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chronique

Québec Air Force 2 : le retour des sauteurs acrobatiques québécois

Trois athlètes sur un podium.

Podium tout québécois lors d'une étape du circuit NorAm à Park City, en Utah, en février dernier. Émile Nadeau (or), Pierre-Olivier Côté (argent) et Alexandre Duchaine (bronze).

Photo : Courtoisie

Marie-José Turcotte

BILLET - Comme le chantait le grand Charles Aznavour : Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître... Je me permets d’utiliser sa formule pour vous ramener à l’époque folle du Québec Air Force.

Des années 1980 au début des années 2000, une bande de bohèmes, d’artistes québécois de la vrille et du périlleux, a dominé le monde du saut acrobatique. Les Jean-Marc Rozon, Lloyd Langlois, les frères Laroche et le dernier de cette prestigieuse lignée, Nicolas Fontaine, étaient des créateurs. Ils ont donné une crédibilité à leur art et poussé la concurrence à s’inventer. Après eux, chez nous, le néant!

Aujourd’hui, sans trop faire de bruit, on assiste potentiellement à la naissance du Québec Air Force 2. Autour du centre d’entraînement de Lac-Beauport, une nouvelle génération pleine de promesses commence à faire la loi sur le circuit NorAm (nord-américain).

Nicolas Fontaine, qui est l’entraîneur-chef du programme de l’équipe du Québec s’est battu pour en arriver là et il en est plutôt fier. On a réussi à créer un bon niveau d'athlète. Mais en plus, on a créé un système, dit-il.

Les résultats se font déjà sentir

De ce système, quatre jeunes viennent d'atteindre la NEXTGEN, l’équipe canadienne de développement. Il s'agit de Flavie Aumond, d'Alexandre Duchaine, d'Evan Dermott et d'Émile Nadeau.

Pour eux, c’est un grand coup de fierté. C’est sûr que ça me donne de la confiance parce que je sais que s’ils m'ont pris c'est parce qu'ils croient en moi pis que je suis capable d'aller loin, raconte Flavie Aumond.

Une sauteuse acrobatique en plein saut périlleux

Flavie Aumond à l'entraînement à Lac-Beauport

Photo : Courtoisie

Oui, ça me rend plus confiant parce que ça veut dire que j'ai un certain niveau même si je sais qu'il me reste assez de travail à faire, lance Émile Nadeau.

Il faut ajouter à ces nouveaux membres de l'équipe canadienne le fils de Nicolas Fontaine, Miha, qui s'est joint à la NEXTGEN l’année dernière.

Eux, ce sont les plus doués. Mais ils ont intérêt à ne pas baisser la garde parce que ça pousse derrière.

Le saut acrobatique et en pleine renaissance chez nous, comme le constate Nicolas Fontaine. L'année passée, on a sept jeunes, je pense, qui ont fait des podiums au niveau NorAm. Ce n'est pas compliqué, il y a une compétition interne entre chaque jeune de l'équipe. Tu n'es pas obligé de les motiver, ils veulent exceller. Ils vont tout le temps essayer de devenir meilleurs. Je trouve ça plaisant. Au niveau de l'équipe, Miha, Émile et puis Evans, c'est pas mal nos meilleurs chez les gars. Flavie, cet hiver, elle est montée [dans la NEXTGEN] malgré une blessure, parce qu'elle montre énormément de potentiel.

L'implication de Nicolas Fontaine

Ce renouveau on le doit en grande partie à la fougue et à la passion de Nicolas Fontaine. Il s'est toujours impliqué dans le développement de son sport qu’il adore.

Les résultats qui commencent à poindre ont pris forme après les Jeux de Vancouver en 2010.

Après Vancouver, le programme À nous le podium a vraiment focalisé ses budgets sur les athlètes d’élite. Il n'y avait plus d’argent pour aller recruter des jeunes, notre programme est comme tomber à l'eau. C'est là que j’ai décidé de recommencer à entraîner. J'ai comme eu la chance d'entraîner mes propres enfants, c'était toute la petite gang à mon garçon et à ma fille qui débutait dans le domaine du ski acrobatique. J'ai commencé à les entraîner sur la rampe d'eau et le trampoline. Ç'a pris 8 à 10 ans avant d'arriver à un bon niveau.

Le système

Quel est donc ce système qui redonne vie au saut acrobatique chez nous? D’abord une philosophie. Auparavant, on croyait qu'en allant chercher des gymnastes et des trampolinistes, on arriverait à produire de bons sauteurs.

À force d’observations et de discussions, Nicolas en est venu à la conclusion que, pour obtenir des résultats optimaux, ça prenait d’abord et avant tout de bons skieurs. Maintenant, à partir des clubs, dès qu’ils ont 6, 7 ou 8 ans, on leur apprend à faire de la bosse, des sauts, des parcs à neige, du trampoline, de la rampe d’entraînement pour les sauts (l’été on retombe à l’eau et l’hiver sur un immense coussin gonflable).

Un sauteur réalise un saut périlleux

Émile Nadeau à l'entraînement sur une des rampes d'eau de Lac-Beauport

Photo : Courtoisie

Bref, des heures de plaisir pour des jeunots qui deviennent une bande de copains, qui s’éclatent de voltige en voltige et qui en s’amusant deviennent polyvalents. Comme l’explique Nicolas, la formule a déjà prouvé son efficacité. Regardez les deux meilleurs athlètes qu'on a eus dans les 15 dernières années : Alexandre Bilodeau et Mikaël Kingsbury. Les deux ont fait à 100 % le programme de sauts quand ils étaient jeunes. Ils se sont rendus au niveau NorAm en saut, donc au même niveau que les jeunes que je coache aujourd'hui. Alexandre et Mikaël auraient pu aller autant en saut qu'en bosses et ils ont choisi les bosses.

Pour les athlètes d’aujourd’hui, après avoir touché à tous les aspects du ski acrobatique, quand ils se fixent, c'est vraiment par choix.

J'ai toujours eu plus de facilité en saut qu'en bosses. J'avais plus de plaisir, j'aimais être longtemps dans les airs, voler..., dit Flavie Aumond.

Et moi, ce que j'aime du saut, c'est qu’on va quand même très haut dans les airs. Puis quand on a fait un bon saut, on atterrit comme si de rien n'était. Je trouve que c'est ça qui me motive, ça l'air simple, mais c'est quand même compliqué, ajoute Émile Nadeau.

Vous aurez compris que l’agrément fait partie de la recette.

Prendre le temps

Il y a aussi l’autre approche de Nicolas, qui explique la progression du programme : la patience. Comme le saut acrobatique est une discipline à haut risque pour les blessures, il préfère sacrifier à court terme le niveau de difficulté au profit de la perfection du geste.

Sa théorie : quand un jeune athlète maîtrise complètement les doubles périlleux, que son corps et sa tête ont totalement enregistré toutes les sensations, il sera beaucoup plus confiant et performant quand il va passer aux triples manœuvres.

Donc, Nicolas se donne le luxe de prendre son temps. Et ses athlètes lui font confiance, explique Flavie Aumond. Quand on a un bon coach, c'est sûr que c'est plus amusant et on s'améliore plus. Comme il a beaucoup d'expérience quand il me dit de faire quelque chose je sais que c'est parce que je suis prête. Je pense qu'il croit beaucoup en nous, il met beaucoup d'efforts.

Nicolas Fontaine devant les rampes d'eau

Nicolas Fontaine devant les rampes d'eau de ski acrobatique à Lac-Beauport

Photo : Radio-Canada

L’autre atout majeur pour le développement de cette deuxième version du Québec Air Force, ce sont les installations, comme le fait remarquer Nicolas Fontaine.

La rampe d'eau à Québec, quand, les Chinois, les Russes, les Japonais viennent ici, ça veut dire qu'on a de bonnes infrastructures. On a le meilleur système de machine à bulles sur la planète, ce qui nous permet de faire un saut aux 15 secondes... C'est vraiment rapide. Pour l'hiver, en plus, on a acheté un gros coussin gonflable, on le met sur la glace. On continue à sauter sur les rampes tout l'hiver, on est le seul pays au monde qui fait ça. On a innové dans des affaires incroyables et je pense qu'on est capable en cinq ans de développer un très bon jeune. Dans les autres pays, ça prendrait beaucoup plus d'années que ça parce qu'ils n'ont pas les infrastructures qu'on a.

La prochaine étape pour Nicolas Fontaine, c’est de prouver qu’il peut mener son groupe à connaître du succès sur le circuit international.

L’hiver dernier, deux de ses protégés, qui avaient 15 ans à l’époque, ont participé à la Coupe du monde de Park City. Son fils Miha a terminé 13e et Émile Nadeau a pris le 17e rang.

De voir les compétiteurs de différents pays qui sont les meilleurs sur la Coupe du monde, puis de sauter, d'attendre avec eux en haut avant de sauter, c'est assez impressionnant, avoue Émile Nadeau. On se dit que si on compétitionne avec ces gens-là, on se rapproche beaucoup de leur niveau.

L'avenir leur appartient

Une belle expérience qui aurait dû servir à Émile Nadeau pour les mondiaux juniors qui devaient se tenir en Italie en avril dernier. Mais COVID-19 oblige, ces championnats ont été annulés.

Nicolas Fontaine aurait bien aimé vérifier dans une compétition d’envergure les progrès des siens. Il croit fermement qu’ils auraient pu rivaliser avec les sauteurs des meilleures nations, soit la Chine, le Bélarus et la Russie et faire des tops 3.

Il n’y a pas que de mauvaises nouvelles!

La fédération internationale a confirmé que la Coupe du monde de saut acrobatique fera un retour au Canada en 2021. Elle sera présentée à Val Saint-Côme.

C’est le signe que cette nouvelle génération se fait remarquer.

C’est vraiment plaisant d'avoir une Coupe du monde dans notre pays, devant nos partisans au lieu d'être en Russie où personne ne te connaît. À la maison, t'es comme plus la vedette.

Émile Nadeau, sauteur acrobatique

On va souhaiter que la pandémie soit derrière nous et que ces ados puissent bénéficier d’un traitement de vedette pour une compétition internationale dans leur cour.

Sans l’obstination de Nicolas Fontaine, le saut acrobatique aurait probablement disparu chez nous.

Bien sûr, il y a une équipe autour de lui, plein d’autres personnes qui s’impliquent. Mais sans son ardeur, son pouvoir de conviction, ce système qui donne des résultats n’existerait pas.

Où seront Émile, Miha, Flavie, Evan, Alexandre et les autres dans quelques années? Domineront-ils le circuit de la Coupe du monde? Est-ce que leurs noms seront associés aux médailles olympiques? Ils ont 16 et 17 ans, de l’ambition et ils sont bien entourés.

Ce qui me permet de conclure en disant que nous parlons d’un temps que les moins de 20 ans pourront connaître!

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