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Samuel Trudel, de revendeur de drogues à vainqueur de marathons

Un coureur vêtu de noir court sur un parcours délimité par des cônes orange.

Samuel Trudel en 2018

Photo : Courtoisie : Marathon SSQ de Longueuil

À 17 ans, la vie de Samuel Trudel était un party perpétuel. Il n’allait presque plus à l’école et passait des week-ends entiers à faire la fête. Du jeudi au dimanche, il passait trois ou quatre jours de suite sans dormir, à carburer aux drogues qui lui tombaient sous la main.

Il consommait de tout. De la marijuana, des amphétamines, du mush en passant par l’acide. Il a touché le fond du baril et s’est recadré après cette année folle. Mais sa consommation de drogues n’a pas cessé, elle a plutôt évolué. Dans les bars, qu’il fréquentait surtout le week-end, il s’est mis à consommer de la cocaïne, une drogue plus adulte.

Je suis un intense, moi, tant qu’il y en a, je continue jusqu’à la fin, explique Trudel. Je suis un peu de même dans le sport aussi.

En parallèle de la fête, le sport a toujours fait partie de sa vie. Plus jeune, dans les Laurentides, il était un bon joueur de soccer, pas le plus talentueux, mais il était rapide et infatigable. À 15 ans, il a cependant dû déménager chez sa mère à Orford, parce qu’il s’est fait expulser de son école secondaire à Sainte-Agathe-des-Monts.

Un matin, l’agent de sécurité de la polyvalente m’attendait à ma descente de l’autobus et m’a demandé de le suivre, raconte-t-il. Je savais ce qui allait m’arriver parce que j’avais du stock dans mon sac. Je pleurais. J’ai quand même continué à vendre un bout de temps en Estrie, mais sans jamais me faire prendre.

Ce n’est qu’à 23 ans qu’il a tout arrêté, car il était épuisé et dégoûté par les trop nombreux lendemains de veille. Il s’est séparé de sa copine de l’époque et s’est inscrit à un gymnase. Il a recommencé à jouer au hockey-balle avec ses amis et s’est créé un tout nouveau mode de vie.

J’ai commencé le yoga, les étirements et la nourriture bio, ajoute le coureur. Puis, j’ai commencé à courir et je n’ai plus jamais arrêté. J’ai eu la piqûre.

Trudel s’est d’abord inscrit à une course à obstacles de 16 km Tough Mudder. Il s’est ensuite mis à enchaîner les distances : 10 km, demi-marathon, marathon et même des courses de 100 km.

Huit ans plus tard, au début de la trentaine, il est un coureur accompli. Il a gagné trois fois le marathon de Longueuil et trois fois celui de Magog, la première fois le jour de l’anniversaire de sa mère qui y réside.

Il a aussi foulé deux fois le parcours du prestigieux marathon de Boston.

Lors de ses victoires à Longueuil, il arborait fièrement une coupe Longueuil, taillée pour l’occasion. À Orford, il portait la moustache emblématique de l’événement.

Un coureur vêtu de noir franchit le fil d'arrivée du marathon de Longueuil au premier rang en 2018.

Samuel Trudel remporte le marathon de Longueuil en 2018.

Photo : Courtoisie : Samuel Trudel

J’ai toujours voulu garder ce petit côté party et fun, même à la course, explique Trudel. J’aime m’amuser, sans me prendre au sérieux. Je prends la course au sérieux et je fais des bons temps, mais je ne suis pas un coureur élite.

Pas un coureur de l'élite, mais il a quand même tutoyé la barre des 2 h 30 min au marathon, notamment avec un chrono de 2:31 à Longueuil en 2018.

Une vie au rythme de la course

Ce besoin de courir, de s’entraîner, c’est sa nouvelle drogue. Il espère que cette dépendance le suivra jusqu’à ce qu’il ait 80 ans.

Toute la vie de Samuel Trudel tourne aujourd’hui autour de la course. À un certain moment, il faisait tous ses déplacements quotidiens à la course, ajoutant parfois 200 km à son compteur chaque semaine. Il lui arrive encore à l’occasion de courir de Terrebonne, où il demeure, jusqu’à Montréal.

Un coureur vêtu de noir participe au marathon de Longueuil.

Samuel Trudel au marathon de Longueuil en 2018

Photo : Courtoisie : Marathon SSQ de Longueuil

Après des années à travailler pour une entreprise d’entretien ménager, il travaille pour la boutique Courir à Montréal. C’est aussi grâce à la course qu’il a trouvé l’amour et qu’il a fondé une famille. Il est aujourd’hui père d’un jeune garçon.

Les nuits troublées par les réveils de bébé l’ont d’ailleurs forcé à prendre un pas de recul dans sa progression, lui qui était si près de son but de courir un marathon sous les 2:30.

J’ai toujours la flamme qui me pousse à me surpasser et à améliorer mes temps. Mais, parfois, ce n’est pas facile avec la famille, dit-il. L’an passé, j’ai abandonné des courses parce que j’étais épuisé. Je savais que ce n’était pas grave, mais je me sentais sur une lancée. J’ai toujours la même hargne et la même rage de me pousser. Mais avec la famille, je cherche surtout un équilibre.

Un homme barbu tient son fils et un trophée de course dans les mains.

Le coureur Samuel Trudel avec son fils

Photo : Courtoisie : Samuel Trudel

Trudel ne s’en cache pas, il aime souffrir à l’entraînement. Comme il le dit, il n’a jamais eu peur de se cracher les poumons en courant. Cette sensation lui procure presque autant de bonheur que de gagner une course.

Je ne suis pas le plus talentueux des coureurs, mais je suis le gars qui va travailler plus fort que les autres. Si tu es meilleur que moi, c’est correct, mais je vais travailler encore plus fort pour te rattraper. Ç’a toujours été ma philosophie.

Le coureur de 31 ans est aujourd’hui encadré par un entraîneur qui doit parfois le retenir dans son enthousiasme et limiter son volume d’entraînement.

J’ai eu la chance d’être suivi par des entraîneurs quand j’ai commencé à réussir des bons temps. Mais si c’était à refaire, je commencerais comme il le faut par de plus petites distances. Même si je ne regrette rien à mon parcours, j’ai commencé tout croche. Un athlète doit d’abord user ses souliers sur des 5 et des 10 km pour gagner d’abord de la vitesse. Aujourd’hui, la distance est très valorisée dans la société. Mais moi, j’ai encore plus d’admiration pour ceux qui réussissent des temps extraordinaires sur de plus courtes distances.

La vitesse est plus éphémère que l’endurance. Samuel Trudel l’a compris.

Objectif 100 kilomètres à l’automne 

Dans la vie, Trudel ne fait pas que gagner des marathons. Il remporte aussi des courses de 100 km sur route. À sa première tentative, en 2016, il a fini 1er du MRSQ, une course semi-organisée au cours de laquelle les coureurs font l’aller-retour du sommet du Mont-Royal jusqu’à Beaconsfield, dans l’ouest de l’île de Montréal, de nuit.

Il gagne une première fois devant son père, le matin de la fête des Pères, après 9 h 29 min d’effort. Il remet ça l’année suivante, cette fois en 8:06. Sa performance lui vaut des invitations à représenter le Canada à l’étranger.

Il prend donc l’avion pour la première fois de sa vie pour se rendre en Chine, puis au Championnat du monde du 100 km sur route, en Croatie. Au pays de Goran Ivanisevic, il représente officiellement le Canada.

Un coureur vêtu de blanc franchi la ligne d'arrivée du Championnat mondial de 100 km sur route en Croatie en 2018 avec un drapeau canadien dans les mains.

Samuel Trudel au Championnat du monde de 100 km sur route en Croatie en 2018

Photo : Courtoisie : Samuel Trudel

Pour la première fois de ma vie, j’étais traité comme un coureur élite avec une équipe de ravitaillement comme les meilleurs marathoniens du monde, raconte-t-il. Je n’en revenais pas de représenter le Canada. C’était une expérience inoubliable, surtout après tout le chemin parcouru en quelques années à peine. J’ai travaillé fort, et la vie m’a récompensé.

Cette année, il était qualifié pour le même championnat prévu aux Pays-Bas, puis annulé en raison de la pandémie. Il entend toutefois s’élancer sur 100 km quand même en septembre ou en octobre, question de valider son entraînement.

Il espère franchir les 100 km en moins de 7:45, l’équivalent de deux marathons et demi de suite courus à un rythme ahurissant de 13 km/h.

Courir, pour moi, c’est la liberté, dit avec philosophie Trudel. J’espère pouvoir courir encore longtemps et partager ma passion avec mon fils. Je suis motivé de lui montrer ce dont je suis capable. Le plus important, c’est que ma famille soit en santé. C’est plus important que de battre mes records personnels. Je m’impose moins de pression de performance.

Il reste que Trudel est orgueilleux. Il ne lèvera jamais le pied à l’entraînement.

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