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Retour au jeu dans la LNH : quelles sont les inquiétudes sanitaires?

Deux joueurs s'enlacent.

Brendan Gallagher (à gauche) et Max Domi

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Alexandre Gascon

Pendant que l’étau se desserre lentement sur la population québécoise, la Ligue nationale de hockey (LNH) fait de petits pas vers un retour au jeu cet été. Le moment est-il bien choisi? Quels sont les risques associés à la reprise?

Sur papier, le hockey, dans sa pratique même, comporte tous les aspects favorisant une transmission du nouveau coronavirus : un sport d’équipe intérieur, des contacts fréquents et parfois violents, un espace fermé, un banc des joueurs contigu à la patinoire.

D’ailleurs, le hockey mineur dans sa forme traditionnelle représente la toute dernière phase de réouverture du plan de déconfinement sportif présenté par Québec il y a quelques jours.

Mais voilà, le plan sanitaire suggéré par la LNH, bien qu’embryonnaire et encore rempli de zones d’ombres, n’a rien d’écervelé, selon les experts consultés.

La capacité de tester demeure le point névralgique.

Les équipes devront tester les joueurs 48 heures avant leur retour dans les installations, que ce soit pendant la phase 2 déclenchée officiellement le 8 juin, ou pendant le camp d’entraînement qui aurait lieu quelque part à la mi-juillet.

Par la suite, tout le personnel subira deux tests par semaine, voire plus. Gary Bettman avait évoqué qu’au moins 50 000 tests seraient nécessaires.

Le Québec fait plus de 100 000 tests par semaine. Un achat de 50 000 tests pour toute la ligue, ce n'est pas énorme, selon Benoît Mâsse, professeur de médecine sociale et préventive à l'École de santé publique de l'Université de Montréal.

Ce n’est pas si phénoménal comme quantité quand on remet ça dans le grand schéma de la vie. Si c’est 50 000 tests sur deux mois, ça veut dire à peu près 800 tests par jour. Les machines sont disponibles, les laboratoires de recherche peuvent les fournir. Au début de la pandémie, il y avait des pénuries dans les réactifs. Ce sont des choses qui sont, pour le moment en tout cas, réglées. Ça ne veut pas dire que ça ne peut pas poser problème à un moment donné, prévient Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Si tu testes deux fois par semaine, donc tous les trois ou quatre jours, normalement, tu as toutes les chances d’attraper quelqu’un qui serait en incubation au moment où il n’est pas encore symptomatique, mais qui a commencé à développer le virus.

Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l'INSPQ

Dans son protocole préliminaire de 22 pages, la LNH suggère aux équipes de contacter les autorités locales pour s’approvisionner et non des laboratoires privés. Le Canadien a par ailleurs confirmé, par son directeur des communications, qu’il avait fait le pont avec le gouvernement Legault sur la question.

Les écouvillons sont aux frais de l’équipe, a fait savoir le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Pour l’instant du moins, l’approvisionnement n’est pas un point d’achoppement puisqu’il n’y a pas de pénurie à l’horizon selon les spécialistes consultés.

Un risque faible

Une fois les joueurs testés (et déclarés négatifs), le risque d’éclosion devient faible. Le hockey a beau être un sport de contacts, ils ne sont pas nécessairement prolongés et, ce n’est pas parce que tu te fais plaquer que tu vas attraper le virus, fait valoir De Serres.

Il est toutefois possible de minimiser les risques davantage, disent à l’unisson les trois chercheurs ici cités, en appliquant quelques mesures sanitaires supplémentaires.

Une visière complète et une meilleure circulation de l’air dans l’aréna, prône Alan Cohen, professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke.

Un isolement pendant une semaine des joueurs avant le début du tournoi, renchérit De Serres.

Dans le fond, le moment où ils risquent de trouver des gens qui pourraient être positifs, c’est au tout début. Alors si, mettons, ils amènent leur monde pendant une semaine, on te teste le premier jour et au bout d’une semaine on reteste tout le monde et pendant ce temps-là vous restez chacun dans vos chambres, vous ne sortez pas. Si au bout d’une semaine c’est beau, là, le party commence. Après, on continue à tester les gens deux fois par semaine. Il faudrait être vraiment malchanceux pour que ça n’aille pas bien, lance-t-il.

Benoît Mâsse, pour sa part, aimerait qu’un agent sanitaire indépendant par équipe soit chargé de faire respecter les règles à la lettre.

La clé dans cette phrase? L’indépendance de l’inspecteur qui devrait avoir le pouvoir d’expulser un joueur délinquant pendant un entraînement ou encore l’entraîneur lui-même si besoin est.

Avec le temps, les individus oublient et retournent à leurs vieilles habitudes. L'exemple que je donne souvent, c'est l'usage de la soie dentaire afin de prévenir la gingivite. On a beau vous donner des rouleaux de soie dentaire, en mettre dans toutes les salles de bain, et vous dire de l'utiliser tous les jours, mais si au bout du compte vous ne le faites pas, ça n'aide pas à prévenir la gingivite, dit-il.

La ligue et l’Association des joueurs tentent toujours de trouver un terrain d’entente pour reprendre les activités, sans compter la nécessité d’obtenir le feu vert de la santé publique des deux villes où la LNH souhaitera s'établir.

Le format du retour au jeu est déterminé, les questions financières feront maintenant foi de tout. Comme le démontre le baseball majeur ces jours-ci, il s’agit d’un point épineux.

Pour ce qui est de la santé des joueurs, le protocole sanitaire pourrait être moins compliqué à élaborer que prévu. Seront-ils rassurés pour autant?

Rien n’est parfait, mais on ne cherche pas la perfection, explique Alan Cohen, de l’Université de Sherbrooke. On cherche à suffisamment baisser le taux de transmission pour pouvoir vivre sans trop de peur. On va quand même continuer à avoir des cas jusqu’à ce qu’on ait un vaccin. La question, c’est quel prix économique et quel prix dans nos vies pour empêcher combien de cas? C’est toujours une question de pour et de contre. C’est un sport qui est très important dans la vie des gens. C’est naturel de vouloir recommencer, mais ça prend un plan.

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