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Chronique

Que deviendras-tu, Tristan Luneau?

Un joueur en possession de la rondelle

Tristan Luneau devrait être chosi au 1er rang du repêchage de la LHJMQ par les Olympiques.

Photo : Estacades de Trois-Rivières

Cette fin de semaine, tous ceux qui s’intéressent au hockey québécois accorderont une attention particulière au repêchage de la LHJMQ, qui mettra en vedette les Olympiques de Gatineau et, notamment, le défenseur Tristan Luneau.

Convoité des deux côtés de la frontière et encensé de toutes parts, Tristan Luneau sera vraisemblablement le premier joueur sélectionné à cette séance de repêchage. Et même s’il s’est engagé verbalement auprès de l’Université du Wisconsin l’année dernière.

Après avoir vu Luneau dominer aux Jeux du Canada contre des joueurs plus âgés que lui en 2018-2019, les entraîneurs des Badgers du Wisconsin s’étaient dépêchés de le recruter. Mais tout indique que le jeune arrière optera plutôt pour le hockey junior majeur québécois.


Âgé de 16 ans et natif de Victoriaville, Luneau vient de terminer deux saisons avec les Estacades de Trois-Rivières de la Ligue midget AAA. Au début de la saison 2018-2019, il s’était joint aux Estacades à titre de joueur de 14 ans, un fait rare. Il est aussi intéressant de noter que ce surclassement était survenu même si l’entraîneur de cette équipe, Frédéric Lavoie, n’avait jamais été très favorable à l’idée de faire sauter des étapes à ses joueurs.

Quand Tristan s’est présenté au camp il y a deux ans, sa maturité physique (il fait 1,85 m et 79 kg) et ses habiletés le situaient déjà au-dessus de la mêlée, raconte Lavoie.

Mais ce que les gens ne voient pas et qui est encore plus impressionnant, c’est son niveau de maturité. Il prend soin de lui, il se nourrit bien, il se couche de bonne heure et il travaille toujours très fort. En plus, il est un premier de classe à l’école.

Bref, Tristan prend toutes les situations en main. C’est ce qui le démarque le plus. Les jeunes d’aujourd’hui sont choyés. Ils sont bien encadrés. Mais tu as beau avoir un entraîneur pour t’aider à parfaire tes habiletés, un autre pour t’aider à accroître ta force physique et un autre pour t’aider à te préparer mentalement, si la motivation intrinsèque n’y est pas, tu ne réussiras pas, explique Frédéric Lavoie.

Lorsqu’on lui demande de décortiquer le jeu de son ex-protégé, il raconte l’histoire d’un jeune arrière qui était ultra offensif dans les rangs mineurs et qui a consacré beaucoup de temps à parfaire son jeu défensif au cours des deux dernières saisons parce qu’il était conscient que c’était nécessaire pour gravir les échelons.

Tristan aurait pu amasser beaucoup plus de points (que ses 6 buts et 24 passes en 37 matchs) cette saison s’il s’était uniquement concentré sur la phase offensive du jeu. Mais on voyait qu’il tenait à devenir un défenseur complet. Il n’y a pas de vice caché dans son cas. Il peut tout faire sur une patinoire. Il est capable de s’imposer physiquement, il a les habiletés nécessaires pour transporter la rondelle et il veut et peut défendre son territoire. Il est utile dans toutes les phases du jeu.


Tristan Luneau est représenté par Dominic De Blois, de l’agence The Will Sports Group. Cette agence, dirigée par Ian Pulver, confie à l’entraîneur et ex-défenseur Paul Boutilier le mandat de superviser le développement de ses clients occupant la position de défenseur.

Dans cette chronique, Boutilier a déjà été qualifié d’entraîneur le plus intéressant de la LHJMQ. Enseignant dans l’âme, il a été responsable du développement des défenseurs des Predators de Nashville et entraîneur des défenseurs du club-école des Sénateurs d’Ottawa. Et surtout, à titre d’entraîneur adjoint avec les Sea Dogs de Saint-Jean (N.-B.), il a veillé au développement de Thomas Chabot, qui est devenu le meilleur défenseur junior du monde.

Un joueur effectue une passe.

Thomas Chabot travaille encore avec Paul Boutilier.

Photo : Getty Images / Claus Andersen

Boutilier travaille encore avec Chabot. Et pour une autre agence de représentation, il accompagne aussi Noah Dobson (un autre jeune défenseur d’élite issu de la LHJMQ) qui faisait ses débuts avec les Islanders de New York cette saison.

Tristan Luneau se situe dans la même ligue que les meilleurs jeunes défenseurs avec lesquels j’ai travaillé, affirme-t-il, sans hésitation.

Luneau est animé d’un très haut niveau de motivation. Le coeur est à la bonne place, on le voit bien. Mais ce qui le distingue encore plus, c’est le niveau d’attention qu’il porte aux détails et la manière dont il s’autoévalue. Par ailleurs, quand on lui donne des devoirs à faire, il les remet toujours à temps.


La position de défenseur est complexe et exigeante. Il faut du temps pour développer un excellent arrière. Mais en passant d’un niveau à l’autre, ce processus peut dérailler rapidement si l’attention aux détails et la compréhension du jeu n’y sont pas.

C’est un barème important pour les jeunes défenseurs. Leur progression est directement liée à leur compréhension du jeu. Ils doivent avoir les bonnes intentions et la bonne mentalité pour progresser. Plus un jeune arrière comprend rapidement pourquoi il commet une action sur la patinoire tout en étant capable d’en mesurer les risques et les bénéfices, plus vite il se met à progresser, affirme Paul Boutilier.

Cela dit, le chevronné entraîneur ne dore pas la pilule. Malgré tous les éloges qui précèdent, il soutient que les prochaines années seront cruciales dans le développement de Tristan Luneau.

Son jeu a vraiment progressé durant la deuxième moitié de la dernière saison et je crois qu’il s’est bien préparé à faire le saut dans la LHJMQ. Ce n’est pas facile de jouer dans cette ligue pour un jeune défenseur. C’est même une grosse commande. Le défi consistera d’abord à l’amener à stabiliser son jeu pour ensuite amorcer une phase de progression, analyse Boutilier.


Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, il faudra accorder une attention particulière à ce qui surviendra avec les Olympiques au cours des prochaines saisons. Dans une perspective de développement, ce sera tout simplement fascinant.

Dans le cas de Luneau, malgré son immense talent, les statistiques indiquent qu’il faudra l’encadrer de façon optimale pour l’aider à réaliser son rêve de jouer dans la LNH.

Depuis le début des années 2000, tous les joueurs qui ont été sélectionnés au premier rang à l’encan de la LHJMQ ont ensuite été repêchés par une équipe de la LNH. Mais jusqu'à maintenant, seulement cinq d’entre eux ont disputé au moins l’équivalent de deux saisons (164 matchs) dans la grande ligue.

Depuis le début des années 2000, six défenseurs ont été sélectionnés au tout premier rang au repêchage de la LHJMQ, mais seulement un d’entre eux, Simon Després, a disputé plus de 164 matchs dans la LNH.

Par ailleurs, la saison dernière, seulement sept défenseurs nés au Québec et développés dans la LHJMQ ont disputé au moins la moitié des matchs de leur équipe dans la LNH.


Soulignons aussi que Tristan Luneau n’est pas la seule raison expliquant pourquoi le repêchage des Olympiques sera particulièrement intéressant à suivre. L’équipe de l’Outaouais détient trois des quatre premières sélections de la séance, chose qui ne s’est jamais vue dans l’histoire de la ligue. En plus, Gatineau détiendra la 13e sélection.

À moins que des échanges surviennent d’ici au repêchage, ce sont donc 4 des 13 meilleurs hockeyeurs de 16 ans du Québec et des Maritimes qui se présenteront à Gatineau la saison prochaine et qui porteront les couleurs des Olympiques.

Pour le nouvel entraîneur en chef et directeur général de cette organisation, Louis Robitaille, il s’agira à la fois d’un privilège et d’une énorme responsabilité.

Ces jeunes bénéficieront-ils tous du temps de jeu nécessaire à leur progression, ou devront-ils faire leurs classes en obtenant quelques présences par match, ici et là?

Il y a quelques mois, dans cette chronique, Dominic Ricard nous apprenait que 70 % des joueurs québécois qui gagnent leur vie à temps complet dans la LNH n’ont pas joué dans la LHJMQ à 16 ans et n’ont pas été des choix de premier tour au repêchage junior.

Par ailleurs, les statistiques révèlent que seulement 8 des 50 joueurs sélectionnés aux 5 premiers échelons dans la LHJMQ entre 2005 et 2014 ont passé l’équivalent d’une saison dans la LNH.

Ces données portent à réfléchir sur la manière dont on encadre les joueurs de 16 ans dans le petit univers du hockey junior majeur.

Au cours des deux ou trois prochaines années, l’organisation des Olympiques sera donc un captivant laboratoire de hockey.

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