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Souvenirs olympiques : la rivalité entre Alexandre Bilodeau et Mikaël Kingsbury

Deux skieurs devant le drapeau canadien

Mikaël Kingsbury et Alexandre Bilodeau après la finale olympique des bosses en 2014

Photo : Getty Images / Cameron Spencer

Michel Chabot

À l'occasion du troisième épisode de Souvenirs olympiques diffusé samedi soir à 18 h 30 (HAE) sur ICI Télé, nous revenons sur la rivalité entre Alexandre Bilodeau et Mikaël Kingsbury. Philippe Marquis était le coéquipier des deux bosseurs quand ils se sont livré une lutte épique aux Jeux olympiques de Sotchi en 2014. Il a bien voulu répondre aux questions de Radio-Canada Sports.

Q. Philippe, revenons d’abord en 2010. Tu étais ouvreur de piste tout comme Mikaël et, tous les deux, vous avez pu assister au triomphe d’Alexandre aux Olympiques de Vancouver. Quels sont tes souvenirs de cette soirée?

R. À ce moment-là, Alex était au sommet de son art. C’est lui qui faisait les sauts avec le plus haut degré de difficulté. Il était dominant depuis un certain temps et il s’en allait là avec le plus de pression parmi les skieurs canadiens. Il a été capable de la gérer comme un chef.

La pression de la fameuse première médaille d’or d’un Canadien sur son territoire, c’était quelque chose de gros. La descente d’Alex était glorieuse, franchement. De faire ça chez lui, avec le back-double full, deux vrilles, c’était vraiment une belle performance qui nous a inspirés, Mikaël et moi.


Q. Tu as ensuite fait équipe avec Alexandre Bilodeau. Quelle était la dynamique quand tu t'es officiellement joint à la délégation canadienne?

R. Alex avait une belle expérience sur laquelle Mikaël, Marc-Antoine Gagnon et moi pouvions nous appuyer. Il avait un peu le rôle de grand frère. Mais Alex a toujours été un compétiteur, un alpha, quelqu’un qui s’entraîne pour la victoire, de manière individuelle. De 2010 à 2014, il ne s’entraînait pas avec l’équipe. Mais c’était quelqu’un qui était capable de gagner sous pression.

En ski acrobatique, c’est une descente, il faut que ça passe. Alors d’avoir quelqu’un comme lui qui l’avait fait, pour nous, c’était gage de confiance. On pouvait lui poser des questions et il était ouvert à ça.

Mais Alex avait une mission. Il n’allait pas aux Olympiques pour faire le party ou s’amuser. Il y allait pour montrer qu’il était dominant. Je vais toujours lui lever mon chapeau pour cette attitude-là. Peu d’athlètes l’ont.


Q. Aux mondiaux en 2013, Mikaël Kingsbury dominait la Coupe du monde depuis deux saisons et la rivalité était à son paroxysme avec Alexandre Bilodeau. Kingsbury avait alors remporté le titre individuel des bosses de justesse, devant Bilodeau qui l’avait avalé de travers. Dans le documentaire, on entend Alexandre déclarer que des entraîneurs d’autres pays étaient venus le voir pour lui laisser entendre que les juges auraient dû lui donner la victoire. Des commentaires que Mikaël n’avait pas appréciés. Te souviens-tu de l’atmosphère qui régnait alors?

R. Je me le rappelle trop bien (rires). C’est comme si c’était hier. C’était des championnats du monde relevés en intensité. D’une part, Alex sentait qu’il arrivait à la fin d'une carrière extraordinaire au cours de laquelle il avait pratiquement tout gagné. Et il lui manquait le titre de champion du monde en simple, là où Mikaël a gagné justement. Les entrevues, tout de suite après la course, étaient particulièrement riches en émotions. Mikaël avait dominé 2012 et 2013, mais il était encore jeune (18 ans), pas encore très mature.

De voir un vétéran comme Alex qui était sous l’emprise des émotions, vraiment, ce n’était pas facile pour Mik d’accepter ça. Je sais qu’il se sentait quasiment coupable, il ne savait pas trop s’il méritait d’avoir gagné. Ça avait quelque peu entaché sa victoire ou, du moins, sa perception de la victoire. Ça avait été une course assez exigeante au sein de l’équipe. On avait senti un peu de frictions.

C’est tellement un cas classique dans le sport de haut niveau. Pour Alex et Mikaël, c’était la victoire ou rien d’autre. C’était beau de voir ce désir de gagner à tout prix. Ç’a été très formateur pour l’équipe. Après ça, la rivalité entre eux est devenue plus saine.

L'ancien skieur acrobatique en studio

Philippe Marquis

Photo : Radio-Canada / Guillaume Piedboeuf


Q. Quand Kingsbury se présente aux Jeux de Sotchi, il est en voie de remporter son troisième titre de suite en Coupe du monde. Bilodeau, lui, veut devenir le premier bosseur de l’histoire à décrocher deux titres olympiques de suite. Ramène-nous à Sotchi. Comment as-tu vécu cet épisode?

R. Ils arrivaient comme les deux hommes à battre, il n’y avait aucun doute dans la tête de personne. Pour Alex, c’était ses derniers Jeux et pour Mikaël, c’était ses premiers. Leurs attentes et leur perspective étaient probablement très différentes. Alex avait la victoire dans sa mire. Il avait l’expérience et la maturité. Pour Mik, la victoire devait lui trotter dans la tête. Mais je pense que le simple fait de gagner une médaille, pour lui, c’était un accomplissement extraordinaire aux JO.

Alex a eu une frousse dans la finale 1. Il a atterri son premier saut un peu sur les talons et ç’a un peu refroidi ses ardeurs. Il a fini par se qualifier de justesse pour la finale 2. Je pense que ç’a été l’élément déclencheur. Il a vraiment mis son plan d’attaque en marche et ses deux descentes suivantes étaient impeccables, sans erreurs, et ç’a vraiment mis la pression sur Mikaël.

Il s’est retrouvé à skier en dernier, sachant quel était le pointage d’Alex à battre. C’était un pointage vraiment haut. À ce moment-là, il a peut-être pris un pas de recul et il s’est dit : Je vais juste faire une descente propre et si c’est assez pour battre Alex, tant mieux, mais j’ai un podium, je serai entièrement satisfait de ça.

Q. Et c’est finalement Bilodeau qui a gagné devant Kingsbury. Comment était la relation entre eux à ce moment-là?

R. La relation était super bonne. L’été avant les Olympiques avait fait du bien à tout le monde. Il y avait une certaine tension, mais aussi une reconnaissance de ce que l’un et l’autre pouvaient s’apporter. Ils pouvaient vraiment s’élever mutuellement. C’était beau à voir.

L’un pouvait faire une descente extraordinaire et l’autre carburait à cette intensité-là. Ils pouvaient vraiment se pousser et c’est ce qui a fait qu’ils sont arrivés vraiment près l’un de l’autre, avec une bonne longueur d’avance sur le reste du monde.


Q. Après la course, Kingsbury a reconnu que, sans Bilodeau, il n’aurait pu atteindre un aussi haut niveau. Et réciproquement, Bilodeau a assurément profité de cette rivalité, n’est-ce pas?

R. Absolument. Et c’est ce qu’il faut dans un sport individuel. Si tu n’as pas un rival, si tu ne te trouves pas une forme de compétition à l’entraînement, c’est vraiment difficile d’atteindre un niveau supérieur. Au Canada, nous avons été chanceux et ç’a été une de nos forces. On a eu de bons bosseurs depuis Jean-Luc (Brassard) et on a été dominants pendant deux décennies.

Alex avait des sauts extraordinaires et Mikaël arrivait avec un sens aérien prodigieux, encore aujourd’hui inégalé. Et c’est en partie parce qu’Alex avait mis la barre tellement haut que Mik devait le surpasser à l’entraînement pour atteindre ce niveau-là. Ç’a fait en sorte qu’il devienne aussi bon et dominant. Il y a plein de facteurs qui jouent, mais Alex est certainement un gros morceau du casse-tête.

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