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Souvenirs olympiques : deux jours qui vont marquer l'histoire de l'athlétisme canadien

« Une course qui a changé ma vie à jamais » - Bruny Surin.

Il court derrière Bailey et crie.

Bruny Surin lève les bras en l'air après avoir passé le témoin à Donovan Bailey en finale du 4 x 100 m en 1996 à Atlanta.

Photo : Reuters / Oleg Popov

Le 27 juillet 1996, le Canadien Donovan Bailey va faire taire tout un stade américain avec son sacre à l’épreuve reine des Jeux olympiques, le 100 m, battant même le record du monde de la distance.

Quelques jours plus tard, le 3 août, le quatuor canadien composé de Robert Esmie, Glenroy Gilbert, Bruny Surin et Bailey va humilier les Américains en remportant le 4 x 100 m. C’est la première fois dans l’histoire que le relais américain baisse pavillon.

Vingt-quatre ans plus tard, Bruny Surin ouvre sa boîte à souvenirs pour Radio-Canada Sports, à l’occasion du deuxième épisode de Souvenirs olympiques, diffusé samedi soir à 18 h 30 sur ICI Télé, qui revient sur les prestations magiques de Bailey et du relais canadien.

Q. - Tu en étais à tes troisièmes Jeux olympiques, quel était ton état d’esprit?

R. On était en mission! On était conscients qu’on n’était pas les favoris et, en plus, on était sur le territoire des Américains qui étaient, à l’époque, la puissance mondiale du sprint. Mais nous, on était très confiants, prêts pour partir à la guerre.

Q. - Le jour de la finale du 100 m, c’est aussi le jour de l’attentat, comment as-tu réagi et quelle était l’ambiance dans l’équipe?

R. J’étais chez moi et, quand j’ai vu les nouvelles à la télé, je me disais que cela ne se pouvait pas. Cela m’a pris du temps à réaliser ce qui était arrivé. Je me disais que cela allait se régler. Nous, on avait une mission. Et en tant qu’athlète, on se dit que : Oui c’est arrivé, mais il ne faut pas que cela nous perturbe.

Il est accroupi avant une course.

Bruny Surin

Photo : Reuters / Eric Gaillard

Q. - Les qualifications du 100 m n’ont pas été comme tu voulais. Que s’est-il passé en demi-finale?

R. Je dois dire franchement que je n’aimais pas ce que je faisais. Quelques mois avant les Jeux, dans ma préparation, je n’aimais pas cela. D’ailleurs, à plusieurs reprises, je voulais me rendre à l’entraînement au centre Claude-Robillard et je faisais demi-tour. Dans la voiture qui me menait au stade, je n’étais pas bien. Je savais que quelque chose clochait. Je n’étais pas blessé, mais dans mon état d’esprit, je me disais que quelque chose n’allait pas.

Quand j’ai vu sur le panneau d’affichage que j’étais 5e, je ne voulais pas y croire. Je voyais du noir. Je me disais que c’était impossible que je ne sois pas de la finale, que ce n’était pas juste. Pourquoi cela m’arrive-t-il à moi? En revenant à la maison, j’avoue avoir visionné la course une centaine de fois. Et c’est là que j’ai compris. Je me suis dit :Pour qui courrais-tu Bruny? Pour ta famille, tes amis, le pays, les commanditaires? En fait, je ne courais pas pour moi et j’ai décidé de tout mettre de côté et de changer ma mentalité. J’allais maintenant avant tout courir, mais pour moi.

Q. - Parle-moi de la finale. Où étais-tu et quels sont tes souvenirs?

R. C’était difficile. J’ai regardé la finale sur la piste d’échauffement, imaginez-vous. J’étais 2e du monde [il avait été sacré vice-champion du monde en 1995, NDLR] et les athlètes qui étaient autour de moi se demandaient ce que je faisais là. C’était difficile à accepter de ne pas être de la finale. Je trouvais que ce n’était pas juste. Je me demandais ce que je faisais là. Quand j’ai vu Donovan gagner, j’avais un sentiment partagé. Je me suis dit : Yes, Canada, on l’a! Mais j’étais censé faire partie du spectacle (rires). J’avais une drôle de sensation, heureux d’un côté et, de l’autre, dégoûté!

Il tient le drapeau canadien dans ses mains.

Donovan Bailey après sa victoire au 100 m à Atlanta.

Photo : La Presse canadienne / ED REINKE/Associated Press

Q. - Après sa victoire, Donovan a regretté que tu ne sois pas de la finale.

R. Cela m’a fait un baume. Tu sais, on se voyait souvent. Bien sûr, il y avait le côté compétition, le côté amour-haine. Mais, en général, on s’entendait très bien. Quand on se retrouvait dans les compétitions, on allait à la guerre ensemble. Lors de la finale, il était tout seul à la guerre. Quand il a dit ça après la course, cela m’a fait chaud au cœur, même si j’étais triste de ne pas avoir pu vivre ce moment.

Q. - Parle-moi des qualifications du 4 x 100 m, surtout le quart de finale qui a failli vous disqualifier.

R. Je me rappelle quand on est arrivés au stade, les Américains nous disaient qu’ils allaient nous botter le cul. À la télévision, ils disaient que c’était dans la poche, qu’ils allaient nous battre. Et nous, cela nous alimentait. Tout ce qu’on avait entendu nous motivait davantage. Quand on est arrivé sur la piste, on était tellement gonflés à bloc. Lors des quarts de finale, c’était la panique, je vais vous donner ma version.

Quand je suis arrivé vers Donovan, je n’avais pas encore atteint la zone où je peux passer le témoin. Et là, je vois Donovan commencer à courir. Tout en courant, je crie à Donovan : Stop, stop, stop! On avait 20 mètres pour donner le témoin et je pense que je le lui ai donné à 19,5 m. On a fini la course et personne ne parlait. En attendant le résultat final, je me disais que les Américains allaient trouver une excuse, mais en voyant qu’on passait les qualifications, je me suis dit : Ouf!

Q. - La finale maintenant?

R. On était tellement confiants. J’avais même fait de la visualisation. Cette course, c’est une question de synchronisation. On se disait que, dans notre relais, il n’y avait que Donovan qui était descendu sous la barre des 10 secondes, alors que les quatre Américains avaient fait ce chrono avant les Jeux. Je me demandais comment on allait faire pour les battre. On avait beaucoup travaillé les échanges. Si les échanges étaient parfaits durant la course, on avait la médaille d’or. Et c’est ce qui est arrivé. Quand j’ai passé le témoin à Donovan et que j’ai vu l’avance qu’il avait, j’ai levé les bras au ciel, je savais qu’on avait gagné.

Ils s'enlacent sur la piste.

Donovan Bailey, Bruny Surin, Robert Esmie et Glenroy Gilbert célèbrent leur victoire au 4 x 100 m des Jeux olympiques d'Atlanta le 3 août 1996.

Photo : La Presse canadienne / Denis Paquin

Q. –Et vous avez battu les Américains qui n’avaient jamais perdu sur la distance?

R. Pendant notre tour d’honneur, l’ambiance dans les tribunes était froide. Il faut dire que tous les commentateurs américains l’avaient annoncé avant la course. Ils disaient aux gens : Venez samedi soir assister au spectacle, les Américains vont gagner le relais. On a vraiment gâché la fête (rires).

Q. - Les journaux américains ont dit que vous étiez tous les quatre nés hors du Canada et que vous n’étiez pas de vrais Canadiens. Comment avez-vous réagi?

R. Franchement, j’ai rigolé. On savait après la victoire qu’ils allaient chercher des excuses à leur défaite. Au début, ils ont dit que, finalement, ils n’avaient pas perdu en terminant 2es. Après ça, ils ont dit que ce n’était pas le Canada, car il y avait deux Jamaïcains, l’autre de Trinidad et l’autre Haïtien. Je regardais cela et je riais littéralement. Ils n’ont jamais accepté la défaite, c’était une honte pour eux à cette époque-là.

Q. - Qu’est-ce que vous retenez de ces deux moments?

R. Ce que j’ai appris, c’est que dans les moments difficiles, c’est là qu’il faut trouver la force de se relever. Quand je suis retourné auprès de l’équipe après avoir raté la finale du 100 m, les gars pensaient que j’étais abattu. J’ai montré alors une autre image. J’ai dit aux gars : Let’s go, on va les battre. On va aller la chercher cette médaille d’or.

Q. - Un mot qui décrirait ce qui t’est arrivé à Atlanta?

R. Une course qui a changé ma vie à jamais.

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