et lui a enseigné des leçons. Il passe aujourd’hui moins de temps sur la route et au travail et davantage à la maison ou dans la forêt, près de chez lui. Les victoires en compétition ne sont plus aussi importantes.

J’accepte que des gars soient plus forts que moi dans les courses parce que je sais que je devrais modifier mon équilibre de vie pour aller aussi vite et je ne pense pas que ça vaut le coût, confie-t-il. J’aime ma formule et je ne veux pas la quitter.

Il fait du sport en moyenne dix heures par semaine, parfois pas mal plus et parfois moins, quand le temps lui manque. Contrairement à la majorité des athlètes de son calibre, il roule pratiquement sans assistance technologique. L’entraînement intérieur, très peu pour lui. Il a besoin de sentir le vent frôler ses cheveux.

Un homme torse nu prend la pose pour la caméra dans la forêt.

Philippe Lebeault

Photo : DANIEL DESMARAIS

Faire des intervalles avec ma montre et tout calculer ma dépense énergétique, ça ne m’intéresse pas, explique Lebeault. Moi, j’ai un réservoir d’énergie et mon but, c’est simplement qu’il soit vide le soir parce que je sais qu’il sera plein le lendemain. Je regarde le temps que j’ai dans journée, la météo, et je m’amuse.

Philippe Lebeault

Il connaît son corps à la perfection. Faire de la compétition avec un stimulateur cardiaque a toutefois nécessité une certaine adaptation. Ses stratégies en course, notamment ses attaques ou ses montées, doivent tenir compte de sa réalité médicale.

Les accélérations et les départs violents, pour une course de cinq kilomètres par exemple, sont aussi plus difficiles à gérer.

La machine va laisser mon coeur monter à 185 battements par minute et va m’accompagner, mais si je suis déshydraté ou que je monte trop vite, elle va m’envoyer des chocs dans la poitrine et ça fait mal. C’est comme une alarme pour que je lève le pied un peu.

Philippe Lebeault n’aime pas particulièrement qu’on parle de lui comme d’un miraculé. Il est à tout le moins, selon ses cardiologues, un phénomène qui s’inspire encore et toujours des autres.

Il a ses idoles propres à lui.

Je connais un électricien dans la région, Michel Gareau, il a 55 ans et c’est un peu mon idole, explique-t-il. Je veux être comme lui et être aussi actif rendu à son âge. Il y a aussi un autre athlète du genre dans le coin, Philippe Vermette. J’admire aussi des athlètes comme Pierre Harvey qui est encore sur ses skis et sur son vélo et qui s’amuse en jouant dehors.

Pour citer son voisin, l’animateur Bernard Derome, si la tendance se maintient, Philippe Lebeault n’est pas près non plus d’arrêter de bouger.

Il a le sport dans le coeur et dans le sang.

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